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Sommet de Copenhague : une tente à oxygène pour la planète

ActualitéClassé sous :développement durable , copenhague 2009 , copenhague

Pendant douze jours, le Sommet de Copenhague réunit la plupart des pays de la planète pour tenter d'éviter les effets catastrophiques d'un réchauffement de la planète. Deux petits degrés à éviter coûte que coûte : le sort de bientôt 9 milliards d'individus est lié à ce petit chiffre. Tout au long de ces débats, Futura-Environnement détaillera les enjeux et les perspectives.

A Copenhague, la Petite Sirène s'interroge... le sommet de Copenhague va-t-il être une réussite ou un échec ? © elv / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Au vingtième siècle, la température est montée au niveau mondial de 0,6°C et en France de 1°C. Nous savons que nous allons vers une évolution située entre +2 et +6°C d'ici la fin du 21ème siècle. Si une augmentation de 2°C reste maîtrisable, à condition que des règles strictes soient appliquées, une poussée de 6 °C serait catastrophique pour l'ensemble de la communauté des climatologues. Un tel réchauffement se traduirait par la multiplication des tempêtes et des cyclones, la montée du niveau des mers... et autres surprises climatiques. Un déplacement du Gulf Stream pourrait être l'une d'elles, avec comme conséquence le refroidissement d'un pays comme la France.

Certes, la Terre a toujours connu des épisodes de réchauffement et de refroidissement sur la Terre, mais ces séquences se déroulaient sur des périodes très longues. Or, deux siècles d'industrialisation intensive ont fait subir à l'atmosphère des modifications significatives. D'une manière générale, avec les gaz à effet de serre, les combustibles nucléaires ou les matières plastiques, l'humanité a du mal avec ses déchets. Pour l'instant, côté environnement, les hommes apprennent plus qu'ils ne solutionnent...

A l'est du Groenland, le glacier Jacobshavn fond deux fois plus vite que lors de la décennie précédente. Ici, un iceberg vient de s'en détacher, en 2005. Crédit Université du Colorado

Des pays risquent de disparaître

Pour la consommation des richesses et la production de déchets sont à la meilleure table mais l'addition se présente d'abord aux nations les plus pauvres. Déjà près de 900 millions d'humains sont privés d'accès directs à l'eau. Dans 20 ans ou 50 ans, si l'on ajoute famines ou guerres, combien seront-ils, ces nouveaux réfugiés climatiques ? Selon certaines études (rapport du Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies), leur nombre atteindrait 42 millions en 2008 pour grimper à plus de 200 millions en 2060.

Entre l'été 2004 et l'été 2008, la glace selon la Nasa, a perdu 18 cm d'épaisseur et la superficie attribuée aux glaces aurait diminué de 42%. En 2009, le Groenland a perdu 286 milliards de tonnes de glace. Côté arbres, ce n'est guère plus brillant. Privées d'eau, les forêts perdent elles aussi en surface : entre 2000 et 2005, c'est 4.536 milliers d'hectares qui ont disparu en Amérique latine, 4.040 en Afrique, 3.189 en Océanie et Asie du sud-est et 733 en Europe. Ce réchauffement engendre aussi des effets néfastes dans la biodiversité avec plus de 45.000 espèces menacées, un triplement en six ans.

Toute cette eau nouvelle, résultat de la fonte des glaces, grossit les océans dont le niveau monte déjà par le seul effet du réchauffement. Certains Etats, comme ceux de l'Aosis (Alliance des petits états insulaires), s'angoissent. Le Président des Maldives vient d'évoquer en 2009 un « meurtre de masse » si le problème lié au réchauffement de la planète n'est pas traité en priorité. Selon lui, si le thermomètre mondial dépasse 1,5 degré, certains pays insulaires comme les archipels des Maldives seront rayés de la carte. Pour bien faire comprendre le problème, le gouvernement a tenu un conseil des Ministres sous l'eau.

Plus de 3.500 villes (celles du Bangladesh par exemple) demeurent très exposées tous comme celles d'Asie dont densité d'habitants est une des plus forte du globe. Résultat, près de 380 millions d'habitants risquent d'avoir les pieds dans l'eau.

La déforestation à l'œuvre : des hectares de forêt pluviale disparaissent en Malaisie. © Ben Sutherland CC-by

Vers une Green Politic ?

Si les responsables des pays du monde entier ne réussissent pas à se mettre d'accord au chevet de la planète, c'est donc bien l'humanité entière qui va le ressentir. Mais quelles mesures faut-il prendre ? Les premières, prises dans l'urgence, sont là : taxe carbone pour sensibiliser le plus grand nombre, réduction de 20% des énergies polluantes pour tous les pays de l'Union européenne, réduction encore de 20% des émissions de gaz à effet de serre et toujours 20% d'énergies renouvelables. Ces mesures entreront en vigueur en 2012. Trop tard ?

Déjà des spéculateurs s'organisent pour échanger des quotas de CO2 au sein d'une bourse au carbone, sorte de green Wall Street. Pourquoi cette éco-bourse ? Parce que les pays n'émettent pas tous la même quantité de gaz à effet de serre et achètent ou revendent en fonction de leur politique de l'environnement. Un citoyen nord-américain émet aujourd'hui plus de 20 tonnes de CO2 (soit l'équivalent de 130.000 km en voiture), un Européen 9 tonnes (soit 60.000 km), un Chinois 4 tonnes (soit 25.000 km), et un Indien 1 tonne (soit 7.000 km). L'un des objectifs de Copenhague est la division des émissions par deux au niveau mondial et par quatre dans les pays riches, ce qui n'autorisera à n'émettre plus que 1,8 tonne de CO2 en 2050, soit l'équivalent de 10.000 km en voiture. Faut-il pour autant mettre tout le monde au vélo ?

Politiquement les pays qui acceptent de signer la mise en place de ces nouvelles éco-chartes ne veulent pas non plus pénaliser leur économie face à d'autres qui continueraient de produire sans se plier à ces règles. D'autant que ces pays doivent gérer d'autres priorités, comme le vieillissement de la population... qui n'est pourtant pas sans rapport. En 2020, les plus de 65 ans dépasseront les moins de 5 ans à l'échelle mondiale. En Europe, région la plus âgée du monde, l'allongement de l'espérance de vie, s'ajoutant à l'arrivée à la retraite des baby boomers (nés entre 1945 et 1965), accélère ce processus.

Les problèmes posés par ce vieillissement sont liés à celui des réfugiés climatiques ? Ces derniers pourraient représenter une alternative pour gonfler les effectifs en perte de vitesse des populations actives des pays riches, à condition toutefois, bien sûr, que des conditions d'accueil existent : apprentissage de la langue, formation, structures associatives soutenues par les pouvoirs publics... Bref, la politique d'accueil des immigrés des pays riches pourrait être totalement modifiée en raison des changements climatiques.

Après l'approche quantitative imposée par les modèles économiques des pays industrialisés d'après 1945, les Etats poussés par les nouvelles règles environnementales - si Copenhague parvient à en fixer - vont tenter de s'orienter vers un cadre économique plus « qualitatif ». Une qualité verte si possible, symbole de nouvelles innovations, d'emplois supplémentaires. Nous verrons peut-être apparaître alors de nouveaux concepts tels que « pays qualitativement industrialisés » ou « green politic ».

« Chacun arrive avec son angoisse ou son inquiétude, les pays industrialisés avec leur compétitivité, les pays émergents avec leur croissance et les pays vulnérables sont parfaitement démunis dans cette situation » a noté Jean-Louis Borloo, ministre français du Développement durable, le 2 décembre à l'Assemblée Nationale. Il ajoute « en ayant des objectifs ambitieux, les pays industrialisés préparent leur compétitivité de leurs économies de demain ».

Pour permettre aux pays pauvres de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici à 2020, les plus riches devraient, selon l'organisation écologique Greenpeace, mettre sur la table 110 milliards d'euros (pour la France, cela représente un peu plus de quatre milliards par an). Dans un contexte économique morose, les enjeux de Copenhague sont-ils réellement stratégiques pour les dirigeants des pays industrialisés ? C'est la réponse que nous obtiendrons dès la fin du sommet. Si Copenhague est un succès, alors les actions à mettre en œuvre amorceront une véritable mutation de nos modes de vie, voire de survie pour certains !

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