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La pollution intensifie les cyclones

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Une étude montre que la pollution pourrait être à l'origine de l'intensification des cyclones au-dessus de la mer Arabique. Encore un exemple prouvant l'impact de l'activité anthropique sur le climat...

Le cyclone de Gonu de 2007, le plus intense au Moyen-Orient, est peut-être le fruit de la pollution humaine. © Nasa
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La récente intensification des cyclones qui se forment au-dessus de la mer Arabique et sévissent sur le Moyen-Orient et sur la côte ouest de l'Inde pourraient en partie être imputable à l'activité humaine. C'est ce qu'il ressort d'une étude menée par Amato Evans, de l'université de Virginie et ses collègues, publiée dans Nature. La pollution humaine a une influence sur les conditions climatiques locales qui régissent la formation puis la vie d'un cyclone.

La formation d’un cyclone (ou typhon, ou ouragan, selon la région considérée) dépend de trois facteurs majeurs :

Intensification des cyclones depuis 1990

Jusqu'à la fin des années 1990, peu de cyclones intenses avaient été observés au-dessus de la mer Arabique. Mais depuis, les cyclones se sont intensifiés et plusieurs ont même été dévastateurs. C'est le cas de celui de 1998, qui avait frappé l'ouest de l'Inde ou encore du cyclone Gonu, en 2007, le plus gros jamais enregistré dans la région. Il avait causé la mort d'environ 100 personnes ainsi que des dégâts matériels s'élevant à 4 milliards de dollars.

Formation des cyclones et échelle de Saffir-Simpson des catégories d'ouragan. © ide.fr

Les scientifiques pourraient bien avoir trouvé une explication plausible. Le changement d'intensité des cyclones est, selon eux, dû à un affaiblissement du cisaillement vertical depuis une vingtaine d'années. Et c'est bien l'activité humaine qui pourrait être à l'origine de ce phénomène.

Le cisaillement vertical des vents : facteur clé des cyclones

Généralement, le cisaillement vertical des vents est assez fort dans la région, surtout lors de la période de la mousson et permet donc de bloquer la formation des cyclones.

Lors de la combustion de biomasse ou à cause de l'industrie en général, du dioxyde de carbone et du sulfate notamment sont dégagés dans l'atmosphère. Cette pollution forme un amas de particules et d'aérosols, connu sous le nom de nuage brun d’Asie. De plusieurs kilomètres d'épaisseur, il recouvre une vaste partie de l'Asie incluant la mer Arabique, pendant les 5 mois où il ne pleut quasiment pas, de décembre à avril.

Le nuage brun d'Asie au-dessus de la Chine. © Nasa

Lorsqu'elle est présents, cette couverture empêche une partie des rayons lumineux d'atteindre la surface de la Terre et de l'océan. Ainsi, la différence entre la température de l'océan Indien - en principe plus froide - et celle de la mer Arabique - plus chaude - s'amoindrit. Cela entraîne un affaiblissement des perturbations atmosphériques locales et donc, une diminution du cisaillement vertical.

Prudence sur les résultats

C'est ainsi que la formation des ouragans dans cette zone est favorisée, ce qui expliquerait la différence d'intensité observée entre les périodes 1979-1996 et 1997-2010. Malgré tout, les résultats doivent être interprétés avec précaution car, comme le reconnaissent les scientifiques en conclusion de leur étude, les analyses ne portent que sur une trentaine d'années au cours desquelles une vingtaine d'épisodes cycloniques seulement a été analysée. En outre, l'augmentation de l'intensité d'une période à l'autre est imputable à 5 cyclones uniquement, ce qui est statistiquement assez faible.

Enfin, si un affaiblissement du cisaillement engendre une meilleure stabilité des cyclones, il devrait également être à l'origine d'une augmentation du nombre de cyclone formés, ce qui n'est pas le cas sur les périodes étudiées. Devant de telles contradictions, la recommandation des auteurs de l'étude est sage : « La poursuite des recherches testant la relation entre les aérosols et les cyclones tropicaux dans le nord de l'océan Indien est méritée. »

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