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Opération océan tranquille : dix ans pour mesurer la pollution sonore

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Malgré quelques études prouvant la nocivité du bruit d'origine humaine sur les espèces marines, la communauté scientifique manque encore de connaissances pour comprendre l'impact précis des nuisances sonores. Le but de l'Expérience internationale de l'océan tranquille, qui se déroule en ce moment à Paris, est de mettre au point un programme sur dix ans pour compléter ces lacunes.

Le trafic maritime a engendré une nuisance sonore pour les espèces marines. ©mhowry, Flickr, cc by 2.0

Des scientifiques spécialisés dans l'écologie marine, des professionnels travaillant en mer et l'Unesco viennent de se rassembler à Paris pour mettre au point le programme de l'Expérience internationale de l’océan tranquille (IQOE).

Cette expérience, mise en place par le Comité scientifique de recherche océanique (Scor) et le Partenariat pour l’observation de l’océan mondial (Pogo), vise à produire, au cours des dix prochaines années, des connaissances scientifiques dans un domaine encore peu fourni, celui des nuisances sonores d'origine anthropique dans l'océan. Selon les quelques études réalisées jusqu'à présent, cette pollution sonore a un impact négatif sur la faune marine.

En 2010, des études ont montré que le trafic maritime, qui double tous les vingt ans environ, a sur les baleines, le même effet que les tempêtes : quand ces nuisances sonores sont trop importantes, les cétacés se taisent (leurs sons seraient en effet recouverts par le bruit).

Plus récemment, en 2011, des scientifiques avaient observé que les baleines à bec confondaient les sonars avec les orques, leurs prédateurs naturels, qui, pour chasser, émettent des ondes similaires à celles des sonars. Des études antérieures avaient montré que ces sonars étaient à l’origine de la mort et l’échouage de plusieurs animaux.

Mais ces preuves sont en faible nombre et ne portent que sur quelques espèces (le plus souvent des mammifères). On ne sait pas non plus quel est l'impact précis du bruit, quel est le seuil de nocivité ou encore qui sont les responsables. Les techniques d'évaluation des nuisances sonores dans l'océan doivent également être perfectionnées et les réponses comportementales des animaux marins victimes de ces nuisances doivent être précisées.

L'industrie et le trafic maritime en cause

Ce que l'on sait, c'est que, selon toute vraisemblance, l'industrie est en cause. L'activité industrielle est de plus en plus importante dans l'océan (constructions, trafic maritime, forage, etc.), ce qui crée de plus en plus de bruit. En outre, la propagation du son dans l’eau est facile et la vitesse du son plus élevée.

Les quelques mesures effectuées sur les sons d'origine anthropique montrent qu'ils sont émis dans un éventail de longueurs d'onde assez grand, qui chevauche la plupart des longueurs d'onde émises par les animaux marins.

Les bruits d'origine anthropique sont émis sur les mêmes fréquences que les sons des animaux utilisés pour la communication. © The Oceaonography Society, d'après Slabberkoorn et al. 2010, Elsevier - adaptation Futura-Sciences

Les animaux peuvent-ils s'adapter ?

Il est fort probable que les animaux soient capables d'adapter leur communication aux bruits extérieurs. Les vocalisations émises pour la communication sont, dans certains cas, recouvertes par des bruits d'origine naturelle : sons d'autres animaux, vent, orages, vagues, etc. On a d'ailleurs déjà observé des adaptations. Par exemple, le chant des baleines bleues est de plus en plus grave depuis un demi-siècle. Mais à quel point cette adaptation est-elle possible ? Les animaux vont-ils être capables de se faire entendre si les sons qu'ils émettent sont recouverts à la fois par les bruits naturels et les nuisances sonores d'origine anthropique ? C'est une des questions à laquelle l'IQOE doit répondre.

Selon une récente étude, l'univers marin est peuplé par plus de 2 millions d’espèces. Impossible de connaître l'impact éventuel du bruit sur chacune de ces espèces, mais l'IQOE, qui devrait durer une dizaine d'années, va permettre de mieux comprendre la nocivité potentielle du bruit dans les océans et, surtout, de mieux la quantifier.

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