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Naufrage du Prestige : 10 ans plus tard, où est passé le fioul ?

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Le 13 novembre 2002, une tempête au large des côtes de la Galice provoque une avarie sur la coque du pétrolier Prestige. Des 77.000 tonnes de fioul qu'il transportait, plus de 80 % seront déversés dans l'océan. Le reste, il l'emportera avec lui à 3.500 m de profondeur. L'hydrocarbure répandu est un fluide visqueux lourd, formant des galettes et des boulettes, et dispersées sur de larges étendues. À l'heure où s'ouvre enfin le procès, à La Corogne, on peut se demander où sont donc passées ces milliers de tonnes de fioul ? Dix ans après la catastrophe, l'environnement s'est-il rétabli ? 

Voici presque 10 ans, le naufrage du Prestige marquait les esprits par son importance sans précédent. Les bénévoles, sur les côtes, ont eu un rôle primordial. Au total, ils auront ramassé plus de 19.000 t de fioul. © Luis Miguel Bugallo Sánchez, Wikimedia, cc by-sa-3.0

Le Prestige était en transit entre Gibraltar et la Lettonie. Lors d'une tempête, à une cinquantaine de kilomètres des côtes de la Galice, le flanc droit de la coque se fissure, pour une raison inconnue, générant une brèche de 50 m. La cargaison de fioul lourd se déverse rapidement, à tel point qu'en deux jours ce sont déjà plus de 5.000 tonnes qui se déversent près des côtes espagnoles. Remorqué ensuite au large, le pétrolier se fend complètement en deux à 260 km des côtes, le 19 novembre. Au total, 64.000 t de brut seront répandues dans l'océan. 

La catastrophe du Prestige est sans précédent : jamais une telle quantité de pétrole ne s'est étalée sur une vaste zone en une période aussi longue. La majeure partie s'est éparpillée proche des côtes espagnoles. La décision du remorquage vers le large est liée au fait que les courants océaniques en novembre sont orientés au nord-est. Si le navire n'avait pas été éloigné, la marée noire se serait propagée sur toute la côte ouest européenne. Cette manœuvre a néanmoins laissé cours à 10.000 t de fioul, disséminées dans une large zone de l'océan.

Chronologie du déversement du fioul du Prestige dans l'océan et sur les côtes terrestres. Le naufrage s'est produit le 13 novembre 2002, dans les eaux espagnoles. L'Espagne, le Portugal et la France ont été les pays les plus touchés par la marée noire. © Idé

La lutte en mer s'est articulée autour de la surveillance de la dérive vers le golfe de Gascogne et les côtes nord-ouest de l'Europe. Outil de base, l'observation aérienne s'est rapidement mise en place. Une vingtaine d'avions et d'hélicoptères ont été engagés dans ces opérations. Toutefois, l'imagerie satellitaire et la modélisation de propagation de la dérive produites par Météo France et Mercator ont été des outils beaucoup plus efficaces.

La marée noire du Prestige s'est installée au fond de la mer 

Le Prestige a coulé, emportant avec lui quelque 14.000 t de brut, qu'il laissait fuir généreusement. Les fissures de la coque étaient telles qu'il en perdait 125 t par jour. Une vaste opération de colmatage et de récupération s'est mise en place. Le sous-marin Nautile a été envoyé pour sonder l'étendue des fissures, et le groupe Repsol a développé un dispositif de perçage : un trou de 70 cm de diamètre a été pratiqué dans la coque, permettant un transfert gravitaire du fioul dans une poche souple, ensuite récupérée en surface.

Le principal travail d'extraction de la pollution s'est fait sur le terrain. Guidés par les avions et les images satellite, les navires spécialisés (l'Ailette et l'Alonso de Chavez par exemple) et de pêche (tels que les pibalours) ont été particulièrement efficaces dans le ramassage de pétrole. Ces bateaux en ont récupéré un peu plus de 22.031 t. Cependant, la dérive du pétrole est largement dépendante des conditions météorologiques. Pour un vent de surface de 20 km/h, la dérive sera de l'ordre de 9 km/h, mais un vent de 40 km/h entraîne une dérive d'environ 18 km/h.

Le Prestige coule le 19 novembre 2011 au large des côtes espagnoles. Il emportera 14.000 t de pétrole avec lui. © Ecologistas en acción

Les côtes terrestres n'ont pas pu être épargnées. Presque 12.000 t de fioul ont été ramassées sur les côtes espagnoles et, à titre d'exemple, 6.000 t dans les Landes. Il reste en somme presque 20.000 t dans la nature. Lorsqu'il arrive sur les plages, le pétrole est nettoyé. Mais la majeure partie est disséminée en boulettes, qui, alourdies par le sable, plongent dans le fond des océans. Ce type de pollution, difficilement quantifiable, est pourtant une menace latente : il entraîne une pollution dans l'eau longue et persistante.

Impacts de la pollution du Prestige sur l'écosystème ?

Les animaux marins sont les plus directement touchés par cette catastrophe. Le rapport de la LPO statue que presque 23.000 oiseaux ont été mazoutés. La Galice est clairement la région la plus concernée. La France, au 25 mai 2003, comptait 2.831 oiseaux contaminés. Des loutres, tortues, dauphins et otaries ont également été retrouvés échoués sur les côtes espagnoles et portugaises.

L'étude d'impact sur les poissons, crustacés et mollusques est particulièrement complexe. Le métabolisme de certains d'entre eux peut transformer les composés du fioul en d'autres substances plus nocives. Estimer la quantité d'hydrocarbures dans les animaux ne suffit donc pas pour déterminer leur contamination. Il faut plusieurs années pour déterminer les effets de la marée noire : l'impact des substances nocives relâchées et les lésions de l'ADN des mollusques. 

Aujourd'hui pas de rapport bilan paru, pas de nouveaux chiffres. Comment se porte la faune aquatique ? Difficile de répondre. Mais rassurons-nous,  l'expérience de l'Erika, montre que l'écosystème marin se remet bien de telles marées noires, dans la mesure où la lutte en mer et sur terre est suffisamment efficace.

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