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Marée noire : le nombre de cétacés victimes du pétrole de BP largement sous-estimé

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La marée noire liée au naufrage de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon aurait provoqué la mort de très nombreux dauphins et baleines, dont le nombre avait jusque-là été sous-estimé. Au lieu de 101 morts, le bilan s'élèverait plutôt à environ 5.000...

Les populations de baleines dans le golfe du Mexique auraient souffert de la marée noire. © deb jencks, Stockvault

Alors que les péripéties du naufrage de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon seront vraisemblablement adaptées sur grand écran, des doutes subsistent toujours quant aux conséquences écologiques de la plus grande marée noire de l'histoire des États-Unis. Car malgré les efforts déployés par les employés de BP au cours de cinq mois de travail et les dépenses astronomiques évaluées à 7,3 milliards d'euros, 780 millions de litres de brut se sont échappés dans l'océan.

Même si des bactéries mangeuses de pétrole et l'intervention de bateaux (dont le Mighty Servant 3) ont participé à la dégradation plus rapide que prévu de la nappe à la dérive, les côtes du golfe du Mexique ont été atteintes, détruisant des centaines de kilomètres de nature côtière. En conséquence, de nombreux animaux marins, comme des tortues, des oiseaux, mais aussi des mammifères ont ainsi été retrouvés morts sur les plages.

Cent-un cétacés échoués contre 17 en temps normal

Au total, 101 cétacés (incluant des baleines et des dauphins) ont été retrouvés échoués sur les plages du golfe du Mexique, au lieu des 17 recensés en moyenne chaque année, conduisant naturellement à estimer à une centaine le nombre de morts liés à la marée noire. Pourtant, ce chiffre serait en fait bien en-deçà de la réalité, d'après les travaux de scientifiques canadiens et américains publiés dans la revue Conservation Letters.

Des cadavres de cétacés s'échouent régulièrement sur les plages, mais la marée noire dans le golfe du Mexique a augmenté leur nombre. © ccgd, Flickr, CC by-nd 3.0

En effet, le milieu marin est moins accessible que la terre ferme, ce qui ne simplifie pas l'estimation du nombre total de victimes, d'autant que la plateforme pétrolière est située à plus de 60 kilomètres au large des côtes. Les difficultés d'effectuer des analyses précises en milieu marin avaient d'ailleurs été mises en évidence lorsque BP tentait d'estimer tant bien que mal le débit de la fuite de brut dans l'océan, à 5.500 mètres de profondeur. Il semble probable que les corps retrouvés sur les plages ne constituent qu'à une petite proportion des morts effectifs.

Pour le montrer, les scientifiques se sont particulièrement intéressés aux évolutions démographiques naturelles de quatorze espèces de mammifères marins. Ils ont multiplié le nombre d'individus de chaque espèce récemment estimé par le taux de mortalité annuel, lui aussi estimé, pour obtenir le nombre moyen de décès. Ils ont ensuite calculé le taux de cadavres retrouvés échoués sur les plages, en divisant le nombre moyen de cadavres réellement retrouvés chaque année par le nombre moyen de morts annuel estimés.

En réalité, ce sont 5.050 victimes 

Ils sont arrivés à la conclusion que seuls 2 % des cétacés morts viennent habituellement s'échouer sur les plages de la région. Ainsi, le nombre de 101 cadavres devrait en réalité être multiplié par 50, pour atteindre le triste chiffre de 5.050 ! Comme le précise l'un des auteurs (Scott Kraus du New England Aquarium), « aucune étude sur les carcasses retrouvées après échouage n'a donné de chiffre proche de 100 % des morts survenant dans aucune population de cétacé. Le plus haut taux que nous avons trouvé n'était que de 6,2 %, ce qui implique 16 décès pour chaque carcasse découverte ».

Encore plus alarmant, les conséquences de la marée noire ne s'arrêteraient pas à la première génération. En effet, 17 bébés dauphins auraient été retrouvés sur les rivages du Mississipi et de l'Alabama en seulement deux semaines. Ce chiffre est dix fois plus élevé que la normale, alors que nous sommes en pleine saison des naissances, la première depuis le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon, au printemps 2010. Le lien entre les deux événements n'aurait toutefois pas été établi avec certitude.

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