Que mettre sur le traîneau avant de partir dans les steppes boréales ? Des aliments lyophilisés, des vêtements chauds et bien aérés, des raquettes, une pelle, des gamelles... Pour l'eau, il y a les rivières ou, à défaut, la neige. Et la vitamine C est à chercher dans l'épinette locale... © Éric Travers

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Exclusif : préparez-vous au Grand Nord avec Nicolas Vanier

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Le long de 6.000 kilomètres de son Odyssée sauvage, Nicolas Vanier, en traîneau à chiens, a préparé son équipement en habitué du Grand Nord. Que faut-il emporter ? Que manger ? Que boire ? Comment se vêtir ? Le mieux est de laisser Nicolas lui-même vous l'expliquer !

Prendre le départ de l'Odyssée sauvage, un périple à travers la grande Sibérie, le nord de la Chine, la Mongolie et s'achevant sur les rives du lac Baïkal, c'est concrétiser un vieux rêve. J'en ai réalisé bien d'autres et pensais ne plus repartir, mais je ne pouvais me résoudre à raccrocher...

Ce long voyage de 6.000 kilomètres demande une préparation technique minutieuse, en plus des multiples turpitudes logistiques et administratives liées au repérage de l'itinéraire, au transport du matériel et des chiens et aux passages de frontières. Il faut un équipement adapté aux conditions extrêmes, une alimentation riche, de quoi être autonome une semaine sur la piste tant pour les chiens que pour soi. Et toute cette charge ne doit pas excéder 120 kilos, un défi quand on sait que la nourriture des chiens à elle seule représente une centaine de kilos pour sept jours. Un sac de couchage, des vêtements de rechange, des gamelles et un sac « cuisine », de la nourriture lyophilisée, une hache, une scie, des raquettes, une trousse de médicaments, quelques outils et pièces de rechange, lampes, piles, appareil photo, bottines pour les pattes des chiens... constituent l'essentiel de l'équipement. Tout ce volume est soigneusement réparti pour équilibrer la charge et faciliter l'accès au fur et à mesure des besoins en cours de journée.

Par -40 °C, il faut veiller... à ne pas avoir trop chaud. Plusieurs couches de vêtements conserveront bien la chaleur, mais devront aussi laisser passer un peu d'air pour éviter la transpiration. Les textiles modernes sont excellents, mais la laine a toujours ses avantages. © Taïga

Apprivoiser le froid plutôt que lutter contre lui

En traîneau, le froid est mon meilleur allié. Il me permet de progresser sur les fleuves et les rivières gelés et de rester au sec : ni humidité ni neige mouillée à -40 °C. En revanche, il impose de porter une attention particulière pour maintenir une température acceptable à l'effort. Il ne faut surtout pas avoir un peu trop chaud : des sous-vêtements rendus humides par la transpiration entraînent un refroidissement brutal. Donc oui aux nouvelles fibres pour des sous-vêtements légers et séchant rapidement, mais aussi à la laine qui, même humide, a l'avantage de rester chaude, à la fourrure utilisée par tous les peuples du Grand Nord depuis la nuit des temps, et... aux fermetures Éclair. Le zip est un thermostat qui permet d'éviter la surchauffe en cas d'activité intense !

Pour emprisonner la chaleur corporelle, ce n'est pas l'épaisseur du vêtement qui compte, mais la superposition de plusieurs couches : l'air ainsi captif reste à la température du corps et forme une couche isolante avec l'extérieur. Ne pas être serré ni engoncé est primordial pour conserver l'air chaud entre les couches de vêtements.

L'eau est à chercher dans la nature, mais plutôt dans les ruisseaux ou les rivières que dans la neige fondue (conseil de trappeur). © Taïga

Bien manger, boire beaucoup, ne pas espérer bien dormir

Compte tenu de l'activité et du froid, il faut se nourrir efficacement. Sur mon traîneau, j'emporte des plats lyophilisés, pour une question de poids bien évidemment, et parce que le lyophilisé préserve mieux les nutriments et les vitamines que la nourriture déshydratée. En l'absence de produits frais, on trouve aussi de la vitamine C dans la tisane d'épinettes, le conifère le plus courant de la forêt boréale. Il faut boire beaucoup, car l'air est très sec. L'idéal est de trouver des zones d'eau restées libres à cause d'un fort courant. Sinon, je me contente de fondre de la glace... car le volume nécessaire de neige pour obtenir les litres d'eau indispensables à l'hydratation des chiens serait ingérable au quotidien. C'est un pis-aller, car la neige fondue est dépourvue de minéraux, contrairement à l'eau sous forme de glace.

Enfin, le repos est fractionné, sans véritables horaires. Je m'adapte au rythme des chiens, qui aiment avancer de nuit. Des périodes de sommeil de quatre heures, temps qu'il reste après les soins aux chiens et les repas, permettent de tenir entre deux étapes. Dormir plus longtemps est de toute façon difficile en raison des nombreux microréveils dus à l'inconfort et à l'immobilité quand le thermomètre descend trop bas...

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