L'Odyssée sauvage, de la côte pacifique de la Russie jusqu'au lac Baïkal, passe par la Chine et la Mongolie, dans un paysage de forêts, de steppes et de taïgas. © Taïga

Planète

Nicolas Vanier raconte son Odyssée sauvage

ActualitéClassé sous :développement durable

-

Derrière son traîneau et ses dix chiens, Nicolas Vanier est passé de la taïga à la steppe. Naviguant vers l'ouest sur les pistes forestières et les rivières gelées, il s'apprête à passer la frontière mongole. Futura-Sciences, qui suit l'expédition, a brièvement interrompu son périple de 6.000 km entre Sibérie et Mandchourie pour que l'aventurier nous raconte.

Il est 21 h 30 en Chine. Nicolas Vanier répond à notre appel téléphonique, mais précise qu'il ne pourra pas s'éterniser, car il doit repartir rapidement. Juste après notre conversation, il réinstallera sa lampe frontale et élancera les chiens de son traîneau. Il est alors dans le nord de la Mandchourie. Il fait -40 °C. Mais que va-t-il faire là-bas, et pourquoi est-il si pressé ?

Parti le 21 décembre 2013 de Vanino, dans l'est de la Sibérie, en face de l'île de Sakhaline, Nicolas Vanier, son équipe et ses chiens sont partis vers l'ouest, ont rejoint la Chine, longé le fleuve Amour et s'apprêtent à entrer en Mongolie, dont ils ressortiront cap au nord pour revenir en Russie et finir le voyage sur une île du lac Baïkal à la mi-mars 2014. C'est cela l'Odyssée sauvage, le nom de son troisième voyage hivernal dans les neiges du Grand Nord. Durant l'hiver 2005-2006, l’Odyssée sibérienne avait conduit l'amoureux du froid (et des chiens) du lac Baïkal à Moscou, et pendant la saison 1998-1999, l'Odyssée blanche avait traversé l'Amérique du Nord d'ouest en est, entre l'Alaska et le Québec.

Nicolas Vanier avec un chiot. L'entraînement commence très tôt.

Nicolas Vanier avec un chiot. L'entraînement commence très tôt. © Éric Travers

Début d'hiver trop clément

Pour cette Odyssée sauvage, le trajet n'est pas le plus simple. Les problèmes les plus difficiles sont administratifs, quand les Russes tardent à lui permettre de traverser la frontière, alors que les Chinois attendent l'équipe juste derrière. Ou parce que la frontière mongole ferme le 26 février (c'est ainsi). C'est avec l'assistance des trains chinois que les chiens vont faire une partie du trajet, pour ne pas être en retard devant la porte de la Mongolie, privant Nicolas Vanier d'un passage dont il rêvait.

Autre souci : la température. Elle est trop élevée. « Il n'a pas fait assez froid au début de l'hiver, nous explique l'aventurier. Il a gelé très tard, et sur les rivières, du pack s'est formé. Le pack, c'est un amoncellement de morceaux de glace. Il est alors plus difficile de lire la rivière qui se trouve dessous, et ce sont des passages difficiles pour les chiens. Ils peuvent s'y coincer les pattes et le traîneau tombe parfois, ce qui peut les blesser. Je dois les masser. » En effet, ce sont souvent les rivières gelées que suivent les voyageurs du Grand Nord, et Nicolas s'est fait plusieurs fois aider par les pêcheurs.

Le départ de l'Odyssée sauvage le 21 décembre 2013 à Vanino, une ville de l'Extrême-Orient russe, sur la côte de l'océan Pacifique, en face de l'île de Sakhaline.

Le départ de l'Odyssée sauvage le 21 décembre 2013 à Vanino, une ville de l'Extrême-Orient russe, sur la côte de l'océan Pacifique, en face de l'île de Sakhaline. © Taïga

Des herbes sèches pour le couchage des chiens

« Voilà trois semaines que la température se maintient entre -45 et -40 °C. C'est une température normale, mais il faut faire attention aux chiens. Je leur mets des bottines pour protéger leurs pattes de la neige, et même parfois des manteaux. Le soir, je coupe des herbes sèches pour leur faire un couchage. » Vont-ils bien, ces chiens ? « Ils se comportent très bien. Ils sont jeunes et un peu turbulents. Je vois leur caractère s'affirmer... »

Le traîneau évolue désormais dans un paysage qui est celui des grandes steppes mongoles. « Nous sommes passés assez brutalement de la taïga à la steppe, commente Nicolas Vanier. Auparavant, nous étions au milieu des conifères, des bouleaux et des trembles. Quant aux animaux, j'espère énormément voir un tigre de Sibérie, mais j'ai juste parlé avec une femme qui en avait aperçu un... En revanche, nous avons croisé un très grand nombre de chevreuils, ainsi que des rennes. Il y a des grands tétras [un oiseau gallinacé, NDLR] et un lynx s'est approché de très près des chiens. »

Avant la nuit, séance de ramassage de foin pour préparer le couchage des chiens.

Avant la nuit, séance de ramassage de foin pour préparer le couchage des chiens. © Taïga

Un monde en mutation

Ce paysage, Nicolas Vanier l'a vu changé durant ce dernier quart de siècle où il l'a arpenté, notamment en Chine« Les effets du dérèglement climatique se font sentir. Et aussi l'urbanisation et l'industrialisation galopante. Un pêcheur chinois m'a expliqué que naguère, il travaillait quelques heures par jour pour ramener chez lui les 5 à 10 kg de poissons qui suffisaient pour faire vivre sa famille. Mais quand il faut acheter de nombreux biens pour être heureux, alors il faut pêcher 30 à 60 kg. Si bien que le poisson se fait rare. Beaucoup finissent par prendre un travail à l'usine... et à regretter leur travail de pêcheur. »

Autour de Nicolas Vanier, son équipe s'affaire pour la logistique. Choisir les villages où pourra se trouver la nourriture pour les chiens, chercher les itinéraires envisageables, gérer quelques soucis administratifs et matériels ou s'occuper du tournage des séquences vidéo : c'est le travail de l'équipe composée notamment de Pierre Michaud (pour l'organisation), Alain Brénichot (le pisteur) et Arnaud Humann (pour le tournage). Futura-Sciences continuera de suivre ces aventuriers dans leur Odyssée sauvage.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi