La réduction drastique de la banquise antarctique, telle qu'elle est prévue par le Giec, devrait conduire à l'horizon 2100 à la quasi-disparition des colonies de manchots empereurs qui peuplent la Terre Adélie. C'est ce qu'affirme une équipe franco-américaine.
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Le film de Luc Jacquet, La marche de l'empereur, a popularisé l'image de ces centaines de manchots empereursmanchots empereurs crapahutant sur la banquisebanquise dans une météométéo dantesque pour rejoindre la mer libre tandis que leurs conjoints patientent sur la partie continentale avec leur progéniture.

Cette longue marche, qui nous paraît extraordinairement pénible, sera dans les prochaines décennies de plus en plus courte. En effet, la banquise, cette glace flottante prolongeant le continent, devrait se réduire à mesure que la température globale de l'atmosphèreatmosphère augmente. Les projections du GiecGiec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climatclimat) vont dans ce sens.

Les prévisions pour cette région du monde sont cependant difficiles car les mécanismes à l'œuvre, riches de rétroactionsrétroactions, sont complexes. La réduction de la couverture glaciaire en Antarctique est bien constatée mais la compréhension des phénomènes en jeu manque encore. Il semblait jusque-là que seule sa partie occidentale, là ou se trouve la Péninsule AntarctiqueAntarctique, voyait monter sa température moyenne alors que l'ensemble du continent, l'Antarctide, avait au contraire tendance à se refroidir. Mais une récente publication, sur la foi de cinquante années de relèvements, montre que le réchauffement affecte l'ensemble du continent antarctique.

Une réduction de la surface de la banquise, du côté de la TerreTerre Adélie, où vivent les manchots empereurs (Aptenodytes forsteri), facilitera-t-elle la vie de ces oiseaux ? La réponse est non, bien au contraire. En 2004, déjà, une équipe sud-africaine démontrait que la diminution de la surface de la banquise menaçait les manchots et d'autres espècesespèces. Le pack de glace favorise en effet la production d'alguesalgues dont se nourrissent les milliards de petits crustacéscrustacés collectivement appelés krillkrill, lesquels forment le plat de résistancerésistance des manchots (et de bien d'autres animaux).

Il reste peu de temps, sans doute, pour s'adapter...

Henri Weimerskirch, du Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CEBC), et Stéphanie Jenouvrier (Woods Hole Oceanographic Institution) viennent avec leurs collègues d'avancer des indications plus précises. Ces chercheurs se sont appuyés sur les prévisions découlant du modèle climatiquemodèle climatique basé sur le scénario dit « business as usual » (on fait comme avant), ou A1B, qui prévoit une augmentation médiane (par rapport aux autres scénarios) du taux de dioxyde de carbonedioxyde de carbone (CO2), avec 720 ppmppm (parties par million) en 2100.

Ces biologistes ont pris en compte les données sur les populations de manchots empereurs observées entre 1962 et 2005. Entre 1972 et 1981, par exemple, la banquise avait régressé d'environ 11% et, sur la même période, le nombre de manchots avait diminué de moitié.

Publiée dans les Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), l'étude conclut que les populations de manchots empereurs devraient fortement décliner au cours du siècle. Plus précisément, la probabilité d'une quasi-extinction, c'est-à-dire d'une réduction de 95% des effectifs, est d'au moins 36% à l'horizon 2100. Dans ce cas, la population passerait de quelque 6.000 couples en 1962 à environ 400.

Pour éviter l'extinctionextinction, concluent les chercheurs, les manchots devront donc s'adapter, soit en déménageant soit en modifiant le calendrier de la reproduction et de la croissance des jeunes. Toutefois, ajoutent-ils, pour une espèce présentant une  longue duréedurée de vie (on ne la connaît pas exactement mais elle semble supérieure à trente ans), une adaptation de ce genre en un délai aussi court est peu probable.