Les scientifiques cherchent à déterminer les origines du cheval domestique actuel et ils n'ont toujours pas de réponse. © Vali, Fotolia

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Les chevaux ont radicalement changé en seulement quelques siècles

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Même les chevaux ne sont plus ce qu'ils étaient... Leur course n'est pas semblable à celle de leurs ancêtres, galopant sur Terre, il y a quelques millénaires. C'est ce que rapportaient des chercheurs jeudi dans l'histoire génétique la plus complète de l'animal jamais compilée à ce jour.

Le changement génétique le plus rapide s'est produit seulement dans les 200 à 300 dernières années, avec l'intensification des pratiques modernes d'élevage. C'est la grande surprise de cette étude produite grâce à la collaboration internationale de 121 chercheurs et publiée dans la revue américaine Cell.

Après le chien, la chèvre, le mouton, la vache et le cochon, le cheval est l'un des derniers animaux à avoir été domestiqués, au Néolithique. Il y a environ 5.500 ans, les humains ont commencé à boire du lait de jument, à harnacher les chevaux, à consommer leur viande et à les enfermer dans des enclos.

Le cheval de Przewalski est le descendant sauvage des premiers chevaux jamais domestiqués. © kwadrat70, Fotolia

Et tout a changé à partir de ce moment-là

« Le cheval a radicalement changé l'histoire humaine », dit à l'AFP Ludovic Orlando, directeur de recherche CNRS à l'université de Toulouse, qui a coordonné l'étude. Grâce au cheval, « on a pu aller très vite, très loin, conquérir de nouveaux territoires. On a fait la guerre très différemment. Grâce au cheval, on a pu labourer les champs et faire de l'agriculture», poursuit-il. Le cheval d'Alexandre le Grand est tellement marquant qu'on connaît son nom : Bucéphale ».

Pourtant, une question centrale demeure et à laquelle les scientifiques ne savent toujours pas répondre : quel est l'ancêtre du cheval domestique actuel ? L'équipe s'est donc attelée à l'analyse des génomes de 278 animaux (surtout des chevaux mais aussi des ânes et des mules découverts par inadvertance) sur plus de 5.000 ans et venant de toute l'Eurasie. « C'est le plus gros registre de génomes anciens chez une autre espèce que l'homme », dit Ludovic Orlando.

Il ne reste que deux lignées

Depuis 2010, l'analyse des ADN anciens a connu un bond technologique. L'équipe a pu, dans un laboratoire de Toulouse, extraire et analyser les génomes venant d'ossements qu'il n'était pas possible d'exploiter auparavant. Et surprise : les scientifiques ont découvert une lignée de chevaux ibériques qui vivaient il y a quatre à cinq mille ans et qui a complètement disparu.

À l'autre bout du continent eurasiatique, rebelote ! Une autre lignée vivait en Sibérie et a aussi disparu. C'est comme si l'on découvrait que Néandertal vivait à côté de Sapiens il y a 5.000 ans, s'émeut Ludovic Orlando. Aucune de ces lignées n'est l'ancêtre des chevaux actuels. Il reste aujourd'hui deux lignées : le cheval domestique et le massif cheval de Przewalski. Leur origine la plus probable serait l'Asie centrale, mais ce n'est qu'une hypothèse ; aucun aïeul génétique n'a encore été découvert.

Deux chevaux de Przewalski, relâchés dans le sud-ouest de la Mongolie, le 20 juin 2018. © Jan Flemr, AFP

Les scientifiques se disent frappés par la rapidité avec laquelle la diversité génétique des chevaux s'est effondrée dans les deux à trois derniers siècles, alors qu'elle était restée constante dans les cinq millénaires précédents.

« Le cheval d'aujourd'hui ne ressemble pas à celui d'hier »

Les XVIe et XVIIe siècles correspondent au début des pratiques d'élevage avec la création de races par sélection. « Toutes les races actuelles, du poney Shetland au pur-sang, ont été fabriquées », dit Ludovic Orlando. La vitesse pourrait avoir été particulièrement sélectionnée.

La question centrale des origines de la domestication

Un autre changement s'est produit entre les VIIe et IXe siècles, pendant l'expansion arabo-musulmane en Europe. Les envahisseurs ont emmené avec eux un cheval oriental, venu de l'empire perse des Sassanides. Un animal plus élégant, à la silhouette plus fine, qui s'est mélangé avec celui d'Europe. Il est devenu si populaire qu'il a donné naissance à la plupart des chevaux actuels.

Parallèlement, le cheval européen, celui que les Romains et les Gaulois montaient, a été transporté par les Vikings en Islande et dans les îles britanniques, les deux seuls endroits où il subsiste aujourd'hui.

« Le cheval d'aujourd'hui ne ressemble pas à celui d'hier », résume l'auteur principal, qui espère, avec son consortium de chercheurs venus d'une trentaine d'universités, découvrir les ossements qui confirmeront quelle culture humaine a commencé la domestication.

« La domestication est centrale dans l'histoire humaine, mais en 2019, on ne comprend toujours pas où elle a commencé. C'est fou ! » conclut-il.

Pour en savoir plus

Les chevaux de Przewalski ne sont pas les derniers chevaux sauvages

Article Futura avec relaxnews publié le 28 février 2018

Il n'existe plus de chevaux sauvages sur Terre ont annoncé des chercheurs. Leur découverte, basée sur une nouvelle analyse ADN, redessine l'arbre généalogique de la famille de ces équidés.

Il s'est avéré que ceux que l'on croyait être les derniers chevaux à l'état sauvage de notre planète -- les chevaux de Przewalski -- sont en réalité des animaux domestiqués ayant échappé à leurs propriétaires, selon une étude publiée dans la revue Science.

« C'était une énorme surprise », a confié Sandra Olsen, coauteure de l'étude et conservatrice à l'Institut de la biodiversité et du musée d'histoire naturelle de l'université du Kansas. « Cela signifie qu'il n'y a plus de chevaux sauvages sur Terre et c'est ça qui est triste », s'est-elle désolée.

Site de fouille de Botai, dans le nord du Kazakhstan. © Alan Outram, University of Exeter

Les chevaux de Przewalski descendraient des chevaux de Botai

L'étude se base sur des recherches archéologiques menées sur deux sites au nord du Kazakhstan, Botai et Krasnyi Yar, où les scientifiques ont découvert des preuves d'une domestication du cheval datant de plus de 5.000 ans. Les chercheurs internationaux ont séquencé les génomes de 20 chevaux de Botai, en utilisant notamment des dents et des os exhumés sur les sites.

En les comparant à des génomes déjà connus de chevaux modernes et anciens, les scientifiques ont découvert que les équidés de Przewalski descendaient en réalité des chevaux de Botai, les plus anciens équidés domestiqués connus. Une découverte inattendue qui signifie que les chevaux de Przewalski n'étaient pas sauvages à l'origine.

Reconstitution de chevaux de Botai basée sur l’étude génétique. Certains des chevaux se sont révélés porteurs de variants génétiques causant des robes aux motifs blancs ou léopard. © Ludovic Orlando, Sean Goddard, Alan Outram

Le cheval de Przewalski, une espèce menacée de disparition

Ces révélations sont « super intéressantes » confie à l'AFP Beth Shapiro, professeure d'écologie et de biologie évolutive à l'université de Californie de Santa Cruz, qui n'a pas participé à l'étude. Et d'ajouter : « Remplacer le mot "sauvage" par "naturel" est un changement sémantique qui pourrait mieux refléter leur évolution historique mais ne devrait pas changer leur statut. Nous devrions continuer à protéger les chevaux de Przewalski comme une population de chevaux sauvages ».

L'équidé de Przewalski est une espèce menacée selon l'Union internationale pour la conservation de la nature. Découverte au XIXe siècle en Mongolie par l'explorateur russe Nikolaï Przewalski, l'espèce a subitement connu une forte popularité en Europe, au point que les chevaux ont été abondamment capturés pour alimenter les zoos du Vieux continent.

Plusieurs programmes de réintroduction ont été mis en place depuis que l'espèce s'est éteinte dans la nature dans les années 1960. Cette découverte mène à un nouveau défi, résumé dans le communiqué du CNRS.

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