Un mètre de diamètre et 7 kg sur la balance : la fleur de la Rafflesia défiait depuis 200 ans les spécialistes de la classification. Surprise : on apprend aujourd'hui que ses ancêtres d'il y a au plus 46 millions d'années avaient des fleurs toutes petites. Voilà qui lui confère le record de croissance parmi tous les organismes vivants de la Terre !
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On sait maintenant que Rafflesia arnoldii est une euphorbiacée, cette famille à laquelle appartiennent nos euphorbes et qui compte quelque 6 000 espècesespèces. Annoncée ainsi, la nouvelle ne semble pas fracassante. Elle le paraît davantage quand on considère l'incroyable fleur de cette plante tropicale : son diamètre peut atteindre un mètre et son poids grimpe jusqu'à sept kilogrammes. Dans la forêt, elle se fait remarquer par cette taille hors norme mais aussi par son odeur, pestilentielle mais utile : c'est elle qui attire les insectesinsectes se chargeant de sa pollinisation. Elle n'a donc pas grand-chose à voir avec les euphorbiacées, dont les inflorescencesinflorescences dépassent rarement quelques millimètres.

Dans la forêt tropicale, Rafflésia est devenue un diffuseur géant de parfum - hélas nauséabond. Crédit : Jeremy Holden

Dans la forêt tropicale, Rafflésia est devenue un diffuseur géant de parfum - hélas nauséabond. Crédit : Jeremy Holden

Jusque-là, la position de cette curiosité et de ses cousines, les rafflesiacées, restait une énigme, bien que ces plantes soient connues depuis deux siècles. Il faut dire qu'elles sont parasitesparasites, vivant aux dépens de l'arbrearbre sur lequel elles se sont fixées. Elles sont dépourvues de feuilles et de tiges, qui servent justement aux taxonomistes pour situer une plante dans la classification. L'étude génétiquegénétique n'était d'aucun secours car les botanistesbotanistes utilisent l'ADNADN des chloroplasteschloroplastes, ces petites structures intracellulaires qui conduisent la photosynthèsephotosynthèse. Or, ils sont absents chez les rafflesiacés. Charles Davis (de l'université Harvard, Etats-Unis), lui, s'est attaqué à l'ADN des mitochondries, des organitesorganites (intracellulaires, comme les chloroplastes) et qui s'occupent de la respiration.

Grâce à cet ADN mitochondrialADN mitochondrial, les rafflesiacées, dans une première étude, ont trouvé leur place parmi les malpighiales, qui comprennent les euphorbiacées. L'équipe de Davis a ensuite analysé 11 500 paires de base dans plus de cent espèces de ce groupe. Dans leur article, publié dans Science, le verdict est clair : les rafflesiacés appartiennent aux euphorbiacées.

Si peu de millions d'années pour grandir…

Pour déterminer quand les ancêtres des rafflésiacées ont commencé à faire grandir leurs fleurs, l'équipe a étudié les fossilesfossiles connus d'euphorbiacées. Selon les auteurs, les rafflésiacés ont commencé à diverger des autres euphorbiacées il y a 46 millions d'années. L'énorme augmentation de taille n'a donc pu se produire qu'à partir de ce moment. Le manque de fossile de rafflésiacées empêche de savoir quand a débuté cette croissance. Elle pourrait donc être plus récente.

Même si elle date de 46 millions d'années, cette tendance au gigantismegigantisme étonne. La raison semble en être la meilleure efficacité de la production et de la diffusiondiffusion du parfum, repoussant pour un neznez humain mais attractif pour les insectes pollinisateurs. Mais la question restant en suspens est celle de la vitessevitesse du changement, très élevée vue l'ampleur de la modification. « L'échelle de cette évolution est inédite dans le règne végétal et dépasse même tout ce qui se fait dans le monde vivant, explique Daniel Nickrent, l'un des coauteurs. » Entre la taille des fleurs des ancêtres des rafflésias et celle des espèces actuelles, poursuit-il, « c'est comme comparer un homme et la pyramide de Gizeh ».

En rapprochant ce groupe d'euphorbiacées actuelles, les chercheurs espèrent qu'il sera possible de déterminer quels gènesgènes se sont modifiés pour provoquer ce gigantisme. Rafflesia a donc encore des secrets à révéler.