« Bêtes de science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, faisons connaissance avec un animal très particulier : un gorille nommé Koko.

Koko. Elle a quitté notre monde le 20 juin 2018. En plein sommeilsommeil. Au bel âge de 46 ans. Un bel âge parce que celle dont nous parlons ici appartient au genre des gorilles. Certains de ces grands singes vivent parfois plus longtemps. Bien plus longtemps. En captivité notamment. Ça a été le cas de Colo, par exemple, qui s'est éteinte au zoo de Colombus (États-Unis) un peu après avoir fêté son soixantième anniversaire. Mais l'espérance de vieespérance de vie moyenne d'une femelle gorille reste inférieure à 38 ans. Pourtant, ce qui a fait la réputation de Koko, ce n'est pas sa belle longévité. C'est bien plus son intelligenceintelligence assez exceptionnelle. Même pour un grand singe.

Koko est née au zoo de San Francisco (États-Unis) en juillet 1971. C'est là, toute jeune, qu'elle a rencontré l'éthologue Francine « Penny » Patterson. Elle ne l'a ensuite plus jamais quittée. Koko, c'est un gorille des plaines de l'ouest. Une espèce aujourd'hui considérée comme gravement menacée d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICNUICN). Une espèce désormais aussi connue pour son intelligence. En 2019, une étude a même montré que les gorilles pouvaient se montrer plus malins que nos ancêtres les Australopithèques. Au morpion, Koko battrait donc Lucy...

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Et au contact de Penny Patterson, Koko a su en faire la preuve. Elle a très vite montré d'étonnantes aptitudes. En 1978, elle se prenait en photo dans un miroirmiroir. Une manière de montrer la conscience que le gorille pouvait avoir de son propre corps. Les animaux qui réussissent ce test du miroir ne sont pas si nombreux. Même les petits humains doivent attendre d'avoir passé le cap des 18 mois pour reconnaître leur image. C'est dire.

Une intelligence hors norme

Mais les capacités cognitives de Koko ne s'arrêtaient pas là. En 1985, le monde apprenait qu'elle s'était littéralement prise d'affection... pour un petit chat qu'elle avait elle-même nommé All Ball -- nous allons revenir plus tard sur la question « Comment un gorille peut-il nommer un chat ? » --  Normal ! C'est craquant, un chaton. Pourtant il faut souligner que, dans le règne animal, une telle tendance à s'attacher à un individu d'une autre espèce, c'est quand même plutôt rare. Le signe d'une intelligence émotionnelle supérieure. Confirmée encore par la tristesse éprouvée par le gorille pendant plusieurs mois après que le pauvre petit chat a péri, renversé par une voiturevoiture. Koko, donc, était capable de ressentir des émotions similaires aux nôtres.

Pourtant, ce qui restera probablement encore plus dans les mémoires, c'est la manière dont elle a pu apprendre une sorte de langage des signes. Avouez-le : communiquer, ce n'est pas simple. Même d'humain à humain. Alors quand il s'agit de communiquer avec un animal... Je dis bien de communiquer. Pas simplement de lui intimer des ordres. Ou de lui demander gentiment d'accomplir une action. Comme lorsque vous attendez de votre chien qu'il se mette assis.

Le saviez-vous ?

Au fil de ses apparitions publiques, Koko le gorille avait semblé développer une sorte d’obsession… pour les tétons. À tout bout de champ, elle demandait à ses interlocutrices de se mettre à nu pour lui montrer leur poitrine. Une déviance héritée de sa drôle de vie ? Ou peut-être tout simplement la preuve qu’elle n’avait pas réellement acquis la maîtrise du langage. Et que ce que les chercheurs lisaient dans ses signes n’était rien d’autre que le reflet de leur propre intelligence.

En matièrematière de communication avec Koko, c'est le travail et la patience de Penny Patterson et de ses collaborateurs qui ont porté leurs fruits. Ils ont appris au gorille plus de 1.000 signes différents. Et il paraît qu'elle pouvait comprendre environ 2.000 mots prononcés en anglais parlé. Cela équivaut quelque peu au vocabulaire d’un enfant de 3 ans.

Toutefois, entre apprendre à signer des mots et maîtriser le langage, sa syntaxe et, de fait, la communication, il restait un pas à franchir. Et finalement, les tentatives de démonstration de cette capacité chez Koko n'ont pas réellement été couronnées de succès. Elle savait certes répondre à des questions simples. Mais en général, les successions de signes proposées par le gorille laissé libre de s'exprimer se révélaient bourrées d'incohérences. Pourtant, même si les phrases de Koko ressemblaient un peu à du charabia, il semble certain... qu'elle n'était pas si bête !