Représentation d'artiste de la nouvelle espèce Homo bodoensis. © Ettore Mazza
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Une nouvelle espèce humaine vient d'être définie

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Une nouvelle espèce d'hominine vient d'être définie pour caractériser les humains du Pléistocène moyen en Afrique. Homo heidelbergensis et Homo rhodesiensis sont des espèces mal définies, que des auteurs suggèrent de supprimer.

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La définition d'une espèce fossile fait l'objet de perpétuels débats. La définition communément admise afin de définir une espèce biologique est celle énoncée par Ernst Mayr en 1942, qui stipule que deux individus appartiennent à une même espèce s'ils sont potentiellement interféconds et s'ils sont « reproductivement isolés des autres groupes ayant les mêmes propriétés ». Cette définition ne résout bien sûr pas toutes les questions d'attribution d'espèces, notamment lorsqu'il est impossible de vérifier en pratique si deux individus morphologiquement proches mais géographiquement très éloignés peuvent se reproduire entre eux et donner une descendance fertile.

S'ils suivent cette définition de l'espèce biologique, les paléontologues et paléoanthropologues font face à un problème majeur car ils ne peuvent bien évidemment pas vérifier si des individus fossiles étaient interféconds. Ils utilisent donc les ressemblances morphologiques entre ces spécimens afin de les classer ou non au sein d'une même espèce. Il faut pourtant garder à l'esprit que les espèces sont définies par l'Homme pour une évidente raison de praticité, afin de les étudier. Dans la réalité biologique, les variations intraspécifique et interspécifique peuvent se chevaucher et les espèces font en réalité partie d'un continuum biologique. La limite morphologique entre des espèces fossiles est pour cette raison source de nombreux débats, notamment lorsqu'il s'agit de l'évolution de la lignée humaine.

Les espèces font en réalité partie d'un continuum biologique

En 2019, l'une des sessions de la conférence de l'American Association of Biological Anthropology a été consacrée à la définition de l'espèce Homo heidelbergensis. Dans une étude récemment parue dans le journal Evolutionary Anthropology Issues News and Reviews, les auteurs rappellent qu'à l'issue de cette session, aucun intervenant n'était satisfait par la définition de ce taxon, que la définition de cette espèce dépendait des personnes qui l'utilisaient et qui y incluaient donc différents fossiles, et qu'il était nécessaire de réévaluer la validité de H. heidelbergensis.

Vue d'artiste de Homo bodoensis dans un environnement africain, au Chibanien. © Ettore Mazza

Un groupe ancestral à H. sapiens

Dans cette étude, le groupe de recherche propose d'abandonner les taxons H. heidelbergensis et H. rhodesiensis. Le premier devrait être assigné à H. neanderthalensis en raison de récentes données morphologiques et moléculaires et le second n'a jamais été très utilisé et est lié à Cecil Rhodes et au colonialisme anglais, des références que les paléoanthropologues ne souhaitent plus utiliser.

Les auteurs de l'étude proposent ensuite de définir l'espèce H. bodoensis, qui vivait au Pléistocène moyen ou Chibanien (-774.000 à -129.000 ans). Sa distribution géographique s'étendait à l'ensemble de l'Afrique mais également à l'est de la Méditerranée. Les auteurs expliquent que depuis cette zone, H. bodoensis a pu contribuer au repeuplement de l'Europe et peut-être de l'Asie centrale et de l'Est après les chutes démographiques liées aux glaciations.

L'espèce H. bodoensis a été définie d'après le crâne nommé Bodo 1, trouvé à Bodo D'ar, en Éthiopie et datant d'il y a 600.000 ans. Cette espèce ressemble à H. erectus ; elle a par exemple un centre de visage robuste et un prognathisme facial. Elle partage aussi des caractères avec H. sapiens qui sont une importante capacité crânienne et une voûte frontale large. Le volume crânien d'H. bodoensis est d'environ 1.250 cm3 et est compris entre ceux d'H. erectus et d'H. sapiens.

Évolution simplifiée du genre Homo depuis deux millions d'années. © Roksandic et al, 2021

La définition d'H. bodoensis permet donc de reconnaître la variabilité morphologique et la distribution géographique des hominines du Chibanien et de décrire la morphologie unique d'un groupe distinct de Néandertal et ancestral à H. sapiens.

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