Lorsqu'elles se fossilisent, les empreintes de pas prouvent la présence de certaines espèces il y a plusieurs millions d'années. © kozlik_mozlik, Adobe Stock
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Ces empreintes datant de 3,7 millions d'années n'ont pas été faites par un ours !

ActualitéClassé sous :Ancêtres de l'humain , anthropologie , homme préhistorique

Des traces de pas préhistoriques en Tanzanie ont été attribuées à un ours il y a plusieurs décennies. Leur comparaison avec des empreintes d'espèces actuelles révèle à présent qu'elles ont été faites par un homininé encore non identifié ! 

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Quand des représentants de la lignée humaine ont-ils commencé à se déplacer debout ? L'adoption d'une posture érigée est l'un des événements qui caractérisent la trajectoire empruntée par la lignée humaine au cours de son évolution. L'analyse de la morphologie des restes osseux permet aux anthropologues de supposer que certaines espèces pouvaient adopter, même partiellement, la bipédie. Ces indices sont par exemple la position du trou occipital au centre du crâne ou encore un bassin large et bas. Cependant, ces indices pointant vers une démarche bipède ne permettent que de supposer l'existence d'un tel comportement. La découverte d'empreintes de pas préhistoriques permet en revanche de déterminer avec certitude à quelle période les premiers membres de la lignée humaine ont marché debout. Les plus anciennes traces de pas de ce type ont été découvertes en 1978 à Laetoli, en Tanzanie, et ont été datées d'il y a 3,66 millions d'années. Elles ont été attribuées à l'espèce Australopithecus afarensis dont le spécimen le plus connu est Lucy.

Les empreintes de pas sur le site A de Laetoli ressemblent à celles faites par un ours. © McNutt et al, 2021

Un autre ensemble d'empreintes de pas a également été découvert à proximité de ces derniers en 1976, au niveau d'un site nommé site A. Il avait été attribué à un homininé mais présentait des similitudes troublantes avec celles d'un ours et pour cette raison il n'a pas été considéré comme ayant une importance majeure par les anthropologues. Ces empreintes se croisaient notamment le long de l'axe de marche, ce qui n'est pas observé lors d'une démarche bipède et leur morphologie interne n'avait jusqu'alors jamais été observée car ces empreintes n'avaient pas été « nettoyées ». Puisque les dernières analyses de ces empreintes datent de plus de quatre décennies, une équipe de recherche les a réétudiées avec des techniques modernes et a publié ses résultats dans la revue Nature.

Plusieurs espèces d'homininés sur le même site  

Les auteurs de l'étude ont commencé par ôter la matrice qui s'était déposée dans l'empreinte afin de faire apparaître les empreintes de doigts. Afin de déterminer quel fut l'animal auteur de ces empreintes, l'équipe de recherche les a comparées avec des empreintes d'ours noirs, de chimpanzés (avec des comportements bipède et quadrupède) et d'humains (avec et sans chaussures et sur différents substrats). Elle a également observé le comportement d'ours bruns et rapporté qu'en plus de 50 heures de vidéo, un seul avait adopté une marche bipède sans assistance et ce durant quatre pas.

Il était peu probable que les empreintes du site A aient été faites par un ursidé

Les auteurs en ont donc déduit qu'il était peu probable que les empreintes du site A aient été faites par un ursidé, d'autant plus que parmi les 25.000 fossiles d'animaux trouvés à proximité, aucun ne provient d'un ursidé. La comparaison des empreintes a permis aux auteurs de suggérer que celles du site A ont été faites par un individu qui faisait de petits pas, comme cela aurait été le cas d'un humain marchant lentement ou sur une surface glissante.

Les empreintes attribuées à Australopithecus afarensis (en bas), à Laetoli, diffèrent de celles du site A situé à proximité (en haut). © McNutt et al, 2021

L'empreinte du talon est également plus large que celle des ours et des chimpanzés et aucune trace de griffes n'a été décelée. Les empreintes « croisées » sur le site A ont ainsi pu être réalisées par un homininé tentant de retrouver son équilibre. Ces empreintes du site A diffèrent néanmoins de celles d'A. afarensis trouvées à proximité, ce qui permet aux auteurs de suggérer que plusieurs espèces d'homininés ont coexisté à Laetoli.

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