L'engouement actuel pour le « real estate porn » soulève la question de son origine : est-ce le résultat de la prolifération d'émissions télévisées centrées sur l'immobilier ou celui émanant de la soif d’évasion et de rêve des Français hors de leur routine quotidienne ? Car contre toute attente, on parle réellement d’addiction à l’instar d’autres types d’accoutumance, comme celle aux jeux d’argent ou celle aux écrans ou au tabac. Mais comment cette « manie » a-t-elle vu le jour jusqu’à devenir en vogue ?


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    « Real estate porn » traduisible par « porno immobilier » fait référence à cette tendance qui consiste à consommer de façon excessive des annonces immobilières comme celle qui implique de visionner avidement des films pornographiques en boucle.

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    L’émergence du real estate porn

    Cette dernière décennie a vu émerger nombre d'émissionsémissions autour de la rénovation d’habitations, de réaménagements d'intérieurs vétustes en espaces cosy ou encore d'achats de biens immobiliers de luxe. S'ajoutent à cela, l'utilisation des réseaux sociauxréseaux sociaux et la facilité de publier toujours plus de clichés de maisons ou appartements, mais aussi celle d'y accéder.

    Outre le fait d'inspirer tout un chacun, ces contenus ont fini par susciter l'envie de visualiser, de partager et de liker, voire d'aller visiter physiquement des biens souvent inaccessibles.

    Le <em>real estate porn, </em>un phénomène en vogue qui peut devenir une addiction. © Monkey Business, Adobe Stock
    Le real estate porn, un phénomène en vogue qui peut devenir une addiction. © Monkey Business, Adobe Stock

    Quand une simple curiosité face aux annonces immobilières devient une addiction

    L'addictionaddiction se définit par une envie ou un besoin récurrent de réaliser ou de consommer une chose et qui peut engendrer des conséquences néfastes sur la santé. Ce type de dépendance aux annonces immobilières peut laisser coi, et pourtant... Dans le cas du « Real estate porn », il s'agit de visualiser quotidiennement des dizaines d'annonces immobilières au point que ce qui aurait dû être au départ une simple consultation devient un acte obsessionnel et incontrôlable. Il ne s'agit alors même plus de rechercher un bien immobilier simplement par nécessité ou par curiosité, mais de « se goinfrer » d'annonces pour rêver d'un idéal jusqu'à ce que la réalité rattrape le consommateur. Il faut dire que leur accessibilité reste très facile !

    La prolifération des applicationsapplications dédiées aux sites immobiliers d'une part, conjuguée à une augmentation quasi constante du marché immobilier (multiplication des prix), incite de plus en plus de personnes à adopter une attitude consistant à « regarder sans acheter », un phénomène qui ne fait qu'accroître l’addiction. S'ajoute à cela des photos de maisons et d'appartements visibles en ligne et parfois réalisées par des professionnels du shooting (notamment pour les annonces de biens haut de gamme). Tout comme les clichés d'influenceurs, elles sont réalisées avec l'utilisation de filtres, en choisissant la lumièrelumière idéale et sous un angle avantageux.

    En somme, ces annonces immobilières ont pour objectif de montrer le bien sous son meilleur jour pour séduire de nouveaux acheteurs et faire rêver. Mais elles maintiennent, un peu perfidement, la soif inassouvie des personnes accros aux annonces immobilières.

    Les conséquences du real estate porn

    Lorsque cette addiction est avérée, outre le fait de polluer la personne dépendante (et son entourage !), elle déborde directement sur le secteur de l'immobilier. Comment ? Les adeptes du real estate porn n'hésitent pas à prendre des rendez-vous avec les agents immobiliersagents immobiliers pour visiter les biens observés en ligne. Certains ressentent le besoin d'être valorisés en mettant les pieds dans l'intérieur d'un bien inaccessible, d'autres y viennent pour la déco, souvent haut de gamme, en laissant croire qu'ils peuvent acquérir la maison ou l'appartement. Ce qui est certain c'est que, dans ces cas-là, l'agent immobilier repart rarement avec une proposition d'achat. Face à ces attitudes obsessionnelles qui se multiplient, le travail des agents immobiliers s'en trouve pollué, mais ce n'est pas tout...

    Nombre de personnes finissent par souffrir de cette dépendance en fantasmant sur des biens qu'elles ne pourront jamais atteindre. En effet, comparer son propre logement à des normes parfois inatteignables peut finir par générer un sentiment d'insatisfaction, de la tristesse ou encore de la dévalorisation et une perte d'estime de soi.