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Qualité de l'eau potable en France

Dossier - Géopolitique et guerre de l'eau
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L’eau est devenue un enjeu géopolitique majeur. La guerre de l’eau fait rage dans le monde : au Moyen-Orient, mais pas seulement. La frontière entre les États-Unis et le Mexique est par exemple concernée par ce type de conflit. Alors que les réserves s’épuisent, les États, notamment la France et l’Espagne, espèrent améliorer leur gestion de l’or bleu.

  
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Quelle est la qualité de l'eau potable en France ? S'est-elle améliorée ? La loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 a transposé en droit français la directive européenne de 2000 (le but de cette dernière était de parvenir à un « bon état écologique et chimique » des eaux). La loi refusait pourtant de s'attaquer aux pollutions agricoles de l'eau par les nitrates et les pesticides. En laissant carte blanche aux cultures d'irrigation, elle laissait aussi se généraliser les grandes sécheresses de l'été. Cette page a été rédigée d'après plusieurs articles d'Elisabeth Chesnais.

En 2000, l'UE adoptait la directive sur l'eau donnant dix ans aux États membres pour parvenir à un « bon état écologique et chimique » de leurs eaux (directive-cadre européenne sur l'eau).

Quelle est la qualité de l'eau potable en France ? Ici, la Garonne en novembre, sous le soleil couchant, à Esconac. © San Kukai, CC by-sa 3.0

Le bilan réalisé en France fin 2004, par les Diren les agences de l'eau était inquiétant. Ainsi, 50 % à 75 % des masses d'eau étaient fortement dégradées. Si 25 % des masses d'eau étaient classées en « bon état probable », il apparaissait que 27 % des eaux n'avaient pas été classées. Dans un rapport publié le 6 juin 2005, le MNHN affirmait que ce bilan était incomplet : les mesures ne portaient ni sur les micropolluants (dioxines, phtalates...) ni sur les polluants microbiologiques favorisés par la dégradation des milieux aquatiques (bactéries, champignons, prions, virus...).

Retrouvez ici la qualité de l'eau potable actuelle commune par commune.

La loi sur l'eau et les milieux aquatiques

La loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 a transposé en droit français la directive européenne. L'un des reproches qui lui était fait à l'époque était de ne pas avoir inscrit le principe du pollueur-payeur. Cette loi refusait en effet de s'attaquer aux pollutions agricoles de l'eau par les nitrates et les pesticides. En laissant carte blanche aux cultures d'irrigation, elle laissait aussi se généraliser les grandes sécheresses de l'été.

Le consommateur payait plus de 80 % du budget des agences de l'eau et se voyait ainsi reconduit dans le rôle du financeur des programmes de traitement de la pollution agricole, restant démuni face à la dégradation de la qualité de l'eau potable.

Carte du niveau des nappes phréatiques en France. © idé

La pollution des eaux en chiffres

La Charte de l'environnement (2005) demande à chacun de « contribuer » à la réparation de sa pollution. La loi de 2006, elle, est venu proposer une conception parfaitement grotesque de cette « contribution » : le secteur agricole doit financer 4 % du budget des agences de l'eau alors qu'il est responsable pour plus de la moitié de la pollution des ressources aquatiques.

Pour distribuer une eau potable, il faut donc traiter. C'est en partie ce qui explique la flambée des factures d'eau et du prix du mètre cube. Pour freiner l'utilisation abusive d'engrais, à l'origine de cette pollution, les projets de loi sur l'eau élaborés par les ministres de l'Environnement successifs instituaient une taxe sur l'azote afin d'inciter le monde agricole à la modération.

En 2002, un inventaire révélait que 80 % des rivières et 57 % des nappes souterraines étaient contaminées par les pesticides. Seul point positif, les captages d'eau potable restaient majoritairement protégés. Toutefois, 25 % des prises d'eau contrôlées et destinées à la consommation nécessitaient un traitement spécifique de pesticides. Bref, à lire ces résultats, il semblait difficile de croire aux efforts que la profession agricole et l'industrie des phytosanitaires assuraient réaliser pour réduire la pollution de l'eau.

Selon les chiffres de 2016 du ministère de l'Environnement à propos de la qualité de l'eau en France, « en 2013, les deux tiers des masses d'eau souterraine sont en bon état chimique. L'état chimique du tiers restant est médiocre, principalement à cause des nitrates et des pesticides ». Concernant les eaux destinées à la consommation, la part de la population desservie par une eau non conforme (pesticide mais aussi micro-organismes) a baissé de moitié en France entre 2000 et 2012.

La sécheresse en France et l'irrigation agricole

La sécheresse de l'été 2005 était localisée dans les régions d'Aquitaine, du Midi-Pyrénées, des Pays de Loire, du Poitou-Charentes et PACA. Ces régions concentrent l'irrigation agricole et, notamment le maïs. Dans le Sud-Ouest, l'irrigation agricole représente plus de 90 % de la consommation totale d'eau en été soit au total 1 milliard de m3. Un constat hallucinant mais lucide s'impose : la carte de la sécheresse se confond avec la carte de l'irrigation agricole.

Ainsi, 44 % du maïs grain français est cultivé en Aquitaine, en Midi-Pyrénées et en Poitou-Charentes, et 40 % du maïs fourrage français est produit en Pays-de-Loire et en Bretagne. Si l'on se penche, par exemple, sur l'agriculture du Midi-Pyrénées, on constate que les trois-quarts des surfaces irriguées dans cette région sont consacrés au maïs.

Maïs. © DR

Le ministère de l'Agriculture expliquait à l'époque que, dans ces territoires, les pointes de la demande agricole en eau se produisent en été et au début de l'automne, période correspondant à l'étiage des cours d'eau... alors que d'autres besoins importants pour l'économie locale (tourisme, pêche) ne peuvent être satisfaits. Le partage de la ressource peut y prendre une tournure virulente. Le changement climatique pourrait être un facteur aggravant de déséquilibre.

L'été 2015 fut ensuite le plus chaud après 2003 (sur la période 2003-2015), « avec un déficit de précipitation en juin et juillet. La gestion de la sécheresse en 2015 fut représentative des étés à faible pluviométrie, comme 2003 et 2005, et ce malgré une meilleure réalimentation des nappes souterraines avant l'été. Elle contraste avec celle des étés 2013 et 2014 à pluviométrie excédentaire, pendant lesquels très peu de départements ont été touchés par des mesures de restriction. », selon le ministère de l'Environnement.

La gestion des agences de l'eau

Il n'y a aucune incitation financière à diminuer l'irrigation. L'irrigation est six fois moins taxée en Midi-Pyrénées (très touché par la sécheresse) qu'elle ne l'est dans le Nord-Pas-de-Calais (aucune sécheresse). Ainsi, l'agence de l'eau Adour-Garonne, très concernée par la sécheresse, taxe l'irrigation à hauteur de 0,23 centimes au m³ alors que les agences de l'eau du nord, peu touchées par la sécheresse, taxent autour de 1,50 centimes par m3. Du point de vue de la politique environnementale et de l'équité, il n'est pas possible de proposer une justification rationnelle. En réalité, le processus décisionnel des agences de l'eau est très lié aux intérêts économiques locaux. Plusieurs institutions officielles ont dénoncé ce type de dysfonctionnements.

Notamment, le rapport au président le République établi par la Cour des comptes en 2003 passait en revue les résultats des différentes missions de contrôles opérées dans les agences de l'eau. Concernant l'irrigation le rapport soulignait que « les conditions d'assujettissement des agriculteurs irrigants à la redevance illustrent à l'extrême, le peu de considération pratique accordé aux dispositions de la loi du 3 janvier 1992 (...) » qui a institué le principe d'égalité des citoyens devant la ressource aquatique. Ces constats factuels plaident pour une politique nationale de l'eau.

Le ministère de l'Agriculture a mené une étude en Poitou-Charentes : le rendement du maïs irrigué est supérieur de 30 % à celui du maïs non irrigué. En intégrant les aides de la PAC, le revenu avant impôt de l'irrigant est supérieur de 20 % à celui du producteur qui n'irrigue pas. Par conséquent, l'agence de l'eau Adour-Garonne ne peut pas (quantitativement) inciter les agriculteurs à modérer leur consommation d'eau par une diminution des surfaces irriguées. Il est désormais établi que l'eau devient une ressource rare en France.

Bassin Adour-Garonne. © DR

En plus, l'association générale des producteurs de maïs (AGPM) s'oppose à un changement de la gestion de l'irrigation. Les arguments avancés témoignent d'une inconscience certaine doublée d'un très piètre sens de l'observation : « La France est en zone tempérée et l'on peut s'attendre à un printemps pluvieux, voire à un été arrosé, qui limiteraient ainsi les besoins des cultures en irrigation ».

Sur le fond, l'AGPM s'oppose à la mise en place d'un système incitatif de redevance : « le stockage de la ressource en eau doit être une priorité stratégique pour l'état français (...). La loi sur l'eau doit être l'occasion d'inscrire cette priorité de façon ambitieuse ». Les irrigants voudraient en fait que soient construits des barrages pour stocker l'eau l'hiver et l'utiliser lors des périodes de sécheresse. Cette proposition, qui est actuellement relayée par le ministre de l'agriculture, constitue une aberration économique et environnementale.