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L'eau, futur or bleu ? La mer d'Aral et son évolution en Asie centrale

Dossier - Géopolitique et guerre de l'eau
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L’eau est devenue un enjeu géopolitique majeur. La guerre de l’eau fait rage dans le monde : au Moyen-Orient, mais pas seulement. La frontière entre les États-Unis et le Mexique est par exemple concernée par ce type de conflit. Alors que les réserves s’épuisent, les États, notamment la France et l’Espagne, espèrent améliorer leur gestion de l’or bleu.

  
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L'eau sera-t-elle toujours considérée comme « patrimoine intouchable de l'humanité » ? Pas si sûr, car une autre vision vient contrebalancer cette image. Alors que les réserves s'épuisent (en Asie centrale, par exemple, l'évolution du niveau des eaux de la mer d'Aral est inquiétante), certains se demandent s'il ne vaudrait pas mieux fixer un prix à cette ressource, au risque d'en faire l' « or bleu » de demain.

Donner un prix à l'eau permettrait d'en assurer la conservation et faciliterait le développement et l'entretien des infrastructures, donnant ainsi un accès à l'eau à une grande proportion de l'humanité. Cela faciliterait les échanges entre pays se partageant des ressources communes, en vue d'une meilleure exploitation et d'une régulation de cette source de richesse.

Cependant, de nombreuses réserves viennent nuancer cette vision. Sans un contrôle fort, permettant de s'assurer que les multinationales qui se partageront le marché ne pratiqueront pas des tarifs surévalués, on risque de voir l'eau se transformer en « or bleu », au même titre que le pétrole est qualifié d' « or noir ».

L'eau est-elle l'or bleu de demain ? Ces photos montrent l'évolution de l'assèchement de la mer d'Aral, en Asie centrale, entre 1989 (à gauche) et 2014 (à droite). © Nasa, DP

Les États ne seront plus chargés de la distribution. De grandes multinationales prendront leur place. Elles auront alors également la charge de maintenir un réseau de distribution salubre. Cette tâche essentielle serait pourtant menacée si un de ces géants de l'eau venait à connaître des soucis financiers...

Certaines régions de notre planète disposent de beaucoup d’eau douce alors que d’autres en manquent. Pour pallier ce problème, des chercheurs espagnols ont développé une étrange solution : une poche permettant de transporter facilement et efficacement de l’eau par voie maritime. Découvrez-la grâce à la chaîne Euronews, dans ce nouvel épisode de Futuris. © Euronews

Évolution de la mer d'Aral

Les problèmes affectant les populations riveraines de la mer d'Aral sont la conséquence directe du retrait de la mer et de la pollution des fleuves qui s'y jettent, désastres causés par l'Homme. En s'asséchant, la mer d'Aral laisse à ciel ouvert 36.000 km2 de fonds marins, recouverts de sels que le vent emporte et dépose sur des milliers d'hectares de terres arables.

Après l'effondrement de l'URSS en 1991, les institutions d'aide internationale se sont précipitées dans cette région d'Asie centrale pour évaluer l'impact écologique de la baisse des eaux de la mer d'Aral et trouver des solutions. Dix ans plus tard, après d'innombrables études (chères !), les experts ont conclu que la mer d'Aral ne pourrait pas retrouver son niveau initial...

La mer d'Aral a commencé son reflux au cours des années 60, parce que les planificateurs soviétiques avaient détourné les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour irriguer le coton. De 1960 à 1990, la zone irriguée est passée de 3,5 à 7,5 millions d'hectares et la région est devenue le quatrième producteur mondial de coton.

La mer d'Aral en 1985. © Nasa, DP

Toutefois, dans les années 80, la mer d'Aral a reçu dix fois moins d'eau qu'en 1950. Sa salinité croissante a détruit la faune et la flore marines, ravageant le secteur de la pêche. La mer s'est rétrécie, jusqu'à perdre la moitié de sa superficie et le tiers de son volume. En 1989, elle s'est divisée en deux : une petite mer au nord et une grande au sud. Les deux principaux ports de pêche se sont retrouvés à sec, et les villages de pêcheurs à 100 kilomètres des côtes...

Aujourd'hui, l'eau de la région contient quatre fois plus de sel par litre que la limite fixée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Vu les lenteurs des administrations nationales et internationales, vu aussi que chacun tire la couverture à soi... sauver la mer devient donc une perspective fort lointaine.