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La pollution des eaux en Bretagne : agriculture et algues vertes

Dossier - Géopolitique et guerre de l'eau
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L’eau est devenue un enjeu géopolitique majeur. La guerre de l’eau fait rage dans le monde : au Moyen-Orient, mais pas seulement. La frontière entre les États-Unis et le Mexique est par exemple concernée par ce type de conflit. Alors que les réserves s’épuisent, les États, notamment la France et l’Espagne, espèrent améliorer leur gestion de l’or bleu.

  
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La dégradation de la qualité de l'eau en Bretagne est en grande partie due à l'activité agricole. C'est ce que dénonçait notamment la présentation du rapport de la Cour des comptes de 2002, en mettant en lumière la pollution des cours d'eau aux nitrates et aux pesticides ainsi que la prolifération des algues vertes.

Voici un extrait de la présentation du rapport de la Cour des comptes de 2002 :

« L'objectif fondamental de la politique de l'eau est de préserver la disponibilité de la ressource, tout en assurant l'égalité des citoyens devant ses multiples usages. Il s'agit donc de garantir aux consommateurs que l'eau brute répond aux critères de qualité fixés par la loi, et de maintenir le milieu aquatique dans un état écologique compatible avec les autres usages de l'eau.

Les principes d'action retenus par le législateur pour préserver la ressource en eau obligent les pouvoirs publics à privilégier l'action préventive pour réduire les pollutions dès leur origine, et à faire supporter aux responsables de cette détérioration tout ou partie du coût des actions mises en place.

Au vu des politiques engagées depuis dix ans en Bretagne, aucun de ces principes n'a été respecté. En effet, les cours d'eau et les nappes de Bretagne sont aujourd'hui fortement dégradés par l'activité agricole, au point qu'une prise d'eau sur trois contrevient aux normes de qualité fixées par la réglementation.

Ce processus est amorcé depuis trois décennies, sans qu'une politique suffisamment volontariste ait pu le freiner : les actions mises en œuvre en Bretagne depuis 1993, époque d'une première prise de conscience, se sont ajoutées sans parvenir à démontrer de résultats, bien que des fonds publics d'un montant supérieur à 310 M € aient été engagés (...).

Carte de la concentration en nitrates dans les cours d'eau en Bretagne. © bretagne-environnement.org

Les actions engagées en Bretagne se sont attachées à convaincre les seuls éleveurs, alors que ceux-ci ne constituent que les maillons de filières fortement structurées et intégrées. Les déséquilibres du modèle breton sont d'abord le produit d'un système agro-alimentaire. Enfin, le principe selon lequel celui qui pollue doit payer est resté inappliqué : la charge financière de ces actions a été, soit supportée par l'ensemble des collectivités concernées, soit reportée sur les consommateurs d'eau, par le prix qui leur était facturé.

Ces insuffisances sont exemplaires. En effet, si la situation des eaux bretonnes est particulièrement critique, d'autres régions, voire d'autres milieux, rencontrent dès à présent ou rencontreront à brève échéance des problèmes comparables. »

Nitrates et pesticides : la pollution agricole en Bretagne

L'année 2003 a été marquée par un déficit hydrique (sécheresse) très fort de mars à octobre, associé à une canicule exceptionnelle en août. La reprise tardive des écoulements a limité la recharge des nappes souterraines lors de l'hiver 2003-2004. Cette sécheresse a occasionné des eutrophisations de retenues dont les eaux se sont avérées difficilement potabilisables.

Les réseaux de surveillance de la qualité des eaux superficielles ont montré une stabilité de la teneur moyenne en nitrates avec 27,8 mg/l en 2003. Les pics de produits phytosanitaires sont globalement en régression. La présence de glyphosate et de son produit de dégradation, l'AMPA, augmente. Les surfaces d'échouages d'ulves et les valeurs ramassées sont en régression avec 53.700 m3.

Les ventes d'azote minéral diminuent et l'État renforce ses actions régionales en matière d'application de la réglementation.

L'année 2003 confirme les progrès obtenus en 2002, mais ces résultats sont encore insuffisants pour atteindre les objectifs de la directive-cadre sur l'eau (voir page précédente de ce dossier).

La Bretagne détient une très large part des prises d'eau superficielle non conformes en France. Le contentieux avec l'Union européenne, qui a conduit à la condamnation de la France le 8 mars 2001 pour non-respect des limites de qualité requises pour les eaux superficielles, et dont l'un des griefs était l'absence de plans de gestion notifiés, a rendu urgente la nécessité d'y remédier.

Les non-conformités en Bretagne portent sur les paramètres nitrates, oxydabilité (matières organiques), pesticides et, dans une moindre mesure, la microbiologie.

Marée verte. © DR

Les algues vertes sur le littoral breton

L'excédent d'azote rejeté dans les eaux bretonnes, qui est charrié vers la mer, est estimé à plus de 110.000 tonnes d'azote par an (chiffres de 2006). Il est donc important de réduire au plus vite cet excédent, qui est en grande partie à l'origine des phénomènes d'algues vertes sur le littoral breton.

Les « marées vertes » sont constituées par des proliférations d'algues chlorophycées, des ulves le plus souvent, des entéromorphes parfois. Elles ont lieu chaque printemps et été dans plusieurs zones côtières européennes : Limfjord et fjord de Roskilde au Danemark, Veerse Meer en Hollande, lagune de Venise, etc.

En France, les développements ont lieu dans les lagunes de la côte languedocienne, dans le bassin d'Arcachon (il s'agit alors de l'espèce Monostroma obscurum), et surtout sur une cinquantaine de plages bretonnes. C'est cette dernière manifestation d'eutrophisation, causée par les espèces Ulva armoricana et Ulva rotundata, que le département Dynamiques de l'environnement côtier a étudiée au cours des 15 années passées.

Pour plus d'informations sur les algues et le phénomène de marée verte, vous pouvez lire :

La baie de Saint-Brieuc. © DR

La baie de Saint-Brieuc

La baie de Saint-Brieuc est sans aucun doute l'un des secteurs du littoral français dont l'environnement marin est aujourd'hui le mieux connu. Les principales caractéristiques du milieu et des activités halieutiques, ont été décrites et analysées :

Cette synthèse constitue un état de référence qui devrait permettre d'appréhender les changements qui pourront s'opérer dans la baie, autant sous l'influence des facteurs naturels qu'en réponse à des activités anthropiques.

La baie de Saint-Brieuc. © DR

Épandages : obligations et interdictions

Les programmes d'action départementaux contiennent les mesures suivantes :

  • Obligation de fertilisation équilibrée : plafond d'apport de 170 kg d'azote organique par hectare de surface épandable et par an sur l'exploitation.
  • Tenir à jour un cahier de fertilisation.
  • Disposer d'un plan de fumure prévisionnel azote selon un échéancier commun aux quatre départements. Un modèle type avec la chambre régionale d'agriculture de Bretagne. Ce document a été diffusé à 35.000 exemplaires auprès de l'ensemble des exploitations agricoles bretonnes lors des campagnes culturales 2001-2002 et 2002-2003.
  • Respect d'un calendrier d'épandage : les dates d'utilisation des fertilisants dépendent de leur nature, de leur rapport carbone/azote (C/N) et des cultures.
  • Le matériel d'épandage doit être adapté au type de fertilisant.
  • L'épandage doit être uniforme sur l'ensemble de la parcelle.
  • L'épandage des effluents liquides par aérodispersion, au moyen de dispositifs générant des brouillards fins, est interdit.
  • L'usage de buses épandant au ras du sol (palettes ou pendillards) est autorisé.
  • L'enfouissement sous 24 heures est fortement recommandé à proximité des habitations et des cours d'eau. Il est, dans certains cas, obligatoire.
  • Les distances limites d'épandage des divers types de déjections animales et des engrais minéraux reprennent les interdictions issues de la réglementation sur les installations classées d'élevage vis à vis des berges des cours d'eau, des lieux de baignade, des points de prélèvements d'eau potable, des sites aquacoles et conchylicoles.
  • L'épandage des fertilisants est interdit sur les sols en pente, s'il conduit à un ruissellement hors du champ d'épandage. Les épandages sont en outre interdits, selon les catégories d'effluents, sur les sols gelés, inondés ou détrempés, et enneigés.
  • Les exploitations doivent en outre disposer des capacités de stockage suffisantes, couvrant les périodes où l'épandage est interdit, et étanches, permettant de collecter les liquides.
  • Le drainage des zones humides est interdit.
  • Le retournement des prairies en zones inondables est interdit.
  • Des mesures particulières en zones d'actions complémentaires pour les bassins versants situés en amont de prises d'eau superficielle destinée à la consommation humaine.
Légumes. © DR

La Bretagne est particulièrement concernée par ces dispositions. Pour améliorer le plus rapidement possible la qualité des eaux brutes, et répondre ainsi au contentieux européen mettant en cause 39 prises d'eau en Bretagne mais aussi aux obligations de notifier des plans de gestion de la ressource en eau, il est instauré des mesures visant à réduire le lessivage de nitrates vers les cours d'eau et à diminuer la pression azotée :

  • l'obligation de couverture des sols en période de lessivage ;
  • le maintien de l'enherbement des berges ;
  • l'interdiction d'apport d'azote après retournement de prairies de plus de 3 ans ;
  • la limitation de la fertilisation azotée organique et minérale à 210 kg d'azote par hectare ;
  • l'interdiction d'augmenter les effectifs animaux des élevages et de créer de nouveaux élevages.

Les exploitations excédentaires doivent mettre en œuvre tout moyen utile pour résorber leur excédent. Oui mais... le problème se déplace maintenant en Loire-Atlantique et en Vendée qui commencent à connaître les mêmes problèmes...

Choux-fleurs. © DR

Toxicité des nitrates et cancers gastriques en Bretagne

Voici la présentation de l'étude « Nitrates, nitrites, N-nitrosamines et cancers gastriques dans le Finistère : approche expérimentale », de Gwenaëlle Bellec (Faculté de Médecine - Brest), qui a reçu le Prix de projet de recherche alimentation et santé en 1997 :

« L'incidence des cancers gastriques dans le Finistère est deux fois plus élevée qu'à l'échelon national. Cette région est par ailleurs caractérisée par les concentrations élevées de nitrates retrouvées notamment dans l'eau de boisson. Une fois ingérés, les nitrates sont partiellement réduits en nitrites, agents précurseurs de dérivés N-nitrosés potentiellement carcinogènes.

Ces constats fondent l'hypothèse d'un rôle des produits de biotransformation des nitrates alimentaires dans la genèse des cancers gastriques, à côté d'autres facteurs de risques environnementaux possibles (consommation d'alcool et de tabac notamment). Gwenaëlle Bellec a étudié le mécanisme moléculaire de la carcinogénicité des nitrosamines in vitro, à partir de préparations microsomales hépatiques de rats, puis humaines (...). Gwenaëlle Bellec a également déterminé par dosages chromatographiques les taux de N-nitrosamines contenus dans le liquide gastrique de patients.

Les résultats de ces mesures montrent que le pH gastrique est un facteur déterminant dans la formation de composés N-nitrosés, la nitrosation s'effectuant de manière prédominante, soit à pH très acide (condition favorable à la cinétique de la réaction), soit à pH proche de la neutralité (condition favorable à l'activité bactérienne de réduction des nitrates en nitrites).

L'étude des dommages aux protéines constitutives de la paroi gastrique a également été réalisée chez des patients. La majorité des biopsies gastriques contenant de la nitrotyrosine sont issues d'estomacs ayant un pH proche de la neutralité. Ceci implique que la nitration des protéines s'opère plus aisément à pH neutre. L'ensemble de ces résultats conduit à une meilleure compréhension des mécanismes mis en cause dans la toxicité des produits de biotransformation des nitrites et nitrates. »