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Ce qu’il faut faire d’ici 2020 pour limiter le réchauffement à 2 °C

Si aucune mesure n’est prise d’ici 2020, il sera presque impossible de ne pas franchir la limite critique d’un réchauffement de 2 °C en 2100. D’après une étude de faisabilité d’émissions de carbone, la consommation énergétique mondiale ne doit pas dépasser 55 milliards de tonnes d’équivalent carbone d’ici 2020… 

On peut encore respecter la limite de réchauffement de 2 °C pour 2100. Toutefois, il est certain que si aucune décision sur la réduction énergétique n'est prise d'ici 2020, la situation n'évoluera pas dans le bon sens ! © John Le Gear

On peut encore respecter la limite de réchauffement de 2 °C pour 2100. Toutefois, il est certain que si aucune décision sur la réduction énergétique n'est prise d'ici 2020, la situation n'évoluera pas dans le bon sens ! © John Le Gear

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Il y a moins d’un mois, la Banque mondiale publiait un rapport alarmiste qui prévoit pour 2100 au mieux une augmentation de la température atmosphérique moyenne de 4 °C, au lieu des 2 °C des scénarios les plus optimistes. En décembre 2012, la conférence climatique de l’Onu se tenait au Qatar. Si elle a donné une seconde vie au protocole de Kyoto, aucune décision à l’échelle mondiale n’a été prise. Mais dans un tel contexte de changement climatique, si des actions ne sont pas entreprises rapidement, limiter le réchauffement climatique deviendra beaucoup plus difficile à réaliser, et probablement trop cher.

Face à l’urgence du problème, des membres du National Center for Atmospheric Research (NCAR, États-Unis), associés aux chercheurs de l'International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA, Vienne) et de l'école polytechnique fédérale de Zurich, ont réalisé une étude de faisabilité sur les émissions de carbone d’ici 2020. À l’échelle mondiale, il est impératif de réduire les émissions : mais concrètement, de combien ? L’équipe internationale a évalué les changements technologiques, politiques et sociaux nécessaires pour maintenir l'augmentation moyenne de température sous les 2 °C  pour le siècle prochain. C’est la première étude qui quantifie de manière exhaustive les coûts et les risques des émissions de gaz à effet de serre à partir du seuil critique de 2020.

Pour déterminer le seuil limite d’émission de carbone que le monde peut atteindre, les scientifiques ont développé plusieurs scénarios et les projections ont fourni une fourchette d’estimations. Menée par Joeri Rogelj, l’étude montre que la limite des 2 °C pourrait toujours être respectée, même si les émissions de gaz à effet de serre n’étaient pas réduites d’ici 2020. Toutefois, la recette n’est pas simple : le prix serait très élevé, il y aurait de plus gros risques climatiques sur le long terme et les hypothèses sur les technologies du futur sont franchement optimistes.

Les principaux pays émetteurs de CO2 en 2009. Ce sont en priorité ces pays qui doivent reconsidérer leur demande énergétique. La Chine et les États-Unis sont les plus gros consommateurs. © Idé
Les principaux pays émetteurs de CO2 en 2009. Ce sont en priorité ces pays qui doivent reconsidérer leur demande énergétique. La Chine et les États-Unis sont les plus gros consommateurs. © Idé

Agir vite pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C

Les projections sont basées sur l’engagement actuel des nations sur les émissions de carbone. Si rien ne change, les émissions mondiales atteindraient au minimum 55 milliards de tonnes d’équivalent carbone par an pour 2020, contre 50 milliards de tonnes par an aujourd’hui. Pourtant, même avec ce taux d’émissions, il serait possible d’atteindre l’objectif des 2 °C. Néanmoins, une bonne dose d’optimisme est nécessaire. Par exemple, il faudrait que le nucléaire perdure comme option d’atténuation, que certaines nations adoptent rapidement des stratégies de technologiques de pointe, y compris les véhicules électriques, et des technologies à haut rendement énergétique pour les appareils électriques, les bâtiments et le transport. 

En outre, il faudrait rapidement fermer les centrales électriques au charbon et les remplacer par d’autres sources d’énergie. « Vous aurez besoin d'arrêter une centrale à charbon par semaine pendant dix ans si vous voulez atteindre l’objectif des  2 °C », explique Keywan Riahi de l'IIASA, coauteur de la publication. Pourtant, d'après le dernier rapport de l'AIE (Agence internationale de l'énergie), le charbon deviendra en 2017 la principale source d'énergie.

Plus les émissions sont réduites rapidement, plus nombreuses seront les options envisageables sur le long terme et moins cela coûtera cher. Pour garder le plus de portes ouvertes, il faudrait arriver à un niveau d'émissions mondiales entre 41 et 47 milliards de tonnes d’équivalent carbone par an d’ici 2020. D’après l’étude publiée dans le magazine Nature Climate Change, le seul moyen pour atteindre l’objectif d’une augmentation de seulement 2 °C d’ici 2100 est de maintenir le taux d’émissions entre 41 et 55 milliards de tonnes par an d’ici 2020. Et encore, même la limite supérieure est très hypothétique.  

Réduire les émissions de 3 milliards de tonnes par an d'ici 2020

Brian O'Neill, l’un des coauteurs, explique : « dans certaines conditions, l'objectif des 2 °C est possible, même si nous ne réduisons pas les émissions d'ici 2020. Mais si nous prenons en compte la possibilité que certaines technologies ne perceront pas, seront trop coûteuses ou auront des conséquences indésirables, alors les réductions d'émissions doivent commencer cette décennie ».

En réduisant les émissions dès maintenant dans les scénarios, mais surtout en réduisant la demande énergétique, les chercheurs mettent en évidence qu’il est beaucoup plus facile d’atteindre la limite de réchauffement de 2 °C. Cela procurerait beaucoup plus de souplesse dans le choix des méthodes et les technologies de réduction des gaz à effet de serre à employer sur le long terme. L'étude souligne l'importance de réduire la demande énergétique et d'améliorer l'efficacité énergétique pour atténuer le changement climatique de cette décennie.


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