Les OGM ne sont, par définition, pas naturels et pourraient alors avoir des impacts potentiels sur notre santé. En 2002, Robert Naquet (CNRS, président du comité pour l'Éthique en sciences de la vie) revenait sur les risques éventuels pour le consommateur et sur les moyens mis en œuvre pour les évaluer, des principes qui sont toujours d'actualité.

Le premier enjeu déclaré de la recherche sur les OGM concerne à la fois la santé et l'alimentation. Le thème de cette réflexion porte avant tout sur les « OGM » tels qu'ils sont perçus dans le grand public, leur innocuité ou leurs dangers pour le consommateur que nous sommes. Le médecin que je suis, ne peut ignorer leur utilité immédiate ou potentielle dans d'autres domaines de la santé. Je serai bref mais ne peux m'empêcher de citer brièvement quelques exemples montrant leur intérêt pour le diagnostic, le traitement et la création de produits vaccinaux.
OGM et progrès de la recherche médicale
Une première mondiale française en thérapie génique a été réalisée en avril 2000. Des enfants atteints d'un déficit immunitaire sévère ont pu sortir de la bulle protectrice dans laquelle ils vivaient, grâce à une thérapie génique. Un an après l'introduction d'un gène médicament dans les cellules de leur moelle osseuse, ces enfants ont retrouvé un système immunitaire complètement normal et fonctionnel. Malheureusement, depuis l’intervention, quatre d’entre eux ont développé une leucémie qui s’est avérée mortelle pour un enfant. Les autres sont guéris et vivent une vie normale.

Des médicaments sont déjà produits et commercialisés par des bactéries génétiquement modifiées. On peut citer l'hormone de croissance (extraite auparavant d'hypophyses prélevées sur des cadavres, avec le risque que l'on sait que l'un d'entre eux soit porteur de la maladie de Creutzfeld-Jacob), et l'insuline dont nul n'ignore l'importance dans le traitement du diabète.
Des travaux complexes sont entrepris pour synthétiser des médicaments par introductions successives de gènes étrangers dans des organismes, comme la levure. Des modifications génétiques sur certains Mammifères permettent d'obtenir des molécules à intérêt thérapeutique, par exemple, par la voie du lait. D'autres réalisées sur les végétaux, comme un tabac transgénique, produisent de l'hémoglobine humaine.
Des recherches sont en cours pour l'expression de vaccins dans des fruits.
OGM et santé du consommateur
L'ingestion d'OGM peut présenter des avantages sur la santé, comme celle de riz doré. Il existe dans le riz, localisée dans la coque de la graine, une provitamine A nécessaire pour la vision. Certaines populations (plusieurs millions), notamment en Asie, ingèrent, comme seul aliment, du riz émondé (sans la coque) avec pour conséquence une avitaminose A responsable chez plusieurs milliers d'individus, de troubles visuels importants et irréversibles. L'adjonction, par transgénèse, de provitamine A dans l'albumen du riz justifie les efforts actuels dans ce domaine.
Cependant l'ingestion de produits contenant des OGM ou issus des OGM a créé et crée toujours une incertitude sur la présence d'une substance indésirable qui pourrait présenter des dangers pour lui-même ou pour l'animal. Ce questionnement est normal du fait même que les recherches sur ce type d'OGM ont pour but de conférer aux plantes des résistances aux agents pathogènes et une tolérance à des herbicides spécifiques. Que produira sur notre organisme l'ingestion de tels produits ?
Les projets portent sur l'amélioration de la qualité des plantes sur les plans agronomique et nutritionnel. Des éléments nutritifs manquent à certaines plantes qui sont à la base de la nourriture de certaines populations. Le but final est d'améliorer la qualité nutritionnelle de ces plantes, ce qui permettrait d'agir sur la santé humaine (comme on l'a vu pour le riz doré). Est-ce dans chaque cas une réalité ou une fiction entretenue par des multinationales ?
Questions auxquelles il n'est pas toujours possible aujourd'hui de répondre de façon précise, mais auxquelles les chercheurs s'emploient en attaquant les problèmes sous divers angles :
L'évaluation des effets possibles des aliments génétiquement modifiés (GM) sur la nutrition humaine
Des recherches sont en cours pour l'évaluation optimale des effets que pourraient avoir de tels types d'aliments.
Ces recherches devraient tenir compte :
Les recherches doivent s'effectuer d'abord sur des animaux (observation de changements aux niveaux du foie, des reins, des poumons, du cerveau et des organes cardiovasculaires), avant d'étudier leurs effets chez l'Homme (mesures de l'état de santé générale, du développement et du bien-être des personnes). Des réglementations sur l'étiquetage de ces aliments GM destinés à l'amélioration nutritionnelle, sont en cours de négociation.
La dégradation des OGM au cours de la digestion
Dans l'alimentation, les OGM se présentent sous deux formes principales :

La dégradation des OGM comme de tous les aliments, se fait de deux manières dans le tube digestif :
Après ces traitements chimiques et mécaniques, il est très peu probable qu'une molécule reste fonctionnelle dans l'organisme après digestion. Pour savoir si toutes ces dégradations suffisent à détruire une molécule transgénique, des tests de survies gastrique et intestinale, ont été proposés. Ceux-ci posent des problèmes pratiques majeurs :
Quels sont les dangers potentiels ?
Beaucoup de gènes de résistance aux insectes agissent en perturbant les fonctions digestives du parasite. Or certains d'entre eux, comme les inhibiteurs enzymatiques, sont résistants à l'hydrolyse dans le tube digestif de l'insecte. On peut imaginer que par le même mécanisme ils pourraient induire des effets similaires chez les Mammifères :
Les risques d'allergie
Actuellement, on considère que 1 à 2 % des adultes et 6 à 8 % des enfants sont allergiques à un des huit groupes d'aliments allergéniques (crustacés, noix, œufs, poissons, lait, arachide, soja, blé). Les OGM risquent-ils d'augmenter ces chiffres ?
On ne peut pas prévoir combien d'individus seront allergiques à des nouvelles molécules.
On peut cependant prendre certaines précautions :
Les effets potentiels de l'utilisation d'ADN viral végétal sur la santé humaine
Il existe deux types de séquences d'ADN viral végétal utilisées communément pour la construction des gènes à insérer dans les plantes GM :

Ceci confère ainsi une résistance à la plante hôte. Cette introduction d'ADN viral dans une plante ne s'est pas faite sans questionnement : il a été suggéré que l'introduction de séquences d'ADN viral dans les plantes GM pourrait produire de nouveaux virus par recombinaison, ou « échange génétique », avec :
Il existe, cependant, des barrières naturelles aux recombinaisons et surtout des barrières génétiques entre les mondes végétal et animal. Il est pratiquement impossible qu'un virus végétal infecte un animal et donc l'Homme. Il est dit que la modification génétique pourrait activer des éléments transposables qui sont déjà présents dans le génome humain.
Les éléments transposables étant mobiles, ils sont capables de s'insérer dans les gènes hôtes et ainsi de les endommager, ce qui pourrait induire des effets pathologiques comme des tumeurs. Il existe des preuves que ces éléments transposables (qui représentent jusqu'à 40 % de l'ADN total des animaux et végétaux supérieurs) ont été répétitivement transférés entre différentes espèces pendant l'évolution. Ainsi, il semble improbable que la mobilisation accidentelle d'éléments transposables pendant la construction et l'utilisation de plantes GM puisse avoir un impact important sur la biologie humaine, animale ou végétale, si l'on compare avec ce qui se passe normalement dans les conditions naturelles. La conclusion de cette étude est que les risques des plantes GM sur la santé humaine sont négligeables.
L'évaluation de la sécurité alimentaire des produits génétiquement modifiés (GM)
En 1993, l' « Organisation for Economic Co-operation and Development » (OECD) a publié les découvertes d'un groupe de recherche qui ont introduit la notion d'équivalence en substance afin de développer les moyens d'évaluer la sécurité des aliments GM. Cette notion dit que les aliments GM peuvent être prouvés équivalents à des aliments naturels. Les plantes GM pourraient ainsi être évaluées « saines » pour la santé humaine en les comparant avec leur analogue conventionnel. La plante naturelle est ainsi considérée comme le contrôle. La FAO/WHO identifie trois résultats d'une telle comparaison entre aliment GM et aliment traditionnel, qui sont ainsi utilisés pour l'évaluation sanitaire d'un produit GM :
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