Si l’éclairage urbain est indispensable pour créer un sentiment de sécurité, rien n’interdit de l’utiliser seulement quand cela est nécessaire, c’est-à-dire au passage de piétons, cyclistes ou véhicules. © Sorbis, Shutterstock

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Kawantech récompensée pour son lampadaire qui n'éclaire que les humains

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Dans la catégorie « Ville bas carbone », le prix EDF Pulse 2016 a été remis à l'entreprise française Kawantech pour un lampadaire unique en son genre. Grâce à un analyseur d'images, Kara, c'est son nom, s'illumine à mesure que l'on chemine puis s'éteint pour ne pas gaspiller l'électricité. Entretien avec Yves Le Henaff, dirigeant de Kawantech, pour qui les lampadaires seront des éléments clés de la ville de demain.

Ils nous guident et nos villes ne seraient pas aussi rassurantes sans eux. Ce sont les lampadaires, ces veilleurs de nuit qui font partie du paysage urbain et auxquels on ne prête pas vraiment attention... Sauf lorsqu'ils sont en panne ! On ne le sait pas toujours, mais les lampadaires ont peu évolué au cours des dernières décennies. Et surtout, ils pèsent lourd dans les dépenses d'électricité des villes. « L'éclairage urbain représente 40 % de la facture d'énergie des collectivités », explique Yves Le Henaff.

Le prix EDF Pulse 2016, dans la catégorie « Ville bas carbone », remis à Kawantech pour un lampadaire qui repère les humains et n’éclairent qu’eux. © EDF Pulse, YouTube

Yves Le Henaff est le PDG de Kawantech, une entreprise basée à Toulouse qui vient de se voir décerner le prix EDF Pulse pour son système d'éclairage intelligent. Il s'agit d'un capteur basé sur une matrice de pixels qui réalise une analyse des masses lumineuses. Installé dans un lampadaire à Led, il distingue les variations de luminosité la nuit avec une précision de 20 centimètres. Le capteur Kara peut ainsi suivre en temps réel un objet en déplacement et le reconnaître en analysant sa trajectoire et sa vitesse« Kara voit des formes rectangulaires grossières, puis nos algorithmes appliquent des filtres sur les mouvements perçus », précise Yves Le Henaff.

À partir des informations récoltées, le lampadaire va adapter l'intensité de l’éclairage, et éviter de se déclencher au passage d'insectes ou de mouvements de végétation sous l'effet du vent. Le capteur travaille sur un rayon de 40 mètres et s'allume à distance lorsque des piétons, cyclistes, véhicules approchent, puis s'éteint quand tout est calme. Testé durant un an sur Toulouse, le système a fait la preuve de son efficacité à réduire la consommation électrique tout en assurant un vrai confort aux riverains. Fabriqué en France, le capteur Kara a vocation à être commercialisé partout dans le monde. Son prix actuel se situe aux alentours des 200 euros, mais Yves Le Henaff nous a confié qu'il espérait le voir baisser de moitié à mesure que la production s'intensifiera.

Un lampadaire à Led équipé du capteur Kara. Ce dernier ne pilote pas directement les Led, mais l’électronique, de sorte qu’en cas de défaillance, le lampadaire peut continuer à fonctionner. Une garantie indispensable pour pouvoir se positionner sur des marchés publics. © Kawantech

Vous dites que les lampadaires de nos villes sont encore « à l’âge de la seconde guerre mondiale ». Qu’entendez-vous par là ?

Yves Le Henaff. Les lampadaires à décharge de sodium ont été conçus au moment de la seconde guerre mondiale. Depuis, la technologie a peu évolué, toujours basée sur du fil bobiné et pas d'électronique. La France compte environ neuf millions de lampadaires dont beaucoup ont plus de 25 ans. Selon des chiffres récents compulsés par EDF et l'Ademe, le seul éclairage public des rues représente une consommation de 6 térawatts-heure par an, ce qui coûte environ 700 millions d'euros chaque année à la collectivité. Grâce à notre capteur, nous pouvons améliorer grandement le rendement des lampadaires.

La ville de Toulouse et EDF ont misé sur Kara. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Yves Le Henaff. Toulouse nous a mis le pied à l'étrier en nous fixant un cahier des charges pour la consommation et le rendement de notre capteur. Pendant un an, nous avons testé notre solution dans quatre rues de la ville. Les services municipaux en charge de l'éclairage public avaient installé des compteurs électriques dans chaque lampadaire. Ainsi, ils ont pu constater qu'un lampadaire à Led récent équipé de notre capteur Kara réalisait 67 % d'économies d'énergie par rapport au même modèle de lampadaire sans notre technologie. Du coup, nous allons équiper 500 lampadaires à Toulouse, ce qui représente environ 10 kilomètres de rues. La récompense du Prix EDF Pulse nous apporte non seulement une aide financière, mais aussi une crédibilité et une visibilité auprès des élus et des municipalités qui nous sont très précieuses.

Selon vous, les lampadaires vont devenir des « anges gardiens de nos déplacements ». Que voulez-vous dire ?

Yves Le Henaff. À partir de notre technologie d'analyse des mouvements, nous disposons d'informations qui peuvent être utiles aux riverains. Car il faut savoir que notre capteur fonctionne aussi de jour. Par exemple, nous sommes en mesure de repérer une place de stationnement qui se libère et d'évaluer sa taille en fonction de celle du véhicule qui vient de la quitter. Nous pourrions pousser cette information vers les usagers via une application mobile sur leur smartphone. Et si l'on se projette à une décennie de là, les voitures semi autonomes ou autonomes pourront aller se garer toutes seules en se servant de ces données. On peut également envisager d'utiliser nos capteurs pour gérer le flux de circulation, en intervenant sur les feux tricolores en fonction de la densité et la vitesse du trafic. À terme, les lampadaires sont les dispositifs idéaux pour créer l'infrastructure qui viendra sécuriser le fonctionnement des transports autonomes dans les villes.

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