Quatre bras articulés munis d'une caméra et d'instruments chirurgicaux, un chirurgien assis devant une console avec pédales et joysticks, à quelques mètres de la table d'opération, la chirurgie « robot-assistée » part à la conquête de la cancérologie. Déjà largement utilisée aux États-Unis et dans une série d'hôpitaux français, elle a fait une entrée remarquée à Gustave-Roussy, le premier centre de lutte contre le cancer en Europe, situé à Villejuif (Val-de-Marne).
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« La chirurgiechirurgie reste le premier traitement des cancers et elle joue un rôle clé pour éviter les récidivesrécidives loco-régionales », a souligné le professeur Alexander Eggermont, directeur général de Gustave-Roussy en présentant le dernier modèle de robotrobot chirurgical baptisé Da Vinci par la firme américaine Intuitive Surgery qui en a le quasi-monopole. Il ne s'agit toutefois pas d'un véritable robot, le chirurgien ayant constamment la main en commandant la caméra et les différents instruments insérés dans le patient. Il bénéficie de surcroît d'une image tridimensionnelle en haute définition, tandis que les joysticksjoysticks permettent des gestes chirurgicaux d'une grande précision, sans tremblement.

« Par rapport à la chirurgie conventionnelle, le robot diminue les complications pendant et après l'opération tandis que les séquellesséquelles fonctionnelles et esthétiques liées à l'intervention sont réduites » explique le professeur Philippe Morice, chef du service de chirurgie gynécologique et responsable du projet de chirurgie robotique à Gustave-Roussy.

Lancé au début des années 2000, le robot Da Vinci est aujourd'hui principalement utilisé dans l'ablationablation de la prostateprostate (80 % des interventions aux États-Unis) et dans divers types d'interventions gynécologiques (notamment hystérectomies). Mais le robot a aussi été testé avec succès dans d'autres indications allant de l'ablation de la glande thyroïdethyroïde à une intervention sur un cancer de la languecancer de la langue en passant par une greffegreffe de reinrein et une greffe de foiefoie.


Cette vidéo illustre la flexibilité et les possibilités offertes par les robots utilisés par les chirurgiens depuis quelques années. Il s'agit ici d'un robot Da Vinci. © swedishseattle, YouTube

Des robots pour faciliter certaines chirurgies difficiles

Pour le docteur Charles Honoré, chirurgien digestif à Gustave-Roussy qui a suivi une formation spéciale de six semaines pour apprendre à manipuler le robot, les bras articulés vont permettre d'aller dans des endroits difficiles d'accès et faciliter certaines chirurgies difficiles à réaliser par cœlioscopiecœlioscopie, comme la chirurgie du rectumrectum, du foie ou du pancréaspancréas.

Utilisée depuis les années 1990, la cœlioscopie remplace la large entaille du chirurgien par plusieurs petites incisions, ce qui fait d'elle une chirurgie moins invasive avec moins de risques d'infections et une récupération du patient plus rapide. En cancérologie seulement 20 % des patients peuvent à l'heure actuelle bénéficier de cœlioscopies souligne le docteur Honoré qui précise toutefois qu'il n'est pas question d'opérer tout le monde avec des robots. Cette technologie, ajoute-t-il, doit être réservée à des indications très ciblées.

Les premières interventions débuteront à la mi-décembre à Gustave-Roussy qui espère effectuer à terme quelque 450 interventions par an, en chirurgie gynécologique et digestive, mais également dans le domaine ORL et dans la reconstruction mammaire. Elles seront toutes réalisées grâce au robot Da Vinci Xi et à une double console, d'un coût total de 2,3 millions d'euros auxquels viennent s'ajouter 400.000 euros pour la maintenancemaintenance en 2015, intégralement financés par la fondation Philanthropia.

Environ 2.000 robots Da Vinci (toutes générations confondues) ont à ce jour été vendus à travers le monde dont 80 en France, selon le représentant français de Intuitive Surgery. Peu d'études existent toutefois sur les avantages de la chirurgie robotiquerobotique par rapport à la chirurgie traditionnelle ou à la cœlioscopie tandis que des plaintes de patients enregistrées aux États-Unis à la suite d'accidentsaccidents chirurgicaux ont alimenté une polémique sur sa sécurité, mais également sur ses coûts jugés exorbitants par certains.

« Nous essaierons de faire très attention aux complications imputables au robot » indique pour sa part le docteur Honoré qui, comme ses collègues chirurgiens, espère que les coûts élevés seront compensés par des hospitalisations moins longues et moins de séquelles. Personne ne s'attend en revanche à ce que la nouvelle technologie change fondamentalement la donne en ce qui concerne la survie des patients, relève pour sa part le professeur Morice.