Créateur d'une technologie qui a révolutionné l'intelligence artificielle, Geoffrey Hinton vient de rejoindre le chœur des « Cassandre ». Durant une cinquantaine d'années, il a été l'un des grands pontes de l'IA mais, aujourd'hui, alors qu'il vient de quitter Google, Geoffrey Hinton donne libre cours à ses inquiétudes sur le Frankenstein qu'il aurait engendré. Qui est donc cet ex-ingénieur de Google et pourquoi cette prise de conscience tardive ?


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    C'est en 1972, alors qu'il étudiait à l'université d'Edimbourg en Écosse que Geoffrey Hinton s'est entiché des réseaux neuronaux, une approche informatique potentiellement capable d'apprendre à réaliser n'importe quelle tâche. Hinton a perçu un potentiel dans cet axe de recherche et y a consacré sa vie. Il devient un pionnier des réseaux de neuronesneurones.

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    Durant les années 1980, Hinton officie comme professeur d'information dans la prestigieuse université américaine Carnegie Mellon. Un événement va occasionner son départ : il est inquiet de voir ses recherches, financées par le ministère de la Défense, pouvoir mener à l'élaboration de robots tueurs. Il part alors pour l'université de Toronto au Canada où il devient professeur émérite.

    Durant l'année 2012, Hinton et deux de ses étudiants, Ilya Sutskever et Alex Krishevky fondent la société DNNResearch afin d'approfondir leurs recherches en intelligence artificielle. Ils développent AlexNet un réseau de neurones « convolutif ». Dans un réseau convolutif, les neurones sont organisés en couches successives qui traitent les informations d'une façon d'abord simple, puis de plus en plus élaborée. Dans la pratique, AlexNet se révèle capable, à la suite de l'analyse de milliers de photographiesphotographies, d'identifier des éléments tels que des chats, des chienschiens ou des fleurs.

    Une technologie à l'origine des chatbots

    À la même époque, GoogleGoogle a opéré sa conversion vers l'intelligence artificielle et les accomplissements de DNNResearch interpellent ses hauts cadres. En 2013, le géant de la recherche effectue une offre de 44 millions de dollars pour acheter DNNResearch. Hinton rejoint ainsi Google. Aidé d'autres chercheurs, il effectue des percées majeures en matièrematière de deep learning, une technique qui permet à une machine d'apprendre à partir de données.

    Je pensais que certaines choses n'arriveraient que dans 30 à 50 ans. J'ai réalisé que ce sera bien plus tôt

    Ces travaux se révèlent essentiels dans des domaines tels que la vision par ordinateur, la reconnaissance vocale ou encore la compréhension du langage naturel. Une société du nom de OpenAI va pouvoir exploiter ces trouvailles pour la création de ChatGPT -- et d'ailleurs, Ilya Sutskever rejoint lui-même OpenAI.

    Un prix analogue au Nobel

    En 2018, conjointement à Yoshua Bengio et au Français, Yann LeCun, Hinton reçoit le prix Turing, considéré comme l'équivalent du prix Nobel dans l'informatique. Cette distinction couronne les travaux accomplis dans le deep learning. Deux ans plus tard, ChatGPT devient la première démonstration publique de telles capacités.

    Désillusionné

    En avril 2023, Hinton, alors âgé de 75 ans  a eu une longue conversation avec Sundar PichaiSundar Pichai, le P.-D.G. de Google, expliquant les raisons de son départ. Depuis, il a rendu publiques ses inquiétudes sur les développements de l'IA. Il estime que la compétition entre MicrosoftMicrosoft et Google est en mesure d'inonder InternetInternet d'informations fallacieuses à un point où le commun des mortels ne sera plus en mesure de distinguer le vrai du faux. Il exprime par ailleurs ses inquiétudes quant aux conséquences sur le marché de l'emploi et les usages militaires à venir de l'IA. « Je pensais que certaines choses n'arriveraient que dans 30 à 50 ans. J'ai réalisé que ce sera bien plus tôt ».