Premier écu en or frappé par Louis IX (Saint Louis) en 1266 ou 1270 ; 24 mm, 4 g ; ''Ludovicus Dei Gratia Francorum Rex'', ''Louis par la Grâce de Dieu, Roi des Francs''. Moins de dix exemplaires connus ; exemplaire de la Bibliothèque nationale de France. © gallica.bnf.fr / BnF.
Sciences

La monnaie existait-elle au Moyen Âge ?

Question/RéponseClassé sous :histoire , monnaie , argent

Les hommes du Moyen Age qui utilisent la monnaie, ont commencé par imiter les usages monétaires des Romains. Les pièces sont frappées à l'effigie du souverain, elles s'adaptent à la consommation et au commerce. La multiplicité des monnaies complique le recours aux espèces jusqu'au tournant du XIIIe siècle, considéré comme le « siècle de l'argent » parce qu'il représente l'apogée de l'essor économique et social au Moyen Age.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Les experts du passé : le trésor gaulois d'Armorique  Lors de fouilles réalisées à Laniscat, dans les Côtes-d'Armor, des archéologues ont trouvé un lot de pièces de monnaie très anciennes dans les restes d'une grande bâtisse. À qui ont-elles appartenu et quelle est leur origine ? Durant cet épisode des Experts du passé, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) nous dévoile l’histoire de ce magot, découvert par hasard et resté plus de 2.000 ans sous terre. 

Une monnaie héritée des Romains

La monnaie circule dans l'empire carolingien mais en quantités limitées, par pénurie de métaux précieux. En 781, Charlemagne fait frapper une nouvelle monnaie en argent, en remplaçant les pièces anciennes par une réformation (frappe d'un nouveau type monétaire sur un ancien pour économiser le métal utilisé). Calqué sur le système monétaire hérité des Romains, l'unité de base reste le denier, avec un nouvel étalon : la livre, qui vaut 240 deniers. Le sol (ou sou) devient un multiple du denier ; ainsi 1 livre vaut 20 sous et 1 sol vaut 12 deniers.

Denier de Charlemagne, argent - 19 mm - 1,59 g ; "Karolus Imp(erator)", "Charles Empereur" ; exemplaire de la Bibliothèque nationale de France, cabinet des médailles. © gallica.bnf.fr / BnF.

Ce système différencie monnaie de compte et espèces monétaires en circulation : une livre carolingienne (appelée livre « parisis ») correspond vraiment à une livre-poids d'argent (environ 409 g) avec laquelle on frappe 240 deniers. Seuls les deniers et leurs sous-unités circulent effectivement : la pièce de 1 denier pèse environ 1,7 gramme et le ratio d'argent contenu dans le denier varie de 25 à 50 %, composant ainsi un alliage appelé « billon ».

Le billon, alliage de cuivre, zinc et argent, sert à la frappe de pièces dévaluées ayant le même cours que les monnaies en argent, notamment dans le système monétaire romain et également dans le royaume de France jusqu'à la Révolution. Contrairement à la monnaie d'argent, il s'agit de petite monnaie utilisée par la majorité de la population, dont la valeur numéraire n'atteint pas la valeur faciale. Le billon contenant moins de 20 % d'argent (appelé « liard »), peut détenir une proportion de plomb, étain, nickel, chrome ou magnésium.

La naissance du système monétaire au XIIIe siècle

Le système monétaire va se complexifier au XIIIe siècle, avec l'éclatement féodal au profit du souverain et la création de nouvelles espèces ou monnaies de circulation. Le règne de Louis IX présente un bon exemple de l'action du pouvoir central dans le domaine de l'argent : le roi en tant qu'autorité supérieure, revendique la frappe de la monnaie comme monopole royal. Saint Louis va profondément remanier la frappe et la circulation monétaire, par une série d'ordonnances prises dans la décennie 1260. Le principe décisif est imposé en 1262 : la monnaie royale est désormais valable dans tout le royaume ; celles des seigneurs qui pouvaient battre monnaie, ne sont valables que sur leurs terres. La contrefaçon de la monnaie royale est interdite en 1265, surtout dans la France du sud (Languedoc, Provence) ; elle correspond à une volonté d'imposer la monnaie du roi et d'économiser le métal argent car les mines européennes peu nombreuses fournissent difficilement les ateliers monétaires.

Tête de statue de Louis IX (Saint Louis), exposition pour le 800e anniversaire de la naissance du roi, à la Conciergerie, Paris ; pierre polychromée, Normandie, XIVe siècle. © Wikimedia Commons, domaine public.

Les trois unités dites de compte, qui servent à exprimer une valeur et à compter, sont toujours la livre, le sou et le denier. Les unités dites de règlement sont frappées par des ateliers autorisés et utilisées pour les échanges commerciaux. La livre est donc définie par rapport à un poids de métal argent, dans lequel  sont taillés des « flans » destinés à la frappe de monnaie. Comme le système des poids et mesures n'est pas uniforme dans le royaume, deux livres de poids et de valeurs différents vont coexister jusqu'au XVIIe siècle : la livre « parisis » et la livre « tournois ». Depuis la réforme monétaire de Charlemagne, la livre parisis est fabriquée par l'atelier de Paris, d'où son nom.

En 1203, la Touraine est rattachée au domaine royal de Philippe Auguste : la monnaie officielle devient la livre tournois, frappée à Tours ; la valeur de la livre parisis s'établit à 25 sous tournois. Entre 1263 et 1266, Louis IX réévalue la livre tournois qui devient la principale monnaie de compte du royaume ; l'usage de la livre parisis persiste en Flandre et en Artois. L'ordonnance de juillet 1266 impose la reprise de la frappe du denier parisis, la création d'un « gros tournois » et de l'écu d'or. La valeur du « gros tournois » est d'environ 12 deniers ; il sera appelé le « gros de Saint Louis ». Il connaît un succès important : il est très prisé pour les transactions commerciales et résiste bien aux dévaluations monétaires de la fin du XIIIe et du XIVe siècle.

"Gros tournois" de Louis IX, argent - 25,4 mm - 4,06 g ; "Ludovicus Rex", "Louis Roi" et "Turonus Civis", "Cité de Tours". Photo CGB. © Wikimedia Commons, domaine public.

En revanche, la frappe de l'écu d'or (déjà appelé Louis d'or) est un échec : cette pièce à très forte valeur correspond mal aux capacités de l'activité commerciale du royaume de France. L'écu d'or réapparaît au XIVe siècle, sous le nom de « franc » : il est frappé à Compiègne en décembre 1360, pour payer la rançon du roi Jean II, capturé par les Anglais à la bataille de Poitiers en septembre 1356. Les Anglais exigent la somme de 4 millions d'écus contre sa libération ; le régent Charles fait fabriquer un nouvel écu, le « franc » (signifiant libre ou affranchi) pesant 3,88 g d'or à 24 carats, équivalant à 1 livre tournois.

Ecu en or "Franc à cheval" du roi Jean II le Bon (1350-1364) ; photo CNG. © Wikimedia Commons, domaine public.

La diversité des monnaies à la fin du Moyen Age

Il faut distinguer trois niveaux monétaires, dans les monnaies européennes qui circulent aux XIVe et XVe siècles : l'or, l'argent et le billon. On constate une tendance à l'accroissement de la circulation des monnaies d'or et d'argent mais en même temps une diminution des types de monnaie utilisés. C'est certainement lié aux monopoles des souverains sur leur monnaie et à la circulation croissante de deux monnaies « internationales » : le florin (en or, créé en 1252) de Florence et le ducat (en or, créé en 1284) de Venise. Au XVe siècle, le ducat de Venise devient la monnaie standard et influence même la teneur en or et le poids des autres monnaies d'or européennes. L'or est également lié au financement des guerres, aux rançons royales, aux grands échanges internationaux (Europe - Orient). Les monnaies en or restent l'apanage des nobles, des grands négociants, des financiers ; la grande majorité de la population ne l'utilise jamais et n'en a jamais vu.

Ducat en or de Venise, 21 mm - 3,5 g ; frappé entre 1400 et 1413. Photo CNG. © Wikimedia Commons, domaine public.

Dans le royaume de France, dès la seconde moitié du XIVe siècle, la pièce de monnaie fondamentale est le « blanc », qui pèse environ trois grammes et compte 50 % d'argent. Cette monnaie permet d'évaluer le prix des produits de consommation supérieure (miel, huile, chandelles, légumes, fruits) ; le billon (ou « monnaie noire ») est utilisée pour les petites transactions du quotidien. La tendance dans l'Europe du XVe siècle, est de privilégier la monnaie d'argent qui correspond mieux au niveau de l'activité économique, du prélèvement des taxes et de la valeur des salaires.

Abonnez-vous à la lettre d'information Histoire(s) : chaque semaine, Futura vous propose de remonter le temps. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !