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L'enregistrement des objets

Dossier - A la recherche de l'Homme de Néandertal en Provence
DossierClassé sous :préhistoire , archéologie , vaucluse

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Malgré l'intérêt que suscitent souvent les fouilles archéologiques auprès du grand public, elles restent cependant assez méconnues. Ce dossier présente les techniques de fouilles en archéologie préhistorique en prenant l'exemple du site pléistocène des Auzières, à Méthamis (Vaucluse)

  
DossiersA la recherche de l'Homme de Néandertal en Provence
 

Le système de carroyage permet entre autres choses de repérer les objets au sein de chaque carré. Un carré constitue en effet un repère orthonormé orienté arbitrairement comme l'ensemble du carroyage, c'est-à-dire avec le nord arbitraire vers le fond de la cavité. L'angle Sud-Ouest du carré est l'origine du repère. L'axe Est-Ouest partant de cette origine est l'axe des X, l'axe Nord-Sud, l'axe des Y. L'axe Z est perpendiculaire aux deux autres. C'est celui des altitudes. Par convention, l'altitude est prise par rapport au niveau zéro de référence (celui du plan du carroyage), en valeur positive lorsque l'on se situe sous le plan de référence (c'est donc en fait ainsi une profondeur sous le niveau de référence qui est mesurée). Sitôt qu'un objet est suffisamment dégagé pour être mobile, il est coordonné. On dispose pour ce faire d'un carnet de coordonnées dans lequel on note la nature de l'objet, son numéro, et ses coordonnées X, Y (au centimètre le plus proche) et Z (au demi-centimètre) qui le placent dans l'espace tridimensionnel. On note également l'orientation de l'objet ainsi que son pendage, c'est-à-dire la pente avec laquelle il repose sur le sédiment.

Photo 11 : Le carnet de fouille et le plan au cinquième. © Mathieu Mazières Reproduction et utilisation interdites

On mesure enfin ses trois dimensions longueur, largeur et épaisseur (en millimètres). (Photo 11). Chaque objet est ensuite dessiné sur un plan au cinquième, et les plus remarquables d'entre eux font l'objet d'une couverture photographique. Les objets que l'on coordonne sont les suivants : les ossements déterminables, les dents, les esquilles de plus de cinq centimètres de long, les pierres de plus de dix centimètres de large, les industries lithiques, les charbons de bois.

Photo 12 : la vérification. © Mathieu Mazières Reproduction et utilisation interdites

Sitôt qu'un objet est coordonné, il doit être identifié selon un système qui permettra sa traçabilité du moment où il quitte le sédiment jusqu'à sa destination finale, dans une collection d'un musée ou d'un laboratoire, à la disposition des chercheurs. Ainsi, pour chaque carré, du premier jour de fouille jusqu'au dernier, on attribue un numéro aux objets, de 1 à N, en fonction de leur ordre de découverte. Lorsqu'un objet est extrait du sédiment et coordonné, il est immédiatement emballé dans un morceau de papier toilette portant mention de son numéro, son carré et la couche dont il provient. Les objets sont ainsi quotidiennement collectés par carré. Ensuite, ils sont nettoyés, puis mis à sécher. Ils sont alors marqués, c'est-à-dire que l'on écrit à l'encre noire indélébile sur ces objets le nom du site (ou plus souvent une abréviation, ici AUZ), leur carré, leur couche et leur numéro. Chaque objet est enfin emballé dans un petit sachet plastique, avec une étiquette portant à nouveau mention du nom du site, de son carré, de sa couche et de son numéro. Reste l'étape de la vérification où les fouilleurs reprennent tous les objets coordonnés, leurs carnets de fouille et leurs plans au cinquième pour vérifier s'il n'y a pas eu d'erreurs dans toute cette chaîne opératoire allant de la sortie de l'objet jusqu'à son rangement dans le petit sachet de plastique (Photo 12). Une fois toutes les vérifications accomplies, lors de la dernière étape, toutes ces données sont informatisées. En général, nous faisons cela de temps en temps après le repas du soir.