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La fouille à proprement parler

Dossier - A la recherche de l'Homme de Néandertal en Provence
DossierClassé sous :préhistoire , archéologie , vaucluse

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Malgré l'intérêt que suscitent souvent les fouilles archéologiques auprès du grand public, elles restent cependant assez méconnues. Ce dossier présente les techniques de fouilles en archéologie préhistorique en prenant l'exemple du site pléistocène des Auzières, à Méthamis (Vaucluse)

  
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La conduite d'une fouille obéit à des règles très strictes liées à deux impératifs principaux. Le premier, archéologique, est de lever les coupes stratigraphiques tous les mètres, tant longitudinalement que transversalement.

En effet, lorsque l'on descend un carré en le fouillant, on dégage des parois verticales correspondant aux limites du carré. Ces parois verticales sont les coupes. Elles montrent sur la surface considérée la stratigraphie, c'est-à-dire l'empilement des différents niveaux sédimentaires du gisement. Pouvoir les relever tous les mètres dans les deux directions permet d'accéder à de très nombreuses informations, précieuses pour l'interprétation du remplissage (comme par exemple la dynamique de la sédimentation, la chronologie des événements, les déformations et altérations post-sédimentaires, la position des éléments anthropiques dans les dépôts, etc ...). Mais cela implique qu'il ne faut jamais fouiller deux carrés adjacents : c'est la logique de la fouille en quinconce.

En outre, avant de fouiller un carré, il faut toujours très soigneusement vérifier que les coupes qu'il offre ont été relevées, au risque de perdre irrémédiablement de l'information.

Photo 7 : Vue zénithale de la fouille montrant la double logique de la fouille en quinconce et en marches d'escalier. Le carré F9 est le plus bas. Aucun des quatre carrés le jouxtant ne le surplombe de plus d'un mètre cinquante. Les carrés E9 et F8 ont été descendus, puis ce sont maintenant les carré E8 et F7 qui sont en cours de fouille. © François Marchal Reproduction et utilisation interdites

Le second impératif est lié aux normes de sécurité qui imposent de ne jamais avoir des hauteurs de coupe trop importantes. Il faut donc développer une fouille en marches d'escalier en faisant attention de ne jamais avoir des hauteurs de coupe supérieures à environ un mètre cinquante. Cela implique que si l'on veut descendre un carré à trois mètres de profondeur, il faudra faire en sorte que les quatre carrés adjacents soient préalablement fouillés jusqu'au moins un mètre cinquante (toujours par rapport à notre niveau de référence). (Photo 7)

Photo 8 : Vue d'un carré en cours de fouille. On voit le pendage de ce carré, les objets en cours de dégagement, les fils élastique matérialisant les bords du carré © François Marchal Reproduction et utilisation interdites

La fouille se déroule donc en suivant cette double stratégie. Sur chaque carré travaille(nt) une ou deux personnes. On considère qu'un niveau stratigraphique représente un épisode, un instant « t » supposé homogène (qui peut être très long à échelle humaine). Il est donc très important d'essayer de reconnaître avec perspicacité au maximum la présence des différents niveaux stratigraphiques et de suivre leur pendage (axe de plus forte pente de la surface et de la base d'un niveau) (Photo 8). Les outils de travail sont variés. Il ne faut surtout pas voir l'archéologue muni seulement d'un délicat grattoir et d'un pinceau.

Photo 9a : Différents outils utilisés sur la fouille : l'outil de dentiste … © François Marchal Reproduction et utilisation interdites
Photo 9b : Différents outils utilisés sur la fouille : le marteau et la pointe fine ... © François Marchal Reproduction et utilisation interdites

L'outil utilisé doit représenter le meilleur compromis entre la nature, la dureté du sédiment et sa richesse en pièces archéologiques.

Photo 9c : Différents outils utilisés sur la fouille : le marteau et le burin … © François Marchal Reproduction et utilisation interdites
Photo 9d : Différents outils utilisés sur la fouille : le piochon … © François Marchal Reproduction et utilisation interdites

La nature très difficile du sédiment dans notre site nous amène à utiliser très volontiers des marteaux, burins, piochons, etc (Photo 9a à 9e). Nous avons même une bonne grosse masse pour concasser les blocs trop lourds pour pouvoir être évacués de la fouille après leur dégagement.

Photo 9e : Différents outils utilisés sur la fouille : la masse. © Mathieu Mazières Reproduction et utilisation interdites

Il ne faut pas croire que l'on abîme plus un objet en fouillant au marteau burin. Bien sûr, lorsque l'objet est repéré, on le dégage plus minutieusement en changeant d'outil. Le plus important est donc de repérer l'objet immédiatement dès qu'il affleure à la surface de la fouille ; et pour cela, il n'y a qu'une seule solution : le carré doit toujours être le plus « propre » possible. D'où la nécessité de le balayer très régulièrement (Photo 10).

Photo 10 : L'important étant de toujours bien balayer son carré ! © François Marchal Reproduction et utilisation interdites

Autre règle : ne pas faire de monticules ni de cratères en procédant au dégagement des objets. Il faut imaginer un récipient carré contenant des objets noyés dans de l'eau. On ouvre la bonde à la base du récipient, le niveau de l'eau baisse en laissant apparaître les objets au fur et à mesure. Fouiller, c'est essayer de reproduire cela, sauf que notre eau est un sédiment qui peut être d'une extrême dureté, et qu'il peut avoir un pendage marqué. Lorsque le niveau du sédiment autour d'un objet a suffisamment baissé pour que l'objet devienne mobile, il est temps de le coordonner et de le prélever.