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L'installation du carroyage

Dossier - A la recherche de l'Homme de Néandertal en Provence
DossierClassé sous :préhistoire , archéologie , vaucluse

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Malgré l'intérêt que suscitent souvent les fouilles archéologiques auprès du grand public, elles restent cependant assez méconnues. Ce dossier présente les techniques de fouilles en archéologie préhistorique en prenant l'exemple du site pléistocène des Auzières, à Méthamis (Vaucluse)

  
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Nous sommes maintenant prêts. Rendons-nous sur le terrain pour commencer la fouille. Une fouille correspond toujours à la destruction irrémédiable d'un gisement. Il faut par conséquent enregistrer le maximum d'informations. Beaucoup de ces informations sont d'ordre « spatial » : position des objets archéologiques, des couches, des pierres, etc... Pour pouvoir enregistrer toutes ces informations spatiales en trois dimensions, il est indispensable de travailler dans un espace repéré et orienté. Pour cela, le volume du gisement est divisé en unités de fouille qui sont des parallélépipèdes rectangles verticaux de section carrée et que l'on appelle pour cette raison en une forme d'abus de langage « les carrés ». La taille des carrés dépend de la nature de la fouille. En archéologie préhistorique, les carrés sont le plus souvent de un mètre de côté. Classiquement, on construit un quadrillage en s'appuyant sur la géométrie du site. C'est ce que l'on appelle un carroyage. Dans une grotte, on suit par exemple l'allongement naturel de la cavité. Au pied d'une paroi, comme cela est le cas aux Auzières, on se place perpendiculairement face à la paroi. Nous avons donc ébranché et étêté un arbre idéalement placé et nous avons tendu entre lui et la paroi un câble métallique parfaitement horizontal, en faisant en sorte qu'il soit situé au dessus de tous les sédiments à fouiller, mais à hauteur raisonnable pour rester facilement accessible. Le point où est ancré le piton de fixation du câble dans la paroi rocheuse est le point de référence principal de notre carroyage ; le câble métallique est notre axe de référence.

Photo 5 : Installation du carroyage par Gilles Gurbiel et Hubert Bonillo, du Groupe Archéologique de Carpentras et de sa Région . © François Marchal Reproduction et utilisation interdites

L'installation du carroyage à proprement parlé fut réalisée avec beaucoup d'efficacité et d'ingéniosité par Gilles Gurbiel et Hubert Bonillo, deux membres du GACR (Photo 5). Une fois terminé, ce carroyage se présente sous la forme de deux rangées de câbles métalliques qui se recoupent perpendiculairement, matérialisant des carrés de un mètre de côté. Il s'inscrit dans le plan horizontal situé exactement au niveau où nous avions installé notre axe de référence, qui est l'élément de base de ce carroyage. Arbitrairement, nous avons considéré que cet axe correspondait à la limite entre les bandes E et F et que le carré correspondant approximativement à l'ancien trou de sondage était le carré F-10. Ceci nous laissait la latitude de fouiller de tous les côtés, conformément à la topologie du site, tout en conservant une numérotation de carré qui n'irait ni « au-delà » de A, vers l'Ouest, ni « au-delà » de 1, vers le Sud.

Photo 6 : Vue générale de la fouille avec le carroyage. On voit bien les fils à plomb délimiter les parallélépipèdes verticaux constituant chaque unité de fouille : les « carrés ». © Mathieu Mazières Reproduction et utilisation interdites

Un carroyage est en effet comme une grille de mots croisés. Les bandes perpendiculaires à la paroi rocheuses sont par convention les bandes longitudinales, désignées par des lettres, les bandes parallèles à la paroi rocheuse sont les bandes transversales, désignées par un nombre (Photo 6). Arbitrairement également, on oriente le carroyage en considérant un nord fictif vers le fond de la cavité. A titre indicatif, la paroi rocheuse fait face presque exactement à l'est, puisque notre axe de référence pointe vers la direction N 82°. Le plan horizontal du carroyage est le plan de référence, marquant l'altitude zéro de façon arbitraire. A chaque angle de carré est fixé un fil à plomb dont la longueur est réglable, ce qui permet de descendre chaque fil à plomb à quelques centimètres seulement de la surface des sédiments. On définit ainsi la projection de ces carrés sur le sol de la fouille dont l'inclinaison et la topographie est naturellement très variée (de sorte que les carrés ne sont pas carrés, sauf dans le cas rarissime d'une surface de fouille parfaitement horizontale). On assure ensuite la matérialisation de cette projection en plantant des clous dans le sol, à la verticale de chaque fil à plomb. Des fils élastiques blancs sont tendus, de clous à clous, délimitant au sol la frontière de chaque carré selon les axes orthonormés X et Y.