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Les animaux dans les arts et la littérature

Dossier - La relation Homme Animal en Inde
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En Inde, la relation entre l'homme et l'animal revêt une grande importance, depuis toujours, et à tous les niveaux de la société. Les animaux sont présents partout dans la vie quotidienne des indiens, du plus petit, le moustique, dont chacun doit et sait se prémunir dès la tombée de la nuit, jusqu'au plus gros, l'éléphant majestueux

  
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Les animaux sont également très présents dans les arts et la littérature en particulier. Les fables du Panchatantra, écrites en sanscrit au IVème siècle, mettent en scène tout un bestiaire à comportement humain pour illustrer des préceptes à l'usage des jeunes princes.

La dette de La Fontaine et autres conteurs à l'égard des fables indiennes est bien connue. Plus anciens, les contes de Jataka, d'origine bouddhiste, enseignent certaines valeurs humaines à travers des histoires similaires. La poésie s'est également largement inspirée de la nature. Les très belles métaphores indiennes empruntées aux animaux ont beaucoup inspiré les poètes, les chanteurs, les philosophes dans leurs descriptions des émotions, du sentiment amoureux ou de la quête de l'absolu.

Peintres et sculpteurs ont tout naturellement puisé dans la mythologie et la littérature et ont ainsi largement représenté le monde animal sur les façades des temples et dans leurs peintures. Les artistes Moghols du XVIIème siècle étaient de formidables naturalistes dans leurs représentations des animaux sauvages. Leurs investigations avaient une grande valeur scientifique, si bien que leur portrait du dodo, oiseau terrestre de l'île Maurice disparu depuis, fit grande sensation auprès des ornithologues quand il fut découvert en 1958. Dans le Kalaripayat, sans doute le plus ancien art martial au monde, toujours pratiqué au Kérala, les élèves s'échauffent en prenant des positions inspirées d'animaux sauvages se préparant à attaquer ou se défendre. Et dans le yoga, les noms donnés aux nombreuses postures parlent d'eux-mêmes : posture du cobra, de l'éléphant, de l'oiseau céleste, etc...

Une femme bishnoïe barattant le lait, et une jeune chèvre. © Abdel Sinoctou - CC BY-SA 3.0

L'influence de la religion et de la philosophie dans la protection des animaux est bien visible dans certaines communautés villageoises qui partagent une relation privilégiée avec certains animaux. Ainsi, un petit village dans le sud du Maharashtra vit en harmonie avec des centaines de paons qu'on protège et nourrit tout au long de l'année. Le village de Jayanagar dans l'ouest du Bengale accueille des milliers de cigognes chaque automne et le village de Kheechan dans le Rajasthan voit arriver chaque année par centaines les grues migrantes. Quant à la communauté Bishnoi, elle mérite là une mention spéciale. Les membres de cette communauté, strictement végétariens, appliquent une non-violence totale envers tous les êtres vivants. Les femmes Bishnois sont connues pour nourrir au sein les faons et les hommes ont parfois laissé leur vie en tentant de sauver des antilopes. Chaque jour des centaines de paons, pigeons et chinkaras (la gazelle indienne) se voient offrir du millet par cette communauté unique. Des réservoirs d'eau ont été construits pour étancher leur soif et les animaux malades sont soignés et alimentés à la main. Chaque famille Bishnoi de la région dédie une partie de ce que produit sa terre à ses enfants (antilopes et autres animaux), véritables membres de la famille qui se trouvent seulement exister dans une autre forme de vie. Et quand ces "enfants" meurent, ils les enterrent en donnant un nom spécifique à chaque tombe. Le dévouement des Bishnois est tel qu'ils n'apprivoisent pas de chiens, de peur que ces derniers ne fassent leur proie de jeunes antilopes.

Quant aux membres de la communauté religieuse des jaïns, ils ne tuent aucune créature vivante allant même jusqu'à porter des masques sur leur bouche et balayer le sol au devant d'eux par crainte de tuer de petits insectes par mégarde. La tribu des Kongs, dans l'état d'Orissa, ne tue pas les éléphants qui ravagent ses cultures année après année, et une histoire de son folklore vient expliquer ce fatalisme : La tribu maltraita un jour des chiens qui allèrent se plaindre aux dieux de leur sort. Les dieux eurent pitié d'eux et les transformèrent en éléphants. Depuis, ces éléphants se vengent en détruisant leurs cultures et les membres de la tribu pensent que c'est un juste retour des choses. Beaucoup d'autres histoires ont créé chez les indiens une attitude à encourager la coexistence avec le monde sauvage. La philosophie est, parmi d'autres aspects de la culture indienne, à la racine de cette attitude. Dans les anciens textes de la religion, obligation est faite aux humains de respecter leur environnement. L'homme n'est pas le possesseur de toute la connaissance, il n'est qu'une créature parmi d'autres, et ce qu'il connaît, il l'a appris des autres formes de vie autour de lui. Ainsi, les offrandes ou prières aux différentes formes de vie, plantes ou animaux, tiennent une place importante dans le coeur de tous les hindous.