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Les animaux dans la vie courante

Dossier - La relation Homme Animal en Inde
DossierClassé sous :philosophie , Inde , vache sacrée

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En Inde, la relation entre l'homme et l'animal revêt une grande importance, depuis toujours, et à tous les niveaux de la société. Les animaux sont présents partout dans la vie quotidienne des indiens, du plus petit, le moustique, dont chacun doit et sait se prémunir dès la tombée de la nuit, jusqu'au plus gros, l'éléphant majestueux

  
DossiersLa relation Homme Animal en Inde
 

Alain Joly vous fait partager dans se reportage sa vision de l'inde à travers un dossier sur la relation des hommes envers les animaux..en dossier passionnant et vécu ! En Inde, la relation entre l'homme et l'animal revêt une grande importance, depuis toujours, et à tous les niveaux de la société. Les animaux sont présents partout dans la vie quotidienne des indiens, du plus petit, le moustique, dont chacun doit et sait se prémunir dès la tombée de la nuit, jusqu'au plus gros, l'éléphant majestueux. Présent jusqu'au coeur des villes, vous pourrez croiser avec émerveillement sa démarche chaloupée au détour d'une rue, ou le voir tout décoré bénir stoïquement de sa trompe les dévots à l'entrée du temple.

Ascète (sadhu) hindeau avec un veau. © Abdel Sinoctou - Domaine public

Entre ces deux extrêmes, toute une foule de créatures habite les campagnes, et aussi, plus étonnamment, les villes. La plus célébre d'entre elles est la vache sacrée que l'on rencontre un peu partout en Inde, promenant sa nonchalance, indifférente semble-t-il à la cacaphonie ambiante. Sa présence est respectée et il existe même des maisons de retraite où les vieux animaux malades sont soignés et nourris jusqu'à leur mort. Dans les villes, elles se contentent souvent d'une peau de banane par-ci par-là, peut-être un légume chapardé sur l'étal d'un marchand, et ne rechignent pas à avaler papiers et tissus, dans l'attente d'un festin occasionnel les restaurants, parfois, versent les restes de la journée dans la rue au plus grand bonheur de ces dames.

Groupe de macaques à bonnet dans le temple de Virupaksha à Hampi. © Jean-Pierre Dalbéra - CC BY-NC 2.0

Les nettoyeurs des villes viennent aussi du ciel. Les corbeaux, vautours, et autres rapaces n'hésitent pas à investir les rues à la recherche de nourriture. Les corbeaux, très abondants, émettent des croassements joyeux très caractéristiques du paysage sonore en Inde.

Bien d'autres animaux partagent la vie quotidienne des indiens, comme de petits écureuils rays si commun dans les parcs, sur les murs et les arbres des villes. Les singes, quant à eux, n'hésitent pas à escalader les maisons et chaparder la nourriture de la main même des personnes. Dans les paniers des charmeurs de serpents, les cobras attendent le son de la flûte pour épater touristes et badauds. Fréquents dans les campagnes, leurs morsures font de nombreuses victimes dans ce pays où l'on marche encore souvent pieds nus. Le paon, cet oiseau magnifique originaire des jungles de l'Himalaya est également très répandu, et son cri strident est communément entendu dans la campagne indienne. Il a d'ailleurs été choisi comme l'oiseau national du pays.

Paon Kuala Lumpur. © Bernard Dupont - CC BY-SA 2.0

Si beaucoup de ces animaux sont venus vivre à la marge de la société humaine et s'y sont adaptés par intérêt, les hommes, réciproquement, ont également su utiliser les animaux pour les aider dans leurs travaux quotidiens. Les boeufs, les chevaux, les dromadaires, les éléphants,humbles serviteurs ont de tout temps tiré charrues et charrettes, transporté les hommes, acheminé les marchandises, accompagné les guerriers sur les champs de bataille.

Mais les animaux ont rendu aux hommes d'autres formes de service plus étonnantes. Les ours, les singes, les serpents ont aidé maints saltimbanques à gagner leur nourriture quotidienne. Au Bengale, les loutres sont dressées par les pêcheurs pour rabattre les poissons vers les filets. Une fois son devoir accompli, la loutre saute dans la barque en émettant un petit cri joyeux pour obtenir sa récompense. Il n'est pas rare de voir les villageois apprivoiser des mangoustes et des civettes pour protèger leurs récoltes des nombreux rats. Et il y a plusieurs siècles, les princes Moghols utilisaient les guépards et leur vitesse pour chasser gazelles et antilopes.

L'Inde est encore, ne l'oublions pas, une terre d'animaux sauvages qui inspira à Kipling le fameux "Livre de la jungle". D'ailleurs, le mot jungle vient de "jangal" ("forêt" en hindi) . Depuis des temps immémoriaux, les éléphants, les ours, les loups, les panthères, les singes, les pythons, les vautours et bien sûr le tigre royal, le redoutable "Sher Khan", (bien d'autres encore), ont habité la belle nature de ce pays. L'Inde est une des dix terres au monde qui possède le plus grand nombre d'espèces animales, et aucune autre région, à part l'Amérique du sud, n'accueille autant d'oiseaux différents.

Tigre du Bengale. © Alfonzopasphoto - CC BY-SA 3.0

Curieusement, de nombreux parcs nationaux doivent leur existence à la chasse. En effet, au cours des siècles passés, les maharajahs et autres empereurs Moghols possédaient de vastes terres autour de leurs palais où ils s'exerçaient à leur sport favori. A l'arrivée des anglais, il était de bon ton pour les maharajahs d'inviter les dignitaires britaniques à de vastes parties de chasse. Des milliers d'animaux furent alors massacrés. Si cette époque révolue fit payer à l'Inde un lourd tribut de par la raréfaction de nombreuses et magnifiques espèces, c'est paradoxalement grâce à ces domaines de chasse que furent préservés de nombreux sites sauvages qui devinrent par la suite des sanctuaires.

Au début du siècle dernier, Jim Corbett, officier de l'armée britannique, s'est construit une légende en tuant plusieurs tigres et léopards mangeurs d'hommes qui terrorisaient la région de Kumaon dans le nord de l'Inde. Des centaines de personnes périrent sous les griffes de ces félins, ce qui n'empêcha pas Jim Corbett d'affirmer que le tigre était un gentleman et de devenir un fervent amoureux et défenseur de la nature. Un parc national de la région porte désormais son nom.