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AMS : Arrêt de mort pour le Spectromètre magnétique Alpha ?

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Le Spectromètre magnétique Alpha (AMS), conçu par le Prix Nobel Samuel Tings du Massachusetts Institute of Technology, qualifié de "fantastique pour la Science et d'énorme au point de vue de l'engagement international" par Mark Sistilli, directeur du programme pour la NASA, financé à 90% par l'Europe, risque d'être euthanasié suite aux restrictions budgétaires américaines.

Position de l'expérience AMS sur la Station Spatiale Internationale.
Logo NASA de la mission AMS

L'AMS

L'absence apparente d'antimatière dans l'univers est un des grands problèmes non résolus de la physique des particules et de la cosmologie. En effet, toutes les tentatives de modélisation de la naissance de l'Univers impliquent l'apparition de quantités égales de matière et d'antimatière. Or, nous vivons dans un monde fait exclusivement de matière, et les théories qui tentent d'expliquer cette simple observation sont hautement spéculatives.

Un des buts de l'AMS devait être de rechercher des traces d'antimatière dans les rayons cosmiques depuis l'espace, ce qui permet d'obtenir une sensibilité dix mille fois supérieure aux mesures effectuées au niveau du sol. Ces résultats devraient permettre de savoir s'il existe une quantité significative d'antimatière dans l'univers.

L'AMS devrait également permettre de déterminer l'origine de ces rayons cosmiques qui reste très mal expliquée, les physiciens n'ayant pas encore trouvé le phénomène pouvant engendrer des particules véhiculant autant d'énergie. Enfin, il se révèle aussi l'instrument le mieux équipé pour résoudre enfin le mystère de la masse manquante de l'Univers.

Maquette grandeur nature de l'AMS. Crédit CERN - Université de Genève.

Le blocage

Depuis la perte de la navette Columbia et la réduction des vols désormais consacrés exclusivement à la poursuite de l'assemblage de la Station Spatiale Internationale (ISS), la place disponible à bord s'est considérablement réduite. Or, cette expérience occupe pratiquement une soute entière. Rien que l'armature destinée à supporter l'instrument représente une masse de 6,8 tonnes, réclame la moitié de la place disponible, et coûte à elle seule 55 millions de dollars.

Autant dire que si la NASA devait honorer ses promesses de placer l'AMS en orbite, la programmation d'un vol de navette supplémentaire devrait être approuvé... impensable pour une administration Bush qui désire clôturer au plus vite ce programme au profit d'une nouvelle génération de lanceurs et d'un ambitieux retour de missions habitées vers la Lune !

Mais cette décision unilatérale entraînera certainement de nombreuses répercussions internationales. Car un total de 16 pays ont contribué, parfois lourdement, à cet ambitieux projet de 1,5 milliard de dollars, et il semble inenvisageable pour la plupart d'entre eux de l'abandonner.

D'autres solutions de lancement

En l'absence d'un revirement de la NASA sur ses intentions, plusieurs solutions sont envisagées. Ainsi, l'AMS pourrait être lancé au moyen d'une fusée classique, accouplée à un étage manoeuvrable muni d'un robot, capable de le guider vers l'ISS et de l'y installer. Le problème, selon la NASA, est que le seul lanceur susceptible d'être adapté à cette mission serait le H2 japonais, et que cette adaptation coûterait entre 254 et 564 millions de dollars.

Existe aussi l'alternative de lancer seul l'AMS, en attendant qu'une navette ayant terminé une mission d'assemblage de la Station vienne le récupérer et le véhiculer vers l'ISS. Mais là aussi, le coût de l'opération, y compris le dispendieux temps de vol du shuttle, entraînerait une dépense de 400 millions de dollars.

Reste l'option, apparemment la plus simple, qui consisterait à transformer l'AMS afin de le rendre indépendant de la Station, en l'équipant de panneaux solaires, d'une informatique de bord plus sophistiquée et autonome et de moyens de communication accrus. Elégante, cette solution est cependant la pire économiquement parlant, avec un surcoût de 1 milliard de dollars.

En attendant, probablement motivée par l'importance du projet, la NASA continue d'en financer sa part dans l'espoir d'une solution. Solution qui appartiendra vraisemblablement à l'Europe.

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