En septembre 2018, James Cole, un archéologue de l’université de Brighton (Royaume-Uni), s’est vu décerner un prix IgNobel. Ses travaux nous révèlent que nutritionnellement parlant, la viande humaine ne vaut pas le coup d’être mangée ! © bit24, Fotolia

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Science décalée : le cannibalisme n’est pas recommandé par les nutritionnistes

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L'histoire nous raconte qu'Hannibal Lecter se délectait des morceaux de viande humaine qu'il trouvait à se mettre sous la dent. Aujourd'hui, la science nous apprend que d'un point de vue nutritionnel, la viande humaine ne vaut pas les autres viandes. Et qu'en plus, elle n'a pas particulièrement bon goût !

« J'aimerais poursuivre cette conversation, mais j'ai un vieil ami pour le dîner. » Une phrase anodine que vous avez même peut-être déjà prononcée. Mais sortie de la bouche du docteur Lecter, elle prend soudain un tout autre sens. Hannibal Lecter, le psychiatre psychopathe doué d'une intelligence hors norme et... cannibale à ses heures. Celui qui apparaît dans « Le silence des agneaux ».

Dans la littérature et au cinéma, les cannibales sont invariablement présentés comme des personnages abjectes et dénués de sens moral. Des personnages qui ne peuvent exister que sur les écrans. Mais les archéologues le savent - et des marques sur des os fossiles ne laissent aucune place au doute -, certaines espèces de la lignée humaine avaient pour habitude de manger leurs congénères.

« Dans le règne animal, le cannibalisme n'est pas rare. Et la pratique peut même encore avoir cours de temps à autre chez l'espèce humaine. En période de guerre ou pour une question de survie pure. Parfois même chez des fous comme on les voit au cinéma », raconte James Cole, archéologue à l'université de Brighton (Royaume-Uni) qui s'intéresse de près au phénomène.

Selon James Cole, archéologue à l’université de Brighton (Royaume-Uni), les cuisses représentent plus du dixième de la valeur énergétique totale d’un être humain. © Photographee.eu, Fotolia

Peu de calories et trop revêche

En septembre 2018, il s'est même vu décerner un prix IgNobel pour ses travaux ! Un prix imaginé pour récompenser des recherches qui font d'abord rire. Puis qui font réfléchir. Car James Cole espère comprendre ainsi pourquoi les Hommes de Néandertal mangeaient d'autres humains. « À l'époque, ils devaient avoir un goût de cerf, du fait de la vie active qu'ils menaient », remarque l'archéologue. Mais si les Néandertaliens mangeaient leurs congénères, c'était peut-être bien pour une raison plus profonde que pour le simple apport en calories que la pratique représente. « Pour permettre à leurs congénères de survivre à travers eux », avance l'archéologue.

La viande humaine devait avoir un goût de cerf.

À en croire ses travaux, en effet, d'un point de vue nutritionnel notamment, manger un homme ne serait pas vraiment une bonne affaire. 1.300 kcal par kilogramme seulement. Autant que pour un poisson quelconque et bien moins que pour un oiseau (2.500 kcal par kg) ou encore un sanglier (4.000 kcal par kg). Comparé à un cheval (1.150 kcal par kg) ou à un cerf (1.240 kcal par kg), c'est sur le poids de l'animal que l'homme est perdant : en moyenne 66 kg (et moins de 25 kg de muscles) pour lui, contre 290 kg pour un cheval et 160 pour un cerf.

« C'est sans prendre en compte le fait qu'un humain est plus à même également de se défendre qu'un pauvre cheval », ajoute James Cole. « Et n'oubliez surtout pas que si vous mangez un homme, les membres de sa famille pourraient bien, derrière, être tentés de le venger ! » Voilà donc peut-être pourquoi l'évolution n'a jamais favorisé, chez l'être humain, ceux qui s'adonnaient au cannibalisme.

  • Un homme pèse en moyenne 66 kg dont moins de 25 kg de muscle.
  • Et la viande humaine, c’est seulement 1.300 kcal/kg.
  • Nutritionnellement parlant, le cannibalisme ne vaut pas le coup.
  • Les Néandertaliens s’adonnaient pourtant au cannibalisme, mais peut-être donc pour des raisons plus complexes qu’on ne le pensait jusqu’alors.
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