La fête a été largement gâchée. Maillot jaune du Tour de France 2006, Floyd Landis a été dépisté avec un taux anormalement élevé de testostérone. Il devra s'expliquer devant un tribunal sur la présence dans son organisme de cette substance d'origine exogène et risque fort d'être interdit de compétition pendant deux ans. Cela n'a pas empêché le champion d'affirmer : « J'étais le meilleur sur le Tour de France, voilà pourquoi j'ai gagné. » Et de poursuivre sur un engagement : "J'affronterai ces accusations avec la détermination que je consacre à mon entraînement et à mes courses. J'entends prouver mon innocence et rétablir ce que j'ai obtenu à force d'efforts".

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    <br />Un taux élevé de testosterone a été dépisté avec un taux anormal de testosterone à l'issue du Tour de France 2006 <br />&copy; Flickr / Kwc

    Un taux élevé de testosterone a été dépisté avec un taux anormal de testosterone à l'issue du Tour de France 2006
    © Flickr / Kwc

    Mises en cause, scandales et décès liés au dopagedopage empoisonnent le cyclisme depuis longtemps. Pourtant, c'est seulement depuis une dizaine d'années que ces sujets font les gros titres. L'événement déclencheur a eu lieu lors du Tour de France 1998, lorsqu'un masseur a été arrêté à la frontière franco-belge. Ses bagages contenaient plus de 400 produits dopants destinés aux coureurs de son équipe, Festina.

    L'enquête qui a suivi a révélé que les sportifs utilisaient systématiquement des produits interdits pour améliorer leurs performances. Pire : plusieurs autres écuries se livraient aux mêmes pratiques. Au final, sept des 21 équipes engagées cette année-là, et au moins 89 coureurs sur un total de 189 ont été exclus du Tour.

    Coup d'épée dans l'eau

    <br />Floyd Landis au cours du Tour de France 2006<br />&copy; Flickr /D. Reinhardt

    Floyd Landis au cours du Tour de France 2006
    © Flickr /D. Reinhardt

    L'année 2006 devait être celle du renouveau. Pourtant, quelques semaines à peine avant le départ, une enquête lancée en Espagne - l'Operacion Puerto - mettait en cause 58 cyclistes professionnels, parmi lesquels trois vedettes - Jan Ullrich, Ivan Basso et Francisco Mancebo. On leur reproche leur participation à un réseau de dopage sanguin. Soucieux de restaurer la crédibilité de l'épreuve reine du cyclisme, le comité d'organisation du Tour de France décidait alors d'écarter ces trois personnalités, ainsi que six autres coureurs accusés dans la même affaire. Un coup d'épée dans l'eau après le contrôle positif du vainqueur.

    Moment fort de cette édition 2006, le triomphe de Floyd Landis dans la dix-septième étape a tenu en haleine le public. Au lendemain d'une contre-performance qui l'avait vu rétrograder à la onzième place, ce coureur a littéralement survolé cette étape de montagne, pour finir loin devant ses concurrents. On n'avait rien vu de tel depuis des années. La déception est à la hauteur de l'exploit. Déjà, quelques mois plus tôt, Tyler Hamilton, champion olympique du contre la montre, était convaincu de dopage.

    Résultat : Floyd Landis pourrait bien rester dans les mémoires comme le premier lauréat de l'épreuve privé de son titre pour dopage, sans parler des suites judiciaires qui s'annoncent. Mais il peut aussi se reprendre, et mettre les choses au clair sur la culture qui règne dans le cyclisme, ainsi que sur les pressions qui pèsent sur les sportifs professionnels en général.

    <br />Jan Ullrich et Ivan Basso lors du Tour de France 2004. Les deux hommes figurent parmi les 58 cyclistes mis en causes dans une affaire de dopage quelques semaines avant le départ du Tour de France 2006 <br />&copy; Flickr /D. Gershon

    Jan Ullrich et Ivan Basso lors du Tour de France 2004. Les deux hommes figurent parmi les 58 cyclistes mis en causes dans une affaire de dopage quelques semaines avant le départ du Tour de France 2006
    © Flickr /D. Gershon

    C'est un coup dur pour le cyclisme, une nouvelle fois associé à une affaire de dopage. Pat McQuaid, président de l'Union cycliste internationale, affirme que des mesures sont prises. « Le cyclisme, dit-il, est en première ligne du combat contre le dopage. » Pour lui, le plus difficile est « d'éradiquer le dopage institutionnalisé. » Et d'ajouter qu'il est trop facile d'incriminer les sportifs sans rien dire du système qui les a créés. C'est à tous les échelons que les changements sont nécessaires : dirigeants, administrateurs, entraîneurs et soigneurs des équipes. Il en va de la survie de ce sport.

    Pourquoi triche-t-on ?

    Qu'est-ce qui pousse à se doper ? Pour M. McQuaid, c'est la société. « Attendre des sportifs qu'ils aient des idéaux différents du reste du monde, c'est faire preuve d'un petit peu trop d'optimisme... » Après tout, ne nous vivons nous pas dans un univers où la plupart des individus aspirent à la célébrité et à la fortune et où les médicaments sont disponibles en abondance ?

    Les autres sports ne sont d'ailleurs pas immunisés contre ce mal. En témoigne la récente annonce que Justin Gatlin, co-détenteur du record du monde pour le 100 mètres avait - tout comme Floyd Landis - été contrôlé positif à la testostéronetestostérone. Et le football, le baseball, le tennis ou le triathlon seraient aussi touchés.

    Seule certitude, le dopage est une constante dans le sport. Mais vu le niveau récemment atteint, chaque supporter doit aujourd'hui se demander en quoi il peut encore croire et si le sport en général peut demeurer une source d'inspiration pour tout un chacun.

    Matthew Quigley