Stephen Hawking vient d’accepter un poste au célèbre Perimeter Institute for Theoretical Physics dirigé par son ancien collaborateur et collègue, Neil Turok. Il y effectuera plusieurs séjours tout en continuant aussi à travailler à l’Université de Cambridge, en Grande-Bretagne. La raison ? Probablement le choix politique de cette prestigieuse université de réduire ses efforts en recherche fondamentale.
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C'est probablement l'institut de recherche en physiquephysique financé par des fonds privés le plus célèbre du monde. Situé à Waterloo, au Canada, le Perimeter Institute for Theoretical Physics, ou en abrégé PIPI, est un institut indépendant dédié à la recherche la plus fondamentale en physique théorique. Ses membres se consacrent à des recherches de pointe en cosmologiecosmologie, en théorie des particules élémentairesparticules élémentaires et des supercordes, aux différentes approches de la gravitationgravitation quantique, comme la gravitation quantique à bouclesgravitation quantique à boucles, ainsi qu'aux fondements de la mécanique quantiquemécanique quantique elle-même et à la toute jeune discipline qui en découle, celle traitant de l'information quantique.

Le <em>Perimeter Institute</em>. Crédit : John Baez

Le Perimeter Institute. Crédit : John Baez

Si l'on compare parfois le PI à l'académie de Platon, ce n'est probablement pas un hasard. Cet organisme a en effet été créé et financé en 1999 par Mike Lazaridis. D'origine grecque, il est le fondateur et le codirecteur général de Research In Motion (RIM), le fabricant du célèbre téléphone portable BlackBerry. Parmi ses membres, on trouve Lee Smolin, un des fondateurs de le gravitation quantique à boucles, et Leonard Susskind, qui a participé à l'élaboration de la théorie des supercordesthéorie des supercordes.

Le directeur actuel du PI n'est autre que Neil Turok, un cosmologiste de renommée mondiale en raison de ses travaux sur les cordes cosmiques, le rayonnement fossile et l'un des théoriciens à l'origine du modèle ekpyrotique avec Justin Khoury, Burt Ovrut et Paul Steinhardt.

Mike Lazaridis. Crédit : <em>Symmetry Magazine</em>
Mike Lazaridis. Crédit : Symmetry Magazine

Collègue de Stephen HawkingStephen Hawking, avec qui il avait proposé un instanton gravitationnel basé sur l'emploi du temps imaginaire pour décrire le « commencement » de l'UniversUnivers observable, il laissait entendre depuis quelques mois déjà que Stephen Hawking pourrait bien quitter l'Université de Cambridge, où il occupe la Lucasian Chair of Mathematics, pour rejoindre le Perimeter Institute.

Le fauteuil d'Isaac Newton bientôt vide

Hawking avait déjà rendu public le fait qu'il quitterait la chaire en 2009 à l'âge de 67 ans, tout en conservant le titre de professeur émérite. Ce poste prestigieux a été occupé par des physiciensphysiciens du calibre de Newton et Dirac et il n'est pas facile d'imaginer qui succédera à Stephen Hawking en 2009.

De gauche à droite, le prix Nobel George Smoot et Neil Turok (à l'époque directeur du <em>Theoretical Cosmology Centre</em>). Crédit : <em>Berkeley Center for Cosmological Physics</em>

De gauche à droite, le prix Nobel George Smoot et Neil Turok (à l'époque directeur du Theoretical Cosmology Centre). Crédit : Berkeley Center for Cosmological Physics

Mais les véritables raisons qui ont sans doute poussé l'un des plus grands cosmologistes et physiciens théoriciens du XXième siècle à accepter un poste au PI pourraient bien ne pas être très reluisantes pour l'université de Cambridge.

En effet, Neil Turok lui-même l'avait déjà quittée pour le PI en affirmant son désaccord avec la nouvelle orientation de la recherche en Grande-Bretagne et à l'université de Cambridge, de plus en plus soumise aux thèmes de recherche de l'industrie.

Négliger les recherches en physique fondamentale est pour lui une erreur qui sera dommageable aux progrès technologiques eux-mêmes et qui rend la science peu attractive pour les jeunes.

Stephen Hawking devant un calcul de physique des particules élémentaires en espace-temps courbe. Crédit : <em>Institute of Physics IOP</em>

Stephen Hawking devant un calcul de physique des particules élémentaires en espace-temps courbe. Crédit : Institute of Physics IOP

Il laissait entendre que les réticences des autorités de Cambridge à injecter de l'argentargent dans les thèmes de recherches du Centre for Theoretical Cosmology (CTC), fondé par Stephen Hawking, était en train de le faire réfléchir à une proposition de poste au PI. Il ajoutait : « l'Université ne semble parfois pas se rendre compte de la chance qu'elle a d'avoir le professeur Hawking ».

Hawking a donc fini par prendre sa décision : il part. Toutefois, il entend bien ne pas couper définitivement les ponts avec l'université de Cambridge avec laquelle il a été particulièrement loyal depuis plus de 40 ans. Il continuera à y faire des séjours en tant qu'emeritus lucasian professor et il tient à développer la coopération entre le CTC et le PI.

La combinaison semble prometteuse, le PI lui-même a déjà reçu 150 millions de dollars de la part de Lazaridis ainsi que d'autres financements, dont 50 millions de dollars en provenance du gouvernement de l'Ontario. L'institut compte plus de 60 chercheurs résidents et accueille chaque année des centaines de chercheurs internationaux, qu'ils soient de premier plans ou non, à des fins de collaboration et d'ateliers. Des manifestations culturelles y ont lieu et des conférences publiques y sont organisées, où l'on peut rencontrer des chercheurs de très haut niveau, comme Sir Roger PenroseRoger Penrose ou le prix Nobel Franck Wilczek.