Le temple d'Isis, sur l'île de Philae (Égypte). © Cyril Papot, Adobe Stock
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Ce pharaon est mort dans des circonstances terribles

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Découverte vers 1880, la momie du pharaon Seqenenrê Tâa vient de livrer quelques secrets. Notamment sur l'âge de la mort du pharaon et les conditions l'entourant. Il s'agirait d'une « exécution cérémonielle », au faux goût de victoire.

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Quelque 1.550 ans avant J.-C., le pharaon Seqenenrê Tâa aurait été assassiné. Si la date exacte de sa mort n'est pas connue, les circonstances semblent désormais plus claires. Deux chercheurs, dont l'étude est parue dans Frontiers in Medicine, ont analysé la momie de ce pharaon, découverte dans les années 1880. En utilisant la tomodensitométrie - une technique basée sur les rayons X pour reconstruire des structures en 2D ou en 3D -, ils ont obtenu des images détaillées des blessures du roi. Suffisamment détaillées pour en déduire l'origine.

La chercheuse Sahar Saleem plaçant la momie de Seqenenrê Tâa dans le scanner. © Sahar Saleem

Seqenenrê Tâa serait mort autour de ses 40 ans. Ou plutôt, exécuté. L'examen indique qu'il était ligoté, les mains dans les dos, l'empêchant de se défendre. Ses bourreaux se seraient servis de cinq armes différentes. « Lors d'une exécution normale sur un prisonnier ligoté, on pourrait supposer qu'un seul assaillant frappe, peut-être sous des angles différents mais pas avec des armes différentes », estime Sahar Saleem, coautrice de l'étude. Cette spécialiste de paléoradiologie suppose que « la mort de Seqenenrê était plutôt une exécution cérémonielle ».

En cause ? Son statut, sans aucun doute, mais surtout la guerre qu'il menait contre les Hyksôs. Cette dynastie a régné sur la Basse Égypte durant un siècle, approximativement entre -1.650 et -1.550 avant J.-C., ne laissant que la Haute Égypte à Seqenenrê Tâa et ses prédécesseurs. Ce dernier ne l'entendait pas de cette oreille, clamant sa souveraineté sur l'Égypte entière. Surnommé « le Brave », il aurait perdu la vie dans son ultime bataille contre les Hyksôs. « Cela suggère que Seqenenrê était vraiment en première ligne, avec ses soldats, risquant sa vie pour libérer l'Égypte », dévoile Sahar Saleem. D'après nos connaissances actuelles, ce serait le seul pharaon connu à s'y être aventuré. Le Brave, donc.

L'honneur restauré

Sahar Saleem et le second auteur, Zahi Hawass, archéologue et ancien ministre égyptien des Antiquités, ont révélé des blessures jusqu'ici insoupçonnées. Car habilement dissimulées par les embaumeurs - les personnes ayant momifié Segenenrê Tâa. La méthode choisie, sophistiquée, a permis de cacher certaines de ces lésions à la tête sous une couche de matériau d'embaumement. Ce qui signifie une chose : la momification s'est déroulée dans un endroit bien équipé, comme un atelier royal, contrairement aux précédentes interprétations.

Une partie du scan aux rayons X du pharaon Seqenenrê Tâa, de la tête jusqu'au dessous des hanches. © Sahar Saleem

Mais cette momification aurait eu lieu tardivement. En témoigne la présence du cerveau. Seqenenrê Tâa serait resté assez longtemps positionné sur son côté gauche pour que ses méninges s'y déplacent, forçant les embaumeurs à se contenter d'une éviscération - l'enlèvement des organes afin de conserver l'organisme - sans ablation du cerveau. Ce qui soutient l'hypothèse d'une mort sur le champ de bataille.

La reconstitution en 3D du crâne de Seqenenrê Tâa. © Sahar Saleem

Les auteurs tirent également une autre conclusion. Les Hyksôs auraient visé en particulier le visage du pharaon « dans le but de le déshonorer ». Cet assassinat aurait marqué un tournant dans l'histoire de l'Égypte. Puisque « la mort de Seqenenrê a motivé ses successeurs à poursuivre le combat pour unifier l'Égypte et lancer le Nouvel Empire », considère Sahar Saleem. Son successeur direct, Ouadjkheperrê Kames, n'y est pas parvenu. Mais le suivant, Ahmôsis Ier, a initié une nouvelle ère.

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