Pour sa dix-huitième édition, la remise des prix IgNobel 2008, contrepartie jubilatoire du vrai Nobel, qui se déroule actuellement, et désormais prisée des scientifiques, montre une grande maturité et un vrai discernement de la part des jurés. Entre autres études récompensées : le Coca-Cola est spermicide, le Coca-Cola n'est pas spermicide, les puces qui sautent plus loin sont en voie de disparition, l'effet placebo dépend du prix de vente.

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    Dan Meyer, lauréat 2007 de l'Ig Nobel de médecine et avaleur de sabre, avait réalisé une impressionnante démonstration. Il a ouvert de la même manière la cérémonie 2008. © Alexey Eliseev

    Dan Meyer, lauréat 2007 de l'Ig Nobel de médecine et avaleur de sabre, avait réalisé une impressionnante démonstration. Il a ouvert de la même manière la cérémonie 2008. © Alexey Eliseev

    C'est aujourd'hui une institution bien établie et un événement mondial auquel n'hésitent pas à participer de véritables prix Nobel. Au cours d'une cérémonie loufoque au Sanders Theatre de l'Université de Harvard, le jury réuni par Marc Abrahams, éditeur de la revue scientifique humoristique Les Annales de la recherche improbable (The Annals of Improbable Research), vient de décerner une kyrielle de prix Ig Nobel (à prononcer à l'anglaise, soit l'équivalent de ignoble), récompensant les recherches « qui font rire puis réfléchir ».

    A quelle distance peut sauter une puce ? La réponse n'est pas la même pour la puce du chienchien, Ctenocephalides canis, et pour la puce du chat, C. felis felis. Les bonds de la première varient de 3 à 50 centimètres tandis que la seconde se contente de 2 à 48 centimètres. La différence est faible, certes, mais l'observation patiente et la statistique montrent nettement la supériorité de la puce du chien, dont les sauts moyens atteignent 30,4 +/- 9,1 centimètres, contre seulement 19,9 +/- 9,1 centimètres pour sa collègue félinophile. Cette découverte d'une équipe toulousaine de l'Ecole nationale vétérinairevétérinaire, Marie-Christine Cadiergues, Christel Joubert et Michel Franc, a été récompensée par l'IgNobel 2008 de biologie. L'étude initiale, démarrée en 2000, se centrait sur la puce, a expliqué à l'AFP Marie-Christine Cadiergues, et cherchait à savoir pourquoi Ctenocephalides canis est en voie de disparition alors que C. felis felis ne l'est pas.

    La science dans les chemins de traverse

    L'IgNobel de médecine a été décerné à une équipe de l'université de Stanford menée par Dan Ariely, qui a démontré que l'effet placebo d'un faux médicament est proportionnel à son prix de vente. L'étude ne dit pas si ce phénomène indirect affecte aussi l'efficacité de vrais médicaments... L'an dernier, c'est Dan Meyer qui avait empoché le prix pour une étude sur les effets collatéraux de l'ingestioningestion d'un sabre. Sa prestation lors de la remise des prix 2007 (Dan Meyer est un avaleur de sabre amateur) lui a valu d'ouvrir la cérémonie de 2008.

    Fait exceptionnel, un même prix, celui de la chimie, récompense deux équipes. L'une, américaine, a mis en évidence l'action spermicide du Coca-Cola et du Pepsi-Cola, qui réduisent la mobilité des spermatozoïdesspermatozoïdes. La seconde, taïwanaise, a démontré le contraire. L'IgNobel de la paix 2008 est suisse, grâce à l'ECNH (Ethics Comitte of Non-Human Biotechnology) qui milite pour la reconnaissance du droit à la dignité des végétaux.

    Le jury de « l'anti-Nobel », comme on nomme souvent cette parodie, a mis en lumière d'autres travaux passionnants : la résolutionrésolution de puzzles par des amibesamibes (prix des sciences cognitivessciences cognitives), l'effet du cycle ovulatoire d'une danseuse de lap-dance sur l'ampleur des pourboires (prix d'économie), la modification de la perception de la fraîcheur de chips à l'aide de trucages sonores...

    On peut sourire face à ces travaux - c'est même le premier objectif - mais on peut aussi y réfléchir, comme le dit d'ailleurs la devise de cette organisation. Car il s'agit bien de science et les chercheurs ne s'y trompent, qui plébiscitent cette manifestation d'autodérision. On peut par exemple se souvenir d'une étude française récompensée en 2006 sur la cassure en trois de spaghettis soumis à une flexionflexion. Posée par Pierre-Gilles de Gennes, un très grand scientifique dont le talent et l'intelligenceintelligence ne peuvent être mis en doute, cette question a trouvé une solution qui intéresse aussi les concepteurs d'architectures métalliques...