Rendre habitable l’ensemble de la surface de la Planète rouge apparaît aujourd’hui comme mission impossible. Mais des chercheurs estiment envisageable de créer des sortes d’îlots dans lesquels l’Homme pourrait vivre. Et ce, de manière relativement aisée, à partir de matériaux qu’ils connaissent bien : des aérogels de silice.

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Pour « terraformer » Mars -- comprenez, rendre Mars habitable par l'Homme --, il suffirait de vaporiser la calotte glaciairecalotte glaciaire qui recouvre son pôle Nord. C'est du moins ce qu'imaginait Carl SaganCarl Sagan, le célèbre astronomeastronome américain, au début des années 1970. Mais l'année dernière, une étude financée par la NasaNasa montrait finalement que l'exploitation de tous les gaz à effet de serregaz à effet de serre et de toute l'eau disponible sur Mars ne suffirait pas à rendre la Planète rouge habitable.

Peut-être pas toute la planète. Mais pourquoi pas une partie ? C'est la question que se posent sérieusement des chercheurs de l'université de Harvard (États-Unis), du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa (États-Unis) et de l'université d'Édimbourg (Royaume-Uni). Comment ? Grâce à des boucliers faits d'aérogels de silice.

Le saviez-vous ?

Les chercheurs étudient les aérogels de silice depuis une trentaine d’années. Des matériaux solides à très faible densité et réputés être, à ce jour, les isolants thermiques les plus performants grâce à une structure extrêmement poreuse.

Selon les modèles et les expériences développés par les chercheurs, une épaisseur de seulement deux à trois centimètres pourrait permettre de créer des espaces protégés du rayonnement ultravioletultraviolet et laissant filtrer suffisamment de lumièrelumière pour activer la photosynthèsephotosynthèse et élever les températures au-delà du point de fusion de l’eau. Des sortes d'îlots d'habitabilité. « Cela nous permettrait de transformer Mars de manière contrôlée et évolutive », explique Laura Kerber, du Jet Propulsion Laboratory.

Le CO<sub>2</sub> solide contenu dans la glace des calottes martiennes est à l’origine d’un effet de serre qui donne naturellement naissance à des poches de réchauffement, visibles ici comme des zones noires sous la glace. © Université de Harvard
Le CO2 solide contenu dans la glace des calottes martiennes est à l’origine d’un effet de serre qui donne naturellement naissance à des poches de réchauffement, visibles ici comme des zones noires sous la glace. © Université de Harvard

Créer des îlots d’habitabilité

Une idée qui est venue aux chercheurs en observant tout simplement ce qui se passe déjà naturellement sur la Planète rouge. La calotte glacière martienne est en effet constituée à la fois d'eau et de CO2 gelés. Or, tout comme le CO2 gazeux que nous connaissons bien, le CO2 solidesolide laisse pénétrer la lumière et la chaleurchaleur du SoleilSoleil. Un effet de serre qui, en été, crée des poches de réchauffement sous la glace.

Pour reproduire cet effet de serre à l'état solide, les chercheurs ont pensé à un matériaumatériau déjà exploité sur les rovers d’exploration de Mars : les aérogelsaérogels de silicesilice. Ils semblent en effet présenter toutes les propriétés utiles à atteindre l'objectif de terraformation de certaines régions martiennes. D'autant que « leur mise en œuvre ne nécessiterait que peu d'énergieénergie et aucun entretien », promettent les chercheurs.

« Sous un dôme recouvert d'une couche d'aérogel de silice, vous aurez de l'eau liquideliquide en permanence », assure Robin Wordsworth, professeur à Harvard. Tout en attirant l'attention sur les questions philosophiques et éthiques à considérer avant de recourir à ce genre d'ingénierie. « Sommes-nous sûrs qu'il n'existe pas déjà une vie sur Mars que nous risquerions de mettre ainsi en péril ? Au moment de nous décider à envoyer des humains sur la Planète rouge, c'est une question que nous devrons nous poser. »