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Karabo, l’australopithèque au squelette complet, bientôt sur vos écrans

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Le plus complet squelette d'Australopithecus sediba, un ancêtre de l'Homme, aurait été découvert en juin dernier dans un laboratoire. Actuellement emprisonnés dans un bloc de roche, les restes de Karabo seront libérés, un événement qui devrait être diffusé en temps réel sur Internet dans quelques mois. Des analyses de dents ont déjà montré que cette espèce appréciait manger des écorces d'arbre.

Cette empreinte de fémur a été révélée grâce à un CT scan. Cet os est en effet emprisonné depuis des centaines de milliers d'années dans la pierre. Il appartiendrait à Karabo, un Homme de Malapa Australopithecus sediba. © University of the Witwatersrand, Johannesburg

Lee Berger de la University of the Witwatersrand (Wits, Afrique du Sud) a eu l'idée en 2008 d'utiliser la fonction navigation en 3D du logiciel Google Earth pour cartographier la position de quelque 130 grottes et d'une vingtaine de dépôts de fossiles présents sur le site du « berceau de l'humanité », un lieu inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2000. Au final, près de 500 emplacements de cavités ont été décrits grâce à l'analyse des reliefs. L'un d'entre eux, de la grotte de Malapa, contenait environ 220 fragments d'os ayant appartenu à au moins six Australopithecus sedibadifférents, une espèce inconnue jusque-là.

Selon une datation basée sur la chaîne de désintégration de l'uranium, ces restes seraient âgés d'un peu moins de 2 millions d'années. Le nouvel homininé était donc contemporain d'Homo habilis, premier représentant du genre Homo. L'Homme de Malapa a surpris plusieurs scientifiques car il présentait à la fois des caractères propres aux modes de vie bipède et arboricole. Par ailleurs, plusieurs observations étaient de nature à remettre en cause certaines théories communément reconnues dans le monde de l'anthropologie, notamment la relation liant la taille du cerveau à celle du bassin. Sur la base des analyses morphologiques, il a néanmoins été admis qu'A. sebida devait être proche d'H. habilis et qu'il pourrait même correspondre à l'ancêtre d’H. erectus.


Ce crâne d'Australopithecus sediba, un homininé ayant vécu voici 2 millions d'années, a été reconstruit à partir d'un reste fossile découvert dans la grotte de Malapa (Afrique du Sud). © University of the Witwatersrand, Johannesburg 

Lee Berger et l'Homme de Malapa ont à nouveau fait parler d'eux ces derniers jours. Le squelette « le plus complet jamais découvert d'un ancêtre de l'Homme », selon un communiqué de presse officiel de la Wits, aurait en effet été découvert le mois dernier au fond d'un laboratoire. À ce jour, seuls le chercheur, sa femme Jackie Smilg (radiologue au Charlotte Maxeke Hospital) et quelques collaborateurs ont pu observer de visu les ossements... profondément enfouis dans un rocher.

Karabo, un australopithèque appréciant les arbres… comme repas

Le bloc de roche mesure environ un mètre de diamètre. Il a été extrait du site en 2008, mais il était depuis entreposé au laboratoire. La découverte d'une dent à sa surface par un technicien chargé de le déplacer en juin 2012 a poussé les chercheurs à l'analyser d'un peu plus près. Mais une question se posait alors : comment l'étudier sans casser la roche et ainsi risquer de briser les échantillons ? La solution a rapidement été trouvée, le bloc de pierre a été passé au CT scan.

C'est en voulant étudier cette petite dent incluse dans un bloc de roche que les chercheurs ont découvert le squelette le plus complet jamais trouvé d'un ancêtre de l'Homme, selon leurs propos. © University of the Witwatersrand, Johannesburg

Le squelette se compose d'une partie de mâchoire, d'un fémur, de côtes, de vertèbres et d'autres éléments des membres. Ils appartiendraient à Karabo, un être qui devait avoir entre 9 et 12 ans au moment de sa mort. Il pourrait être un descendant d'A. Africanus dont l'ancêtre serait la célèbre Lucy (A. Afarensis) qui a vécu voici 3 millions d'années. Selon une étude publiée dernièrement dans la revue Nature, et contrairement aux autres australopithèques qui appréciaient se nourrir de feuilles et de plantes tendres, Karabo préférait plutôt, d'après de nombreux indices dentaires, s'alimenter en dégustant du bois et des écorces d'arbres.

La prochaine étape du projet consistera à extraire les ossements de leur gangue de pierre, puisque leur position exacte est désormais connue. Toutes les opérations requises seront diffusées en temps réel sur Internet afin que chacun puisse être le témoin de ce moment unique. Cependant, il faudra encore attendre quelques mois, mais moins d'une année, avant de se connecter. Il est tout d'abord prévu de construire un studio-laboratoire, en partenariat avec la National Geographic Society, sur le site du Maropeng Visitor Centre en Afrique du Sud.

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