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L'australopithèque Lucy était bipède... et peut-être arboricole !

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Lucy pouvait à la fois marcher sur ses deux jambes et évoluer dans les arbres ! C'est ce que révèle l'analyse anatomique des omoplates complètes de Selam, un autre Australopithecus afarensis trouvé en Éthiopie. L'apparition de la bipédie stricte serait plus récente qu'on ne le pensait dans l'histoire évolutive de l'Homme.

Vue latérale du crâne, de la face et de la mandibule de Selam, un Australopithecus afarensis de 3 ans ayant vécu voici 3,3 millions d’années. L’omoplate droite complète est visible, avec sa cavité glénoïde, son acromion et son processus coracoïde, sous l’arrière du crâne, à gauche de la mâchoire et au-dessus des côtes. © Zeray Alemseged, Dikika Research Project

Lucy se tenait droite sur ses jambes, comme l'indique la morphologie de son bassin, de ses membres inférieurs et de ses pieds. Australopithecus afarensis pratiquait donc la bipédie. Mais un débat persiste à ce sujet depuis plus de 30 ans : ce mode de locomotion était-il le seul employé par cette espèce ? Plusieurs chercheurs pensent en effet que Lucy et ses camarades pouvaient également adopter un mode de vie partiellement arboricole, mais les preuves anatomiques manquent... ou plutôt manquaient !

Les omoplates (ou scapulas) permettent de caractériser les modes de locomotion pratiqués par les primates. Cependant, ces os ont chez nos ancêtres l'épaisseur d'une feuille de papier, expliquant ainsi qu'ils résistent mal aux processus de fossilisation. Un certain nombre de structures osseuses vieilles de plusieurs millions d'années nous sont néanmoins parvenues, mais en très mauvais état et donc incomplètes. Seul un cas fait exception : Selam.

Ce petit A. afarensis mort à l'âge de 3 ans, mais conservé depuis 3,3 millions d'années, a été découvert en 2000 par Zeresenay Alemseged de la California Academy of Sciences. Ses deux omoplates étaient parfaitement intactes même si le squelette était incomplet. Leurs analyses, réalisées en partenariat avec David Green de la Midwestern University, ne laissent aucun doute : Lucy pouvait partiellement pratiquer un mode de vie arboricole, donc grimper aux arbres, tout comme ses cousins de l'époque ! Cette découverte vient d'être présentée dans la revue Science.

Vue dorsale de l’omoplate droite de Selam. Le squelette Dik-1-1 serait le plus complet jamais trouvé pour un Australopithecus afarensis. La barre d'échelle mesure 4 cm. © Zeray Alemseged, Dikika Research Project

Une morphologie proche de celle des grands singes africains

Les restes de Selam ont été mis au jour à Dikika en Éthiopie. Près de 11 années ont été nécessaires pour extraire les os dans leur gangue de grès, tout en les séparant correctement du reste du squelette. Un Microscribe a ensuite permis de les numériser en 3 dimensions (précision de l'ordre d'un cinquième de millimètre). Des mesures détaillées ont été réalisées ensuite en vue de définir la forme et la fonction de ces os. Les chercheurs ont comparé les paramètres obtenus, par le biais de calculs statistiques, avec des scapulas, complètes ou partielles, d'autres primates proches (A. afarensis adulte, A. africanus, Homo ergaster et Homo floresiensis) ou modernes (Homme, chimpanzé, orang-outan et gorille). 

Les omoplates de Selam posséderaient plusieurs caractères retrouvés chez les grands singes actuels. La fossette articulaire de l'épaule est notamment orientée vers le haut, ce qui facilite les mouvements de bras au-dessus de la tête. Cette observation a également été faite chez les A. afarensis matures. Le schéma de croissance suivi par cette espèce, entre la naissance et l'âge adulte, serait par ailleurs semblable à celui actuellement rencontré chez les singes africains. Lucy pouvait donc employer le mode de vie arboricole durant sa vie entière. Chez l'Homme, l'articulation s'oriente plutôt vers le côté pour les adultes, mais vers le bas pour les plus jeunes. 

Lucy et Selam possédaient donc une morphologie des membres inférieurs adaptée à la marche, tandis que leurs membres supérieurs facilitaient les déplacements arboricoles. Cette découverte retarde l'époque du développement de la bipédie stricte dans l'histoire évolutive de l’Homme

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