Découvrez l'histoire de Joseph Merrick, un homme immortalisé par David Lynch sous le nom d'Elephant Man © Wikimedia Commons, Futura, Freepik
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Podcast : Joseph Merrick, ou la véritable histoire d'Elephant Man

ActualitéClassé sous :histoire , syndrome de Protée , Elephant man

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Bienvenue dans ce neuvième épisode de Chasseurs de Science. À l'occasion de cette nouvelle excursion dans le temps, je vous propose de partir à la rencontre de Joseph Merrick, un homme que nombre d'entre vous connaîtrons probablement mieux sous le nom d'Elephant Man.

Curiosité médicale et monstre de foire en son temps, Joseph Merrick est désormais immortalisé dans nos mémoires sous les traits de « l'homme-éléphant » mis en scène par David Lynch en 1980. Dans ce film poignant, l'acteur John Hurt, incarnant Merrick, s'exclamait d'un ton déchirant : « Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain ! Je suis un Homme ! » Ce film a laissé une trace profonde dans ma mémoire d'enfant, et je ne voyais pas de meilleure occasion de rendre hommage à l'homme derrière l'attraction qu'en lui dédiant cet épisode de Chasseurs de Science.

D'Elephant Man à Joseph Merrick : le triomphe de l'Homme sur le monstre

Né en 1862 en Angleterre, Joseph Merrick découvre rapidement que son existence sera inévitablement différente de celle des autres. Des déformations apparaissent sur l'ensemble de son corps dès ses plus jeunes années, le condamnant aux moqueries et à l'exclusion de la part de ses pairs victoriens, dont les mentalités associent encore trop souvent handicap et animalité. Rejeté de toutes parts, exilé de la société, il décide de prendre son destin en main et devient « monstre humain ». Lors de ses périples, il rencontrera des étrangers bienveillants et des directeurs négligents, des visiteurs moqueurs et des amis aimants.

Joseph Merrick, plus connu sous le nom d'Elephant Man © Domaine public

L'histoire d'Elephant Man est à mon sens celle du triomphe d'un individu sur les préjugés de son époque. Alors que les récents événements aux États-Unis nous rappellent que certains jugent encore la valeur d'une vie sur la base de l'apparence, le combat de Joseph Merrick est porteur d'espoir dans nos sociétés chamboulées, qui ont aujourd'hui plus que jamais l'opportunité de donner naissance à un nouvel équilibre.

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Transcription du podcast

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous prenons un train pour l'époque victorienne afin d'y rencontrer Joseph Merrick, un homme aujourd'hui plus connu sous le nom d'Elephant Man. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

Joseph Carey Merrick naît le 5 août 1862 dans la ville de Leicester, en Angleterre. Ce beau bébé en pleine santé est le premier de sa fratrie et fait la fierté de ses parents, Mary et Joseph. Malheureusement, après seulement quelques années, des signes inquiétants commencent à se manifester chez lui. Vers l'âge de 2 ans, des gonflements apparaissent sur ses lèvres, puis une bosse prend progressivement forme sur son front. Alors qu'il n'est encore qu'un jeune enfant, sa peau se détend et durcit comme celle d'un éléphant, formant de tristes drapés sur ses membres qui se distordent à mesure qu'il grandit. Ses pieds s'épaississent et son bras gauche s'allonge et se déforme. À l'époque, la croyance selon laquelle les chocs émotionnels vécus par la mère enceinte peuvent influencer profondément l'apparence de son futur enfant est encore fermement ancrée dans les mentalités, et les parents du jeune Joseph sont persuadés que sa difformité est liée à un accident survenu plus tôt durant la grossesse, durant lequel Mary avait été bousculée et effrayée par un éléphant de foire.

Durant sa jeunesse, Joseph fait également une mauvaise chute qui endommage irréversiblement sa hanche gauche et le laisse boiteux. En dépit de ses handicaps, il suit une scolarité normale, aidé par sa mère qui est elle-même institutrice les dimanches. Sa relation avec cette dernière ne sera malheureusement que de courte durée car moins de trois années après la mort de son second fils, William, emporté à l'âge de 4 ans par la scarlatine, Mary succombe d'une bronchopneumonie. Merrick père, accompagné de Joseph et de sa sœur Marion Eliza, emménage chez Emma Wood Antill, elle aussi veuve, qu'il épouse un an après.

À 13 ans, Joseph a fini l'école mais ne sait comment s'extirper de ce nouveau foyer où il se sent privé d'affection. Il travaille trois ans comme rouleur de cigares dans une fabrique, mais la déformation progressive de ses mains l'oblige finalement à trouver un autre poste. Impatient de se décharger de cette bouche à nourrir, son père lui obtient une licence de marchand ambulant. Une bien mauvaise idée pour le pauvre Joseph dont l'apparence et la diction gênée par son visage toujours plus distordu rebutent les sensibles esprits victoriens. Face à son insuccès, ses employeurs finissent par lui retirer sa licence et, désormais âgé de 17 ans, Joseph intègre une workhouse, dernier asile des pauvres en quête de travail et d'un lieu où dormir. Il y subira une opération du visage, destinée à retirer une partie de la masse qui a envahi sa bouche, l'empêchant de s'exprimer et de manger. En dépit de cette heureuse intervention, les conditions de vie de l'établissement sont insoutenables pour Merrick. Il décide de trouver un nouveau refuge et écrit une lettre au célèbre chanteur Sam Torr, lui demandant de l'embaucher comme monstre humain.

Après une première tournée dans les Midlands de l'Est, Joseph rencontre son nouveau manager, Tom Norman, à Londres. Ce dernier l'installe dans l'une de ses galeries populaires, entouré d'affiches horrifiques dépeignant une créature hybride à moitié homme, à moitié éléphant, et une brochure explicative est rédigée et vendue aux visiteurs. Chaque jour, les Londoniens et les étudiants médicaux de l'hôpital de Londres, situé dans un bâtiment non loin, viennent contempler le visage de l'homme qui fait tant parler de lui. Et chaque soir, Merrick s'endort assis dans son lit de camp entouré de minces rideaux, ses jambes repliées sous son menton afin d'éviter que le poids de sa tête ne lui brise la nuque dans son sommeil.

C'est par le bouche à oreille que le docteur Frederick Treves entend pour la première fois parler de l'homme-éléphant. Il organise plusieurs examens durant lesquels il n'a guère plus d'estime pour Merrick que pour une simple curiosité médicale. Il en capture des photographies désormais célèbres, le mesure et le présente à ses pairs. Son sujet d'étude est cependant vite excédé par ses manières cavalières et coupe court à leur relation. Mais ne l'oubliez pas, car il refera une apparition dans notre histoire.

Le spectacle de l'homme éléphant à Londres est rapidement interrompu par un public de plus en plus soucieux des droits et du traitement de ceux que l'on appelle les monstres humains. Après seulement quelques mois, Norman est contraint de fermer boutique et Merrick doit trouver un nouvel emploi. Après quelques tentatives infructueuses en Angleterre, il s'engage sur les routes d'Europe avec l'espoir de ses impresarios qu'il y sera mieux reçu. Cependant les questionnements éthiques et l'apparence de Joseph, qui semble générer plus d'attention négative que de ventes en billetterie, amènent son dernier directeur à le délaisser. Il lui dérobe au passage les 50 livres qu'il avait économisées, l'équivalent aujourd'hui de près de 6.000 euros. Abandonné et meurtri, Merrick retourne avec difficulté en Angleterre. Sur place, il cherche désespérément de l'aide auprès des étrangers qui croisent sa route, mais son apparence attise le mépris des uns tandis que sa diction le rend incompréhensible aux autres. Un policier recueille finalement le jeune homme épuisé, et contacte le docteur Treves, dont il retrouve une carte de visite dans les affaires de Merrick.

De retour à l'hôpital de Londres, le médecin aménage une chambre dans le grenier pour son ancienne connaissance. Joseph, atteint de bronchite, y est nourrit et reçoit les soins requis par sa santé, dont la détérioration n'a fait que s'accélérer. Bien que son état s'améliore progressivement grâce à l'attention du personnel soignant, les auscultations de Treves révèlent que son cœur ne tiendra pas plus de quelques années. Le directeur de l'hôpital, incapable de lui trouver une nouvelle résidence où finir ses jours, redoute que ce patient incurable ne leur coûte plus que l'établissement ne pourrait se le permettre. Mais lorsqu'il adresse une lettre au Times pour demander l'avis des lecteurs, il reçoit une réponse inattendue. Des dizaines de lettres et de dons déferlent de toutes parts, assurant à Merrick une stabilité méritée. Âgé de 24 ans, il déménage au rez-de-chaussée de l'hôpital, dans un appartement de deux pièces adapté à ses besoins, sans miroirs, et équipé d'un lit conçu sur mesure.

Une nouvelle amitié se forme alors entre Frederick et Joseph. Le médecin lui rend visite quotidiennement et apprend à décrypter ses paroles. Ravi, Merrick s'engage avec lui dans de longues discussions, en particulier durant les deux heures que lui accorde Treves chaque dimanche. Constatant que son ami peine à établir un contact avec les femmes de la société victorienne, ce dernier décide de lui présenter son amie, Leila Maturin. La gentillesse de la jeune veuve émeut Joseph aux larmes. Submergé par les émotions, il conclut rapidement l'entretien, mais une relation épistolaire s'installe petit à petit entre les deux protagonistes, dont nous restera la seule lettre écrite de Merrick qui nous soit jamais parvenue.

Celui que l'on appelle désormais uniquement par son nom de baptême mène une vie relativement heureuse à l'hôpital de Londres. Ses après-midis sont occupées par la fabrication de maquettes et de paniers, et ses soirées par des promenades en solitaire dans le jardin adjacent à sa chambre. Il reçoit de fréquentes visites de plusieurs membres de la haute société et reprend tellement confiance en lui qu'il arpente finalement les couloirs de l'hôpital, au grand dam des infirmières qui redoutent qu'il n'effraie les patients. À l'âge de 27 ans, Joseph Merrick s'éteint, allongé dans son lit, la nuque brisée par le poids de son crâne difforme. Conscient que son ami avait toujours veillé à dormir en position assise, Treves en déduira que le jeune homme aura voulu tenter au moins une fois dans sa vie l'expérience de s'allonger comme une personne normale. David Lynch, qui adaptera la vie de cet individu exceptionnel au cinéma en 1980, offrira une lecture plus ambiguë de cet acte ultime.

Des études faites sur les ossements de Joseph Merrick révéleront plus tard qu'il souffrait du syndrome de Protée, une maladie génétique pouvant affecter gravement la croissance des tissus conjonctifs, épidermiques et osseux. Grâce à la bienveillance des personnes qui l'ont entouré durant les dernières années de sa vie, Merrick a pu connaître l'affection et l'attention qui lui ont tant fait défaut durant ses plus jeunes années, révélant un garçon cultivé, aimable et curieux. Son histoire nous rappelle, aujourd'hui plus que jamais, que le respect de la vie de chacun est un devoir fondamental qu'aucune différence d'apparence, de langage ou de couleur de peau ne saurait annuler.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail n'hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !

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