Chutes d'eau en Éthiopie, aux sources du Nil bleu. © vladislav333222, Adobe Stock
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Podcast : au fil de l'eau, à la recherche des sources du Nil

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Préparez votre gilet de sauvetage, le quatrième épisode de Chasseurs de science vous embarque pour une balade fluviale sur le Nil ! Au programme, expéditions mouvementées, querelles entre explorateurs et tribus africaines, tout cela pour répondre à une question simple. Mais où se situe la source du Nil ?

L'aventure vous tend les bras dans le nouvel épisode de Chasseurs de science. Cette fois-ci, nous vous emmenons sur les eaux tumultueuses d'un fleuve légendaire, le Nil. Depuis la nuit des temps, le Nil fournit aux humains qui habitent ses rives de quoi vivre, manger et commercer.

Si son delta, qui se jette dans la Méditerranée, est bien connu, sa source demeure plus mystérieuse. Le quatrième épisode de Chasseurs de science vous emmène aux côtés des explorateurs qui ont tenté de répondre à une question simple : où se situe la source du Nil ?

Un épisode de Chasseurs de science au cœur des méandres du Nil

La réponse n'en est pas moins compliquée ! De l'Antiquité à nos jours, il a fallu de la ténacité et du courage pour y répondre.

À l'image de la querelle entre deux explorateurs anglais Burton et Speke qui a déchaîné les passions au XIXe siècle. Ou encore plus récemment, en 2006, quand un équipage de têtes brûlées est monté dans un canot pneumatique pour remonter le Nil Blanc jusqu'à sa source.

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Transcription du podcast

Bienvenue à tous dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Aujourd'hui, Chasseurs de science vous transporte dans les méandres d'une question scientifique qui a passionné les explorateurs depuis une époque lointaine. Sans plus attendre, partons pour l'Égypte et ses pharaons, mais surtout son fleuve légendaire : le Nil. 

Au Ve siècle avant notre ère, Hérodote entreprend un voyage dans les pays qui bordent la Méditerranée. Alors qu'il est en Égypte, devant le fleuve gigantesque qu'est le Nil, une question le taraude: où prend-t-il sa source ? Il interroge alors plusieurs personnes à ce sujet. Le voyageur grec relate son passage en Égypte dans le deuxième livre de ses Enquêtes :

« De tous les Égyptiens, Libyens et Grecs, avec qui je me suis entretenu, aucun ne se flattait de les connaître, si ce n'est le hiérogrammate, interprète des hiéroglyphes de Minerve à Saïs, en Egypte. Je crus néanmoins qu'il plaisantait quand il m'assura qu'il en avait une connaissance certaine. Il me dit qu'entre Syène, dans la Thébaïde, et Éléphantine, il y avait deux montagnes dont les sommets se terminaient en pointe ; que l'une de ces montagnes s'appelait Crophi et l'autre Mophi. Les sources du Nil, qui sont de profonds abîmes, sortaient, disait-il, du milieu de ces montagnes ; la moitié de leurs eaux coulait en Égypte, vers le Nord, et l'autre moitié en Éthiopie, vers le Sud. »

Hérodote se lance à son tour dans la quête des sources du Nil. Après quatre mois de voyage, il dépasse Éléphantine et arrive en Éthiopie, mais n'ira pas plus loin. Il conclut son exploration avec ces mots :

« Le fleuve vient de l'ouest et du couchant. Au-delà, personne ne peut rien affirmer, car les chaleurs torrides font de ce pays un désert»

Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de suivre plusieurs explorateurs, de l'Antiquité à aujourd'hui, qui sont animés par le même désir qu'Hérodote. Résoudre un mystère qui dure depuis la nuit des temps. Où le Nil, fleuve le plus long du monde après l'Amazone et artère vitale des pays qu'il traverse, prend-t-il sa source ?

Une question qui paraît simple mais qui a mis à rude épreuve la santé et le courage des femmes et des hommes qui ont tenté d'y répondre.

Terrain impraticable, confrontation avec des tribus parfois belliqueuses, blessures et maladies ne les ont pas fait reculer. Tous ont connu un bref moment d'extase en croyant avoir découvert l'origine du Nil, jusqu'à ce que quelqu'un d'autre aille encore plus loin. Même la dernière expédition de 2006 n'est pas parvenue à trancher la question.

En 300 avant J.-C., soit environ 150 ans après Hérodote, Ptolémée II Philadelphe, alors pharaon d'Égypte, envoie une expédition militaire remonter le Nil. Les soldats s'engagent sur le Nil Bleu, l'un des affluents du Nil qui se jette dans le fleuve à Khartoum. Ils naviguent jusqu'à arriver près des montagnes éthiopiennes, appelées la montagne de la Lune

Elle est là la source du Nil ! La neige et les pluies qui tombent sur le sommet forment des petits cours d'eau qui se rassemblent en lac, duquel le Nil Bleu émerge. Pendant plusieurs centaines d'années, la montagne de la Lune sera la dernière frontière du Nil. Plus tard, le géographe Claude Ptolémée réalisera une carte à partir de toutes les explorations du fleuve faites avant lui au IIe siècle après J.-C. Voilà le mystère de la source du Nil résolu. Pas vraiment.

En Europe, on ne sait pas grand chose de la géographie de la région et la carte de Claude Ptolémée reste encore la référence. Mais au XV et XVIe siècle, des voyageurs à destination de l'Ethiopie vont plus loin. Ils remontent le Nil Bleu et dépassent le lac Tana jusqu'à la source de ce bras du Nil.

Mais le fleuve est le résultat de la réunion entre le Nil Bleu et le Nil Blanc. Et ce dernier demeure pratiquement inexploré. Au XIXe siècle, la Société royale de géographie d'Angleterre envoie une expédition pour explorer l'Afrique centrale. Depuis l'île de Zanzibar, Richard Burton et John Speke commencent leur exploration. En 1858, après six mois de calvaire à travers la jungle, les marais et les fleuves, les deux compères arrivent au lac Tanganyika qui sépare l'actuel Congo de la Tanzanie.

Un conflit éclate alors entre les deux hommes. Burton pense que ce lac est la source du Nil Blanc mais Speke veut continuer plus au nord encore. Ne parvenant pas à s'entendre, Speke finit par partir seul, se fiant à son instinct. Il découvre alors un lac encore plus grand que le lac Tanganyika, qu'il nomme Lac Victoria en hommage à sa reine. John Speke est convaincu que ce lac est l'origine du Nil ! 

Il rentre alors en Angleterre faire part de sa découverte à la Société royale de géographie, mais Burton ne l'entend pas de cette oreille. Il rentre à son tour, bien décidé à discréditer son collègue qui, selon lui, n'apporte aucune preuve scientifique.

Deux ans de controverse s'engagent entre les deux hommes. John Speke souhaite mettre fin aux discussions en retournant au Lac Victoria et rapporter des preuves indéniables de sa thèse. Le Nil prend bien sa source là-bas, il en est sûr ! 

Il repart alors en Afrique, mais les choses tournent mal. Il est capturé par le chef d'une tribu locale, et grâce à une détermination sans faille, il finit par être libéré et retrouve les rives du lac Victoria en juillet 1862. Il aperçoit alors les chutes de Ripon, l'endroit même où le Nil jaillit des eaux du lac Victoria et déferle vers le nord. Cela ne faisait plus aucun doute, il avait raison. 

À son retour, il publie un récit détaillé de ses observations sous le titre de Journal de la découverte de la source du Nil. Burton et ses partisans ne lâchent pas le morceau, pour eux c'est le lac de Tanganyika la source du fleuve égyptien. 

En attendant le dénouement final de cette dispute intellectuelle, des partisans des deux explorateurs partent aussi pour l'Afrique afin de prouver leurs dires. Samuel Baker et sa femme Florence, qui sont de l'avis de John Speke, découvrent le lac Albert en 1864, ainsi qu'un fleuve qui le relie au Lac Victoria, tout proche. 

Quelques années plus tard, David Livingstone part pour le lac Tanganyika, toujours convaincu qu'il s'agit de la source du Nil. Mais il disparaît sans laisser de traces pendant plus de trois ans. Le monde anglo-saxon s'inquiète de son sort et lance une expédition pour partir à sa recherche. C'est le reporter Henry Morton Stanley, missionné par le New York Herald, qui finit par remettre la main sur Livingston après des mois de recherche en Afrique. Il prononce alors une phrase devenue célèbre : « Dr Livingstone, je présume ? »

John Speke avait finalement raison : la source du Nil se trouvait quelque part près du lac Victoria et du lac Albert. Le débat est clos pendant près de 140 ans. Mais c'est sans compter un groupe de têtes brûlées qui remet la question de la source du Nil Blanc sur la table.

En 2006, une équipe d'explorateurs anglais et néo-zélandais un peu fous se lancent sur les traces de leur aïeux. Leur objectif est de mesurer la longueur exacte du Nil en partant de son delta qui se jette de la Méditerranée jusqu'à sa source la plus lointaine connue. 

L'expédition doit durer environ une dizaine de jour. L'équipe part le 20 septembre 2005 près d'Alexandrie, dans des petits canots pneumatiques. Si le début de l'aventure est plutôt calme, les choses se compliquent au Soudan. Les rapides du fleuves secouent les explorateurs dans tous les sens.

Mais ce n'est pas l'épreuve la plus redoutable qu'ils aient à affronter. Plus au sud, ils rencontrent les marécages. Depuis leur embarcation, ils ne voient que des plants de papyrus, hauts de plus de quatre mètres. À chaque remous dans l'eau, ils redoutent la présence d'un crocodile ou d'un hippopotame qui ne feraient qu'une bouchée de leur radeau pneumatique. Mais ce ne sont pas les animaux sauvages de la région qui vont causer leur perte, mais des hommes. En novembre 2005, leur convoi est attaqué par des rebelles ougandais. L'un des membres de l'équipage décède, les autres sont sévèrement blessés : l'expédition s'arrête nette.

Elle ne reprend que quatre mois plus tard, en mars 2006. Les explorateurs parviennent finalement à la rivière Rukarara, à l'ouest du lac Victoria. Mais la rivière n'est pas assez profonde pour porter leur bateau pneumatique. Ils continuent alors à pied. Le 31 mars, après une marche éprouvante au cœur de la forêt Nyungwe au Rwanda, l'équipe s'arrête soudainement. Devant eux, un minuscule filet d'eau jaillit d'un trou vaseux à 2.248 mètres d'altitude. Ce maigre serpent d'eau est la finalité de leur expédition dantesque. Selon eux, il s'agit de la source la plus lointaine connue du Nil. Ainsi, le deuxième fleuve le plus long du monde mesure 6.718 kilomètres au lieu des 6.671 kilomètres admis auparavant.

Alors l'histoire des sources du Nil touche-t-elle à sa fin ? La réponse est peut-être décevante, mais non, pas totalement. Les experts ne sont pas convaincus par la trouvaille du groupe parti en 2006. Le Nil est un fleuve complexe, alimenté par de nombreux affluents qui prennent leur source dans des pays différents. Ainsi, la réponse à la question posée par Hérodote durant l'Antiquité, et d'autres bien avant lui, tient autant de la géopolitique que de la géographie. Chaque pays souhaite disposer de sa source du fleuve qui nourrit, abreuve et aussi transporte les 100 millions d'êtres humains qui vivent autour de ses rives.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à nous laisser un commentaire sur les plateformes de diffusion et à vous abonner pour ne manquer aucun épisode. La prochaine fois, vous retrouverez votre guide temporelle, Emma, pour une nouvelle aventure dans Chasseurs de Science. À bientôt !
 

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