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Le défi chinois du retour d'échantillons lunaires

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Un haut dirigeant de l'Agence spatiale chinoise, Wu Weiren, s'est exprimé dans le Quotidien du Peuple. Pêle-mêle, il confirme le lancement de la mission de retour d'échantillons et revient sur les déboires de Yutu, le petit rover qui s'est posé sur la Lune en décembre 2013.

Vue d'artiste de ce à quoi pourrait ressembler le décollage depuis la Lune des échantillons lunaires en direction du véhicule du retour qui les attend en orbite autour de la Terre. © CNSA

S'exprimant dans le Quotidien du Peuple, Wu Weiren, chef du programme d'exploration lunaire de la Chine, a confirmé que la « mission de retour d'échantillons lunaires serait lancée en 2017 ». Chang'e-5, c'est son nom, est la dernière des trois phases du programme robotique d'exploration de la Lune débuté avec Chang’e 1 en 2007 et Chang’e 2 en 2010, deux sondes qui ont tourné autour de la Lune. Il s'est ensuite poursuivi avec l'atterrissage du petit rover Yutu (décembre 2013) et continue avec Chang'e 4, qui devrait être lancée en 2015 pour se poser sur la Lune

Sans surprise, Change'e 5 sera la mission robotique la « plus difficile jamais mise en œuvre par la Chine » . En effet, pour cette mission, l'Agence spatiale chinoise doit faire face à de nouveaux défis technologiques : collecter des échantillons lunaires, les amener en orbite lunaire pour un rendez-vous avec le véhicule de retour et se poser en sécurité sur Terre, sans altérer le précieux chargement. Pour la rentrée atmosphérique, la Chine devra développer un conteneur et la protection thermique ad hoc qui serviront également pour les futures missions habitées de la Chine.

Le rover Yutu de Chang'e 3 et le module d'atterrissage qui préfigurent la future mission de retour d'échantillons de 2017. Chang'e 4, en 2015, devrait démontrer de nouvelle capacité dans l'optique de ce retour d'échantillons. © CNSA

Au sujet du petit rover Lapin de jade (Yutu, en chinois), Wu Weiren s'est exprimé sans langue de bois. Il a reconnu les problèmes techniques qui ont abaissé de façon significative les objectifs de la mission. Les ennuis techniques ont « débuté dès le deuxième jour lunaire et se sont poursuivis jusqu'au huitième jour » , date à laquelle la mission s'est terminée. Après les premiers problèmes, il ne pouvait plus du tout se déplacer. Cela dit, l'exploit technologique est réel. Seuls deux autres pays ont fait rouler un engin sur le sol lunaire !

Un Yutu 2 est bien évidemment dans les cartons mais le programme n'est pas officiellement lancé. On sait juste qu'il devrait mieux résister à l'environnement lunaire, avoir une certaine capacité d'adaptation à ce qui l'entoure (on suppose que Yutu aurait été endommagé par un rocher lunaire) et se déplacer bien plus vite. Surtout, le processus de sélection de son site d'atterrissage sera plus rigoureux que celui de Yutu. En effet, les ingénieurs chinois ont eu la désagréable surprise de constater qu'il était bien plus accidenté que prévu. La quantité et la taille des rochers se sont en effet révélées bien plus importantes que le laissaient penser les données qu'avait l'équipe de la mission pour préparer la mission du rover.

La course à l'énergie du futur ?

Enfin, par rapport à la course à l'espace que ce sont livrés les États-Unis et l'ex-Union soviétique, le programme robotique d’exploration lunaire de la Chine est « plus pragmatique et n'est pas en concurrence avec d'autres pays ». Une mise au point faisant écho à ceux qui veulent opposer la Chine au Japon en raison de son programme lunaire. Si les seules ambitions déclarées sont « la recherche scientifique et un programme de transfert de technologies qui permet à de nombreux secteurs de l'économie chinoise de disposer des technologies développées dans le cadre de la recherche spatiale » , la Chine ne perd pas pour autant le nord.

Lors des deux premières missions Chang'e, elle a tout de même déterminé les quantités d'hélium-3 lunaires et répertorié les dépôts les plus grands. Une cartographie d'une ressource lunaire, parmi d'autres éléments, qui n'est pas aussi anodine qu'elle y paraît.

Il faut savoir que l'hélium-3 est l'isotope non-radioactif de l'hélium et qui pourrait être utilisé pour la fusion nucléaire. Cet élément, très rare sur la Terre, se trouve en plus grandes quantités sur la Lune, ce qu'ont montré les échantillons du sol ramenés lors des missions Apollo. À l'avenir, l'hélium-3 pourrait devenir le carburant privilégié des centrales nucléaires à fusion contrôlée, un des deux types de réaction thermonucléaire, permettant de produire des quantités phénoménales d'énergie sans production de déchet ou sous-produit radioactif.

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