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La Chine prépare-t-elle une mission habitée autour de la Lune ?

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Et si, pour célébrer le 70e anniversaire de la République Populaire de Chine en 2019, le pays concoctait en catimini un vol habité autour de la Lune ? À seulement quatre ans de l'échéance, l'hypothèse est certes audacieuse mais elle est soutenue par des sous-entendus du Livre blanc des activités spatiales chinoises et à différentes analyses de spécialistes du secteur, dont l'Australien Morris Jones.

Décollage du lanceur Longue Marche 2F qui emporte le véhicule spatial Shenzhou-10, cinquième mission habitée de la Chine. © Xinhua

La Chine, qui ne cache pas ses ambitions dans l'exploration robotique et humaine de la Lune, pourrait bien envoyer un Homme tourner autour de notre satellite bien plus tôt que les spécialistes du secteur l'envisageaient. C'est du moins l'hypothèse de Morris Jones, un analyste spatial australien qui suit ces questions. Les faits semblent lui donner raison. Le Livre blanc sur les activités spatiales chinoises, rendu public en décembre 2013, fait état de missions habitées à destination de la Lune dans une vingtaine d'années, après une stratégie solide d'exploration robotique.

Pour ceux qui suivent l'actualité de ce secteur, ce n'est pas une surprise. La Chine est une puissance spatiale assez pragmatique dans sa progression. Elle n'annonce pas de missions spectaculaires sans lendemain mais des objectifs réalistes qui sont atteints au fur et à mesure de sa progression technologique. Malgré son isolement sur la scène internationale dans l'utilisation, le partage et le transfert de technologies, elle parvient à ses fins. Elle est néanmoins aidée dans quelques domaines par la Russie.

Des robots avant des taïkonautes. Fin 2013, la Chine envoyait à la surface de la Lune son petit rover Yutu. © Xinhua

La Chine a les moyens d'une mission autour de la Lune

D'après cet analyste, la Chine travaillerait à une mission habitée autour de la Lune, sans alunissage. Une performance que seuls les États-Unis ont réussie. Les Russes de l'ex-URSS s'y sont bien attelés mais sans succès. Il s'agirait d'une mission à deux lancements avec un seul taïkonaute à bord d'un véhicule lunaire qui reste à construire.

Pour la Chine, et compte tenu de ses avancées récentes, une mission habitée autour de la Lune n'est pas un défi technologique insurmontable. Pour peu que le financement suive, elle peut être mise en place dans des délais assez courts. La fin de cette décennie, voire le début de la prochaine, est une échéance réaliste car il ne lui sera pas nécessaire de développer de nouvelles technologies. Avec cinq missions habitées à son actif, la maîtrise du rendez-vous orbital, des missions habitées de plusieurs jours dans l'espace, la Chine a tous les atouts pour s'aventurer au-delà de l'orbite basse terrestre.

Une telle odyssée ne sera pas pour autant une partie de plaisir. Il y aura certainement une ou deux missions préalables pour valider le scénario retenu et tester le véhicule lunaire. Ce système de transport utilisera une version d'une capsule Shenzhou adaptée aux contraintes d'un vol autour de la Lune. Elle sera plus légère pour embarquer l'équipement technique et les consommables nécessaires à la petite semaine que devrait durer ce voyage. Il sera nécessaire de renforcer la protection thermique du module de descente utilisé pour revenir au sol. En effet, le retour d'un vol lunaire se déroule à plus grande vitesse que depuis une orbite basse autour de la Terre, induisant de plus fortes contraintes thermiques et aérodynamiques.

Quant au lanceur, deux scénarios sont à l'étude. Soit la Chine utilise l'actuelle Longue Marche 2F utilisée pour les vols habités ou, si elle est prête et qualifiée à temps, la version 5 en cours de développement (Longue Marche 5). À la différence des missions Apollo, le lancement sera double. Le taïkonaute, dans sa capsule, rejoindrait en orbite terrestre l'étage de transfert vers la Lune lancé auparavant.

Pour en savoir plus sur le programme spatial de la Chine, on peut lire Shenzhou, les Chinois dans l'espace, de Philippe Coué (éditions L'Esprit du temps), spécialiste français du sujet et chargé de mission à la direction du programme études générales et espace de Dassault Aviation, qui avait déjà écrit un livre sur les vols chinois habités il y a onze ans. De la genèse de la station spatiale chinoise à la conquête de la Lune, sans oublier le mystérieux Shuguang qui préfigurera Shenzhou, l'ouvrage détaille les grandes étapes de l'histoire du programme spatial habité de la Chine.

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