Latitude avait inauguré son usine à Reims en 2021. Aujourd’hui, la start-up en double la surface et s'apprête à produire la petite fusée Zéphyr, dont le vol est prévu fin 2025. La start-up française progresse très efficacement sur sa route pour devenir un acteur majeur du spatial européen. Futura fait le point.


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    Fondée en 2019 et aujourd'hui basée à Reims, la start-up progresse très efficacement vers le premier vol de son micro-lanceur nommé Zéphyr. Ce 21 novembre, Latitude (anciennement nommée Venture Orbital Systems) change de phase dans sa jeune vie, passant du stade de la Recherche & Développement à l'industrialisation.

    Comment se déroulera un vol Zéphyr ? Petite simulation. © Latitude

    Zéphyr prête à décoller ?

    LatitudeLatitude est désormais la seule compagnie française avec ArianeGroup à passer le cap de la production industrielle, talonnée toutefois par d'autres start-upstart-up du « New Space » français. Zéphyr est cependant bien plus petite qu'Ariane 6, mesurant seulement 17 mètres de haut. Elle est capable de livrer jusqu'à 200 kilos de satellite en orbite basse. Elle est donc destinée à prendre en charge des microsatellites et des nanosatellites, toujours plus nombreux à être utilisés de nos jours.

    « La structure et le design pour le premier vol de notre lanceur sont désormais figés, les premières pièces prêtes à être fabriquées et testées », déclare Stanislas Maximin - Stan - co-fondateur et P.-D.G. de Latitude. Les équipes ont beaucoup progressé dans les tests du moteur fuséefusée Navier, élément clé du lanceur qui en utilisera sept exemplaires identiques pour la propulsion son premier étage, et un huitième pour l'étage supérieur.

    Les survivants des premiers essais, moteurs dits « maquettes » dédiés à la R&D avant de construire une version plus mature, qui équipera le micro-lanceur. © Daniel Chrétien, Futura
    Les survivants des premiers essais, moteurs dits « maquettes » dédiés à la R&D avant de construire une version plus mature, qui équipera le micro-lanceur. © Daniel Chrétien, Futura

    Les progrès dans la motorisation

    Déjà deux campagnes d'essais à feu se sont déroulées à SaxaVord (îles Shetlands), où se trouve le pas de tir, depuis fin 2022 (un autre est prévu à Kourou). « Le premier essai en décembre 2022 n'a pas été couronné de succès [...], on a tout brûlé. C'est normal car la politique de développement chez Latitude repose sur l'itératif : dès qu'on a un prototype de prêt, on va le tester. On ne va pas faire deux ans d'études, on acquiert des données de vols le plus vite possible, précise OlivierOlivier Lebrethon, directeur technique, en ajoutant : on a fait souder ce qu'il n'y allait pas, on a mis en place une équipe de 8-10 personnes, on est resté entre les fêtes pour avoir un premier résultat début janvier. »

    Pour la première fois, Latitude a dévoilé une version de son moteur Navier complète, incluant notamment la turbopompeturbopompe faite maison. Ce composant très critique acheminera le carburant dans la chambre de combustionchambre de combustion. « C'est la version quasi définitive, précise Olivier Lebrethon, qui a passé sa revue de définition. » Les tests des composants (chambre de combustion, turbopompe), sont prévus entre avril et juin prochain. Les tests du moteur intégré sont prévus fin 2024.

    Version « quasi définitive » du moteur Navier. Elle est encore sujette à modifications à l'issue des tests des premiers exemplaires intégrés en 2024. © Daniel Chrétien, Futura
    Version « quasi définitive » du moteur Navier. Elle est encore sujette à modifications à l'issue des tests des premiers exemplaires intégrés en 2024. © Daniel Chrétien, Futura

    50 Zéphyr par an

    L'extension de l'usine inaugurée ce mardi permettra de lancer la production du micro-lanceur, mais dans une faible quantité dans un premier temps vu l'espace disponible, bien que la surface totale des locaux rémois atteigne les 3 000 m². Une autre usine ouvrira plus tard à Champigny-sur-Marne, elle permettra à terme de produire 50 Zéphyr par an, en attendant que Latitude nous propose des lanceurs plus gros.

    À cette extension, s'ajoutent quatre hectares fraîchement acquis à l'aéroport de Vatry, pour tester les moteurs, seuls mais aussi les étages intégrés de la Zéphyr. « Ce sera le second centre d'essai de ce genre en France métropolitaine avec le centre historique de Vernon », se réjouit Stanislas Maximin, ce dernier étant piloté par ArianeGroup, considéré par un concurrent direct par Latitude.

    Voici comment seront disposés les moteurs Navier du premier étage. © Daniel Chrétien, Futura
    Voici comment seront disposés les moteurs Navier du premier étage. © Daniel Chrétien, Futura

    Vers une concurrence directe avec la gamme Ariane

    Il faut reconnaître que Latitude suit une croissance extraordinaire, pour une entreprise fondée il y a quatre ans : 50 nouveaux employés depuis 2021, et 40 supplémentaires pour atteindre un total de 120 employés en janvier ! Le tout est réussi avec seulement 20 millions d'euros provenant de fonds privés et publics. En comparaison, des concurrents allemands ont levé plus de 100 millions d'euros pour arriver à un stade à peine plus avancé. On peut même pousser la comparaison plus loin avec ArianeGroup, qui nécessite désormais 340 M€ de l'Agence spatiale européenneAgence spatiale européenne (ESA) par an pour maintenir Ariane 6 à flot.

    Le jeune Stan s’est entouré de directeurs chevronnés. © Daniel Chrétien, Futura
    Le jeune Stan s’est entouré de directeurs chevronnés. © Daniel Chrétien, Futura

    Je n’ai pas créé Latitude pour être numéro 2

    « Je n'ai pas créé Latitude pour être numéro 2 », glisse Stan. Pour l'aider à piloter son équipe pleine de jeunes talents, le jeune Stan (il n'a pas passé la trentaine) s'est entouré de directeurs chevronnés, ayant une forte expérience dans l'industrie spatiale, ou dans la défense. Un casting digne des débuts de SpaceXSpaceX. Chez Latitude, on sait où ça peut mener.