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La chute du satellite Goce photographiée

ActualitéClassé sous :Astronautique , GOCE , gravité terrestre

Avec son orbite très basse, qui imposait une forme aérodynamique pour réduire le frottement de l'air, le satellite Goce a cartographié la gravité terrestre durant plus de deux ans et demi. Sa mission terminée, ce satellite de taille modeste (environ une tonne) s'est désintégré dans l'atmosphère au-dessus de l'Atlantique sud, un instant saisi par un photographe. Quelques débris ont pu atteindre la surface.

Les derniers instants du satellite Goce, photographiés au-dessus des îles Malouines, dans l'Atlantique sud, par Bill Chater le 10 novembre 2013 à 21 h 20 en heure locale, soit le 11 novembre à 1 h 20 en heure française métropolitaine. © Bill Chater

Lundi 11 novembre vers 1 h 00 en heure de Paris, le satellite Goce de l'Esa, chargé d'étudier la gravité, est rentré dans l'atmosphère terrestre lors d'un passage couvrant la Sibérie, l'ouest de l'océan Pacifique, l'est de l'océan Indien et l'Antarctique. Comme prévu, le satellite s'est désintégré dans la haute atmosphère, et aucun dommage matériel n'a été rapporté.

Lancé en mars 2009, Goce (Gravity field and steady-state Ocean Circulation Explorer, soit Mission d'étude de la gravité et de la circulation océanique en régime stable) a cartographié les variations de la gravité terrestre avec une précision inégalée. Les données ainsi obtenues ont permis de modéliser avec un degré d'exactitude sans précédent le « géoïde », lequel représente la forme théorique de la Terre si elle était recouverte d'océans au repos. Ce modèle est crucial pour étudier la circulation océanique, le niveau des mers, la dynamique glaciaire et l'intérieur du globe.

Le satellite Goce en 2009, peu avant son lancement. On remarque la forme inhabituelle pour un satellite, relativement aérodynamique. Sur son orbite de seulement 260 km d'altitude (et même 235 km depuis fin 2012), l'atmosphère, bien que très raréfiée (la limite légale de l'espace est à 100 km), n'est pas totalement absente et génère des frottements. Pour rester sur son orbite, l'engin devait consommer un peu d'ergols pour faire fonctionner son réacteur ionique, visible à gauche. Une fois les réservoirs vides, la chute était inexorable. © Esa, Krunitchev

Un moteur ionique pour maintenir la trajectoire

Le moteur ionique innovant de Goce, grâce auquel le satellite a pu être maintenu sur une orbite basse exceptionnelle — moins de 260 km —, ainsi que les mesures réalisées par ses accéléromètres, ont en outre permis aux scientifiques d'acquérir de nouvelles connaissances sur la densité de l'air et la vitesse des vents dans la haute atmosphère.

Le 21 octobre, la mission est arrivée au terme naturel de sa vie lorsque ses ergols ont été épuisés. Au cours des trois dernières semaines, le satellite a progressivement abaissé son orbite. Si le satellite, d'une masse totale de 1.100 kg, s'est en grande partie désintégré dans l'atmosphère, on estime à 25 % la proportion de ses débris qui ont atteint la surface de la Terre.

La carte du géoïde terrestre réalisée grâce à Goce, la plus précise à ce jour. Elle n'indique pas le relief, mais la force de la gravité locale : valeurs élevées en jaune, moyennes en rouge et faibles en bleu. Ces mesures sont précieuses pour les géologues, les océanographes et les spécialistes des milieux glaciaires. © Esa, HDF, DLR

Plus de 100 tonnes de débris spatiaux tombent chaque année

Une campagne internationale mobilisant le Comité de coordination interagences sur les débris spatiaux (IADC) et le Bureau Débris spatiaux de l'Agence spatiale européenne a assuré le contrôle de la rentrée atmosphérique de Goce.

« Le satellite Goce ne représente qu'une petite fraction des 100 à 150 tonnes d'objets spatiaux de fabrication humaine qui rentrent dans l'atmosphère chaque année, commente Heiner Klinkrad, chef du Bureau Débris spatiaux de l'Esa. En 56 ans d'exploration spatiale, quelque 15.000 tonnes d'objets spatiaux artificiels sont rentrées dans l'atmosphère sans blesser une seule personne à ce jour. »

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