L'intelligence artificielle est à l'origine de très nombreux débats à l'heure actuelle, et tout est encore très flou la concernant. C'est avec une facilité déconcertante qu'une photographie ou une œuvre peut être reproduite ou copiée, au grand désespoir des artistes. Néanmoins, lorsqu'elle touche le monde de la recherche, elle occasionne une levée de boucliers du côté scientifique. Au cœur du débat actuel, la reconstruction de visages anciens.

Les problèmes liés à un usage non contrôlé des intelligences artificielles (IA) continuent à être au cœur de nombreux articles sur Internet. Dans le monde archéologique, elle est décriée, en particulier lorsqu'elle est utilisée pour recréer des visages anciens de façon fantaisiste. Ces dernières années, nombreux sont les internautes qui ont proposé des reconstructions faciales artistiques sur la toile. Au programme, les visages de personnes historiques ou de momies du monde. Si ces œuvres ne sont que pure fiction, l'entrée dans ce domaine des intelligences artificielles inquiète le monde de la recherche.

C'est le cas récemment avec un ensemble de visages postés sur le réseau socialréseau social Twitter proposant des interprétations de personnages anciens créés par une intelligence artificielleintelligence artificielle. Ci-dessous, la proposition de reconstruction faciale fantaisiste par IA d'une momie Guanche conservée à Tenerife, aux Canaries.

Reconstruire un visage nécessite une méthode

Le reproche principal des reconstructions faciales artistiques volontaires, ou en intelligence artificielle, est le manque total de méthode. Même si cela est à but récréatif, cela pose des problèmes plus larges. Comme cela est régulièrement expliqué sur Futura, les tentatives de reconstructions faciales font l'objet de publications scientifiques sérieuses. Cela donne un cadre strict, ainsi qu'un écho professionnel à ces propositions tout en se basant sur des éléments concrets. Idéalement, des crânescrânes ou encore des corps conservés momifiés. De plus, ces publications ouvrent le champ des possibles en matière de débats entre chercheurs. Les méthodes appliquées sont scientifiques et chiffrées afin de produire un premier résultat de base. Par conséquent, on ne peut pas inventer un visage sans prendre en compte ces données. Ci-dessous, la proposition scientifique de la momie Guanche.

Une science sujette aux propositions artistiques

Dans le cadre de la méthode scientifique, certains éléments vont néanmoins être à l'appréciation de l'artiste ou de l'équipe à l'origine de la reconstruction faciale. Si le visage peut retrouver ses volumes, certains éléments ne peuvent être définis à 100 % comme les expressions du visage, les rides, la densité des poils ou encore la taille des lèvres. Et sans analyse ADN, c'est la texturetexture et la couleur des cheveux et des yeuxyeux qui seront interprétées. Ainsi, même au sein d'un travail qui respecte la méthode scientifique, on ne peut dresser un portrait exact des individus décédés il y a longtemps. Et comme dans le monde médico-légal, ce sont des portraits pouvant s'approcher d'une réalité, sans pour autant être égal à une photographiephotographie de la personne. Mais les parties subjectives sont bien souvent inscrites noir sur blanc dans l'explication de la méthode, ce qui permet au lecteur de mieux comprendre les étapes et les freins de tels travaux.

Un terrain glissant

L'autre problème majeur d'une reconstruction faciale, sans méthode scientifique et sans surveillance, est de proposer des éléments trompeurs et non adaptés aux individus recréés. Cela peut avoir des répercussions importantes, en particulier concernant les peuples natifs dont la présence sur des territoires fait l'objet de véritables enjeux identitaires et politiques. L'exemple de la momie Guanche est représentée en IA comme un Occidental, ce qui est à l'opposé du résultat scientifique, puisque les Guanche sont d'origine Berbère. De plus, le sujet des reconstructions faciales n'est pas anodin et a fait l'objet d'une matinée entière de conférences au dernier World Congress on Mummy Studies de Bolzano en septembre 2022 autour des momies du monde. La question étant pour les reconstructions : « Nous savons le faire, mais devons-nous le faire ? » C'est une question qui jouxte le domaine de l'éthique.

Les productions artistiques tentant de donner un visage fictif ancien jouent avec les codes scientifiques de l'avant/après reconstruction faciale auprès d'un grand public qui ne connaît pas les méthodes, et qui peut alors facilement penser que le résultat est une vision fidèle d'un personnage historique. Un phénomène alarmant en sciences et aux enjeux bien plus importants que de simples actions récréatives. Pourtant, bien utilisée et créée, la reconstruction faciale scientifique humanise des individus propose de se rapprocher de l'Histoire, et elle a son importance dans le cadre criminalistique.

La prudence est de mise pour les internautes qui pourront mieux comprendre les enjeux de toutes ces propositions de visages réalistes ou fantaisistes qui fleurissent sur la toile afin de distinguer le vrai du faux.