Utiliser l’ADN de trois personnes différentes pour faire un bébé, c'est possible ? © Nadia Cruzova, Shutterstock

Santé

Naissance d'un bébé à trois parents au Mexique : la méthode est controversée

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Le 6 avril 2016, un bébé est né au Mexique grâce à une nouvelle procédure utilisant l'ADN de trois personnes différentes. Mais la technique utilisée pose des questions éthiques, d'autant plus qu'elle a été réalisée dans un pays en l'absence de réglementation.

C'est la première fois qu'un bébé en bonne santé naît avec cette procédure qui combine l'ADN de trois personnes, rapporte le New Scientist. Cette prouesse a été motivée par le fait que la mère du bébé porte des gènes pour une maladie mortelle : le syndrome de Leigh, qui affecte le développement du système nerveux. Ce syndrome est lié à l'ADN des mitochondries, les petites structures qui fournissent de l'énergie aux cellules et qui se transmettent de la mère à l'enfant.

Le couple a eu une fille en 2005, qui est décédée à l'âge de six ans, puis, plus tard, un autre enfant qui n'a vécu que huit mois. Les tests sur la mère ont révélé que, bien qu'en bonne santé, un quart de ses mitochondries portaient les gènes du syndrome de Leigh. Le couple s'est donc rapproché de spécialistes de la fertilité américains pour un transfert mitochondrial.

Les médecins dirigés par John Zhang, du New Hope Fertility Center de New York, ont dû quitter les États-Unis pour mener à bien cette expérience controversée, en-dehors de tout cadre réglementaire. En effet, à l'heure actuelle, le transfert mitochondrial n'est autorisé qu'en Grande-Bretagne depuis 2015.

Après quatre fausses couches et le décès de ses deux premiers enfants, un couple jordanien a eu un petit garçon en bonne santé en avril 2016. © PHOTOCREO Michal Bednarek, Shutterstock

Une première mondiale mais pas le premier bébé à trois parents

Pour cette expérience, le noyau d'un ovocyte de la mère a été inséré dans celui d'une donneuse, dans lequel le noyau avait été retiré. Puis l'ovule a été fécondé avec les spermatozoïdes du père. L'équipe a obtenu cinq embryons ; un seul s'est développé normalement et il a été implanté chez la mère.

Les détails de l'expérience devraient être présentés en octobre lors d'un congrès de l'American Society for Reproductive Medicine à Salt Lake City. Les mitochondries du bébé ont été testées : moins de 1 % portaient la mutation, ce qui semble suffisamment faible pour ne pas entraîner de problèmes de santé ; il faudra s'assurer que ce niveau reste bas chez le petit garçon.

Cet enfant n'est en réalité pas le premier à posséder de l'ADN de trois personnes. Dans les années 1990, des médecins ont utilisé une technique d'injection de cytoplasme d'une donneuse dans des ovocytes. Cette méthode a conduit à des bébés qui avaient de l'ADN de trois personnes différentes, avec des mitochondries de deux origines, mais la technique a été abandonnée car certains enfants ont eu des problèmes génétiques.

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