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La sieste est bonne pour les bébés mais aussi pour les adultes

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Deux études américaines démontrent l'influence bénéfique de petites périodes de sommeil pour l'apprentissage. L'une s'est intéressée à des bébés de quinze mois et l'autre s'appuie sur des expériences menées chez l'adulte. Les résultats sont identiques : après une expérience nouvelle, un petit tour dans les bras de Morphée améliore sa mémorisation.

Lise, née il y a peu, dort et plonge dans le sommeil paradoxal. Son hippocampe alimente le cortex avec des règles nouvelles à mémoriser : pour dormir, fermer les yeux ; dans les bras, pencher la tête du côté de maman, jamais de l'autre côté ; maman a des cheveux longs ; etc. Chez le nourrisson, le sommeil paradoxal occupe à peu près la moitié du temps d'assoupissement, contre le quart chez l'adulte. © Voirin-Bruneau / Futura-Sciences

On a beaucoup parlé sieste, somme et roupillon ce week-end à San-Diego lors la conférence annuelle de l'AAA (American Association for the Advancement of Science). Rebecca Gomez, Richard Bootzin et Lynn Nadel (département de PsychologieUniversity of Arizona in Tucson) ont présenté une étude menée sur 48 bébés de quinze mois qui ont dû faire travailler leurs jeunes capacités cognitives pour analyser les quelques mots d'un langage imaginaire.

L'expérience a consisté à diffuser à l'oreille des bébés des successions de trois termes inventés, dont la sonorité et la succession ressemblent à celles d'un langage. Les chercheurs donnent l'exemple de « pel, wadim, jic ». En entendant plusieurs fois ces trois mots énoncés dans cet ordre, un enfant de quinze mois est capable de comprendre que jic termine toujours une phrase commencée par pel.

Après ce petit cours, le bébé retourne à sa vie habituelle puis est ramené au laboratoire où on lui fait entendre des phrases déjà apprises et d'autres, nouvelles pour lui. Pendant que ces successions de mots inventés lui sont présentées, les chercheurs allument brièvement une lampe et observent le visage de l'enfant. Résultat : le regard vers la lumière se fait plus long lorsque ce signal coïncide avec une phrase que le bébé connaît déjà et qui, donc, capte son attention.

Munis de ce moyen de s'assurer de la mémorisation d'une phrase, les scientifiques se sont penchés sur l'effet du sommeil. Entre deux passages au laboratoire, certains enfants avaient dormi et d'autres pas. Le repos permet-il de mémoriser les phrases plus rapidement ou en plus grand nombre ? Pas du tout. Les petits sommes effectués après une phase d'apprentissage n'améliorent pas quantitativement la mémorisation. En revanche, elle la rend plus intelligente !

« Sommeil réparateur », une expression juste mais encore en dessous de la réalité...

En effet, en entendant une phrase nouvelle mais qui ressemble suffisamment à d'autres déjà entendues, les bébés qui ont dormi après une phase d'apprentissage la reconnaissent comme si elle était familière. En d'autres termes, analysent les chercheurs, ces enfants ont mieux généralisé les connaissances acquises pendant l'éveil. Ils assimilent donc mieux l'enseignement suivi d'un petit dodo.

Selon l'équipe, cette amélioration des performances est importante pour un bébé de cet âge qui accumule en permanence un déluge de renseignements sur le monde qui l'entoure, les visages, les voix, les bruits, les couleurs, les odeurs, les lumières, les mouvements, les habitudes de la maisonnée, les mouvements de son corps, les courants d'air, etc.

Devenu adulte, l'ex-bébé a certes moins d'informations à emmagasiner sur son disque dur cérébral. Mais il n'est pas inutile d'apprendre de nouvelles choses... La sieste conserve-t-elle ses vertus ? Oui, affirme Matthew Walker, professeur de psychologie (University of Calfornia, Berkeley) et principal auteur d'une étude, complètement indépendante de la première, présentée ce week-end au même congrès de l'AAA.

39 adultes (jeunes) se sont prêtés à l'expérience, consistant, le matin, à avaler un certain nombre de connaissances livresques. L'exercice, explique l'équipe, stimule l'hippocampe, cette région du cerveau dont on pense qu'elle sert à mémoriser et à mettre en relation différentes zones dédiées à la mémoire.

A midi, premier test. Statistiquement, les résultats sont les mêmes pour tout le monde. Deux groupes sont constitués, qui ne vivront pas l'après-midi de la même manière. L'un fera, à 14 h 00, une sieste 90 minutes tandis que l'autre sera occupé à diverses tâches. Second test à 18 h 00. Une nouvelle série d'exercices reprend les connaissances acquises le matin. La différence est nette, expliquent Matthew Walker et ses collègues. La sieste améliore l'efficacité de l'apprentissage.

En 2007, ce chercheur, avec d'autres collègues, avait déjà mis en évidence le rôle de l'hippocampe et du sommeil dans la mémorisation. Selon lui, explique-t-il aujourd'hui, dormir permet d'effacer la mémoire à court terme, donc, en quelque sorte de supprimer les informations inutiles et encombrantes, au profit des événements réellement importants.

De plus, durant la phase de sommeil dit paradoxal (les yeux clignent, le dormeur s'agite, l'électroencéphalogramme évoque un sismomètre détectant un tremblement de terre), l'hippocampe transfèrerait les souvenirs vers d'autres régions du cerveau. Or, la durée des phases de sommeil paradoxal est plus grande chez les bébés que chez l'adulte. Chez eux, l'effet d'un petit somme est peut-être encore plus efficace pour la mémorisation que chez l'adulte.

Cet effet bénéfique n'est pas une découverte surprenante. Les bienfaits de la sieste sur la mémoire avaient d'ailleurs déjà été mis en évidence... chez la mouche. Mais les résultats de ces deux études assez précises montrent bien que nous n'avons pas tout compris du sommeil mais aussi que les rythmes naturels ont du bon. L'auteur de ces lignes va d'ailleurs devoir bientôt aller faire travailler son hippocampe pour fournir sous peu de meilleurs articles à Futura-Sciences...

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