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Un parasite intestinal pour traiter les infections pulmonaires

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Un parasite potentiellement mortel pour soigner des maladies pulmonaires ? C'est l'idée un peu folle suivie par des chercheurs qui veulent utiliser le vecteur de l'ankylostomose pour doper la réponse immunitaire chez l'Homme, un effet constaté chez les souris.

Les ankylostomes s'accrochent aux muqueuses intestinales et se nourrissent du sang de leur hôte. Ils modifient également le métabolisme du fer, entraînant un déficit de globules rouges et donc du transport de l'oxygène sanguin. Mais peut-être que ces créatures pourraient un jour sauver des vies en permettant à l'organisme de mieux réparer le tissu pulmonaire lésé. © Centers for Disease control and Prevention, DP

L'ankylostomose n'a pas la médiatisation qu'elle mérite. Cette parasitose intestinale due à deux vers, des ankylostomes, de l'embranchement des nématodes (Necator americanus et Ancylostoma duodenale) affecte 740 millions de personnes à travers le monde, principalement dans les pays en voie de développement, causant des dizaines de milliers de morts chaque année.

Mais ces parasites ne détiendraient pas seulement un pouvoir mortel. Des scientifiques de l'université du New-Jersey espèrent qu'un jour ils sauveront des vies humaines suite aux résultats de leur dernière étude, publiée en ligne sur le site de Nature Medicine le 15 janvier. Ils pourraient en effet activer une réponse immunitaire protégeant des infections pulmonaires.

Il faut parler au conditionnel car les scientifiques ont en fait étudié leur cousin Nippostrongylus brasiliensis, qui cause l'ankylostomose chez les souris. Durant son cycle infectieux, le ver transite par les poumons non sans causer de dommages avant de poursuivre sa route jusqu'au duodéno-jéjunum, situé dans la partie haute de l'intestin grêle.

Le cycle de vie de l'Ancylostoma duodenale se réalise en plusieurs temps. Les œufs sont pondus dans l'intestin et évacués dans les selles de l'hôte. Les larves vont alors grandir, se déplacer et attendre qu'un nouvel hôte, un Homme obligatoirement, rentre en contact avec elles. Par la peau, elles vont pénétrer l'organisme, rejoindre la circulation sanguine et ressortir au niveau des poumons, en causant de gros dommages au passage. Elles remontent l'arbre bronchique jusqu'à la séparation entre les voies respiratoires et le tractus digestif. Elles descendent l'œsophage et l'estomac pour aller se fixer dans le bas du duodénum, dans l'intestin grêle. Les adultes s'y reproduisent et un nouveau cycle reprend. © Centers for Disease control and Prevention, DP

L'ankylostome favorise la réparation du tissu pulmonaire

Les chercheurs ont étudié la réponse immunitaire des souris suite à l'infestation par le parasite. Elle ne se fait pas attendre : les rongeurs ont activé des lymphocytes T auxiliaires (plus précisément les Th2), des intermédiaires de l'immunité, pour se débarrasser du ver.

Ces cellules vont relarguer des hormones appartenant à la grande famille protéique des cytokines. Plus précisément, les interleukines 4, 10 et 17, capables de réduire l'inflammation en stimulant des facteurs de croissance pour réparer le tissu endommagé et nettoyer les débris infectieux en favorisant le développement de macrophages (des cellules nettoyeuses qui avalent les éléments étrangers ou morts).

De nombreux points à améliorer

Autrement dit, lors de son passage dans les poumons, le ver parasite induit chez les souris une réponse immunitaire forte au niveau des voies respiratoires, se manifestant surtout par un important pouvoir cicatrisant. « À ce titre, ces parasites ou du moins certaines de leurs molécules pourraient potentiellement être utilisés pour traiter des lésions aiguës du poumon » commente William Gause, dernier auteur de l'étude. 

Encore faut-il observer la même chose à échelle humaine, et ne pas causer plus de troubles en injectant un parasite potentiellement mortel. Les chercheurs vont se focaliser sur des molécules parasitaires qui pourraient induire à elles seules cette réponse sans avoir à passer par l'administration du ver.

Cette idée d'utiliser des parasites comme médicament n'est pas nouvelle. Des pistes intéressantes sont d'ailleurs suivies pour mettre au point des thérapies contre des maladies inflammatoires ou auto-immunes à l'aide de vers. Reste à voir si celle-ci n'aboutira pas sur une impasse.

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