Santé

VIH : des cellules souches font reculer l’infection chez des souris

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Des lymphocytes T cytotoxiques issus de cellules souches génétiquement modifiés pour reconnaître une protéine du VIH ont fait reculer l'infection chez des souris. Cette découverte démontre la faisabilité d'une telle approche thérapeutique chez l'Homme dans la lutte contre le Sida. La technique a encore des limites mais les chercheurs planchent déjà dessus.

Le VIH s'attaque aux lymphocytes T auxiliaires, des cellules du système immunitaire jouant les intermédiaires, qu'il détruit en se répliquant et en bourgeonnant, comme à l'image. En faisant disparaître les LTh, c'est toutes les défenses de l'organismes qui sont affectées et l'organisme ne peut plus résister à la moindre infection : c'est le Sida. Mais l'injection de cellules souches génétiquement modifiées pour devenir des lymphocytes T cytotoxiques avec le récepteur à la protéine Gag pourraient bien détruire le virus avant d'en arriver là. © Dr. Edwin P. Ewing Jr., Centers for Disease Control and Prevention, Wikipédia, DP

Et si on faisait le coup de l'arroseur arrosé au VIH ? Le virus du Sida s'attaque au système immunitaire mais des chercheurs de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) proposent de s'en débarrasser avec l'aide de cellules assurant justement la défense de l'organisme. À ceci près qu'elles sont génétiquement modifiées et produites en quantité importante.

Le concept avait déjà été montré par ces mêmes scientifiques fin 2009. Les lymphocytes T cytotoxiques CD8+ (LTc, des cellules du système immunitaire capables de détruire les cellules infectées) peuvent naturellement combattre le VIH, même s'ils se retrouvent en effectif trop restreint pour contenir l'infection. Du fait de leurs propriétés antivirales, ces cellules ont été prélevées chez un patient séropositif afin d'isoler le récepteur membranaire à l'origine de la reconnaissance de la protéine virale Gag.

Ensuite, ce récepteur a été cloné avant que son ADN ne soit injecté dans des cellules souches à l'origine des composants du sang humain afin de créer un réservoir de LTc capables de reconnaître et de détruire les cellules infectées par le VIH. Placées dans un thymus humain greffé chez une souris, ces cellules souches génétiquement modifiées sont devenues des LTc capable de cibler leurs ennemis au niveau de l'organe.

Plus de cellules souches, plus de LT4, moins de VIH

Désormais, ils annoncent dans Plos Pathogens qu'une étape supplémentaire vient d'être franchie. En reprenant les premières étapes, ils ont cette fois changé de cobaye en testant leur méthode chez une souris humanisée. C'est un modèle de laboratoire très particulier, qui comporte des organes humains (foie fœtal humain, thymus fœtal humain et cellules souches hématopoïétiques, à l'origine des lymphocytes T, entre autres). Ces rongeurs ont la particularité de présenter une infection au virus du Sida assez semblable à celle que l'on observe chez l'Homme.

Les lymphocytes T sont fabriqués dans le thymus à partir de cellules souches retrouvées dans la moelle osseuse. Ils jouent un rôle fondamental dans l'immunité. © DR. Triche, National Cancer Institute, DP

Deux et six semaines après l'infections, des prélèvements effectués dans le sang périphérique, le plasma et différents organes ont permis de voir l'évolution de la charge virale et des lymphocytes T auxiliaires (LTh), les cellules du système immunitaire ciblées par l'agent infectieux. Ces concentrations en LTh augmentaient au fil des temps tandis qu'en parallèle, les taux de virus décroissaient. L'action des LTc ne se limite donc pas au seul thymus mais bel et bien à l'ensemble de l'organisme, ce qui n'avait pas encore été montré.

Quelques réglages restent à faire

Cependant, les chercheurs reconnaissent une grosse limite à leur expérience. Même si ce modèle murin imite ce qu'il se passe chez l'Homme, il n'est malgré tout pas identique. Ainsi, le VIH se réplique plus lentement chez les souris, qui sont parvenues à reconstituer toutes leurs défenses immunitaires. Pour l'Homme, cette multiplication virale plus rapide se traduit par un taux de mutations plus important, permettant au virus d'échapper à la vigilance des LTc, qui ne le reconnaissent plus.

C'est pourquoi les biologistes désirent trouver d'autres récepteurs membranaires qui permettent aux lymphocytes tueurs de distinguer spécifiquement le VIH. Ils espèrent aussi franchir un autre obstacle : celui de la compatibilité. Comme pour une greffe d'organes, l'organisme rejette les éléments étrangers, et ces cellules souches ne peuvent être transplantées impunément à n'importe qui.

Ce travail n'en est donc qu'à une phase encore très préliminaire. Mais comme on sait aujourd'hui que le remède miracle n'existe probablement pas pour éradiquer le Sida, il faudra combiner plusieurs thérapies pour venir à bout du VIH. Celle-ci pourrait être l'une d'elles.

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