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Infertilité féminine : les troubles de l’ovulation mieux compris

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La prolactine, hormone favorisant la production de lait chez la mère, inhibe l'ovulation. Dans les mois qui suivent un accouchement, c'est normal. Mais certaines femmes, pour des raisons pathologiques, deviennent infertiles du fait d'une hyperprolactinémie. Les mécanismes viennent enfin d'être élucidés...

Le cycle féminin étant complexe, il existe de nombreuses raisons d'être infertiles. La production excessive de prolactine en dehors des périodes d'allaitement en est une parmi d'autres. Dans ces conditions, aucun ovule comme celui à l'image ne peut mûrir et les chances de fécondation sont donc nulles. © Yorgos Nikas, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Il est bien établi que l'allaitement chez la femme entraîne à la fois une augmentation de la sécrétion de l'hormone prolactine et inhibe les capacités d'une femme à ovuler. Ceci empêche la survenue d'une nouvelle grossesse trop précoce, raison pour laquelle l'allaitement a été utilisé comme méthode contraceptive par le passé. 

En parallèle à cet état physiologique, il existe de nombreuses situations pathologiques où la prolactine augmente. Parmi les plus fréquentes, certaines tumeurs qui entraînent une trop forte sécrétion de cette hormone. Chez ces femmes existe une infertilité chronique par anovulation

Les travaux des chercheurs de l'Inserm (Unité 693 « Récepteurs stéroïdiens : physiopathologie endocrinienne et métabolique ») ont permis de découvrir le mécanisme intime des altérations de l'hyperprolactinémie sur la reproduction chez la souris. Ces résultats sont publiés dans JCI

Ces hormones qui perturbent l’ovulation

Les hyperprolactinémies sont une cause majeure d'anovulation, et responsables de troubles des règles et d'infertilité. Toutefois, les mécanismes à l'origine de cette pathologie n'étaient pas finement connus. On savait seulement que l'élévation de la prolactine entraînait chez la femme une perturbation d'une des hormones les plus importantes dans la reproduction et la fertilité : la GnRH, hormone produite par l'hypothalamus et régulant les taux d'autres hormones, LH et FSH, indispensables pour le bon déroulement des cycles menstruels

La prolactine est nécessaire à la production de lait. Il est donc normal qu'à cette période de la vie la mère en produise davantage. En revanche, des taux élevés en dehors de cette période sont le signe d'une pathologie qui rend infertile. © Annie Stoner, Flickr, cc by nc nd 2.0

Cet effet inhibiteur de la prolactine sur les neurones à GnRH n'était pas compris car ces neurones dans leur grande majorité n'exprimaient pas le récepteur de la prolactine. Alors les chercheurs ont émis une autre hypothèse : celle d'une action indirecte via d'autres molécules

La prolactine contrée par la kisspeptine

L'équipe de Jacques Young et de Nadine Binart à l'hôpital de Bicêtre a mis en évidence un effet indirect de la prolactine sur la GnRH. Ils ont démontré, en utilisant un modèle de souris de la maladie, que la prolactine inhibe la sécrétion de neurones situés en amont des neurones à GnRH et essentiels à leur fonctionnement. Ces cellules nerveuses sécrètent une neurohormone appelée kisspeptine. 

Chez ces souris, l'hyperprolactinémie inhibe directement la sécrétion de kisspeptine et par ce fait empêche la sécrétion de GnRH et la cyclicité ovarienne. L'administration de kisspeptine permet quant à elle de rétablir la libération de GnRH et le fonctionnement cyclique des ovaires et l'ovulation malgré l'hyperprolactinémie.

Il s'agit là à la fois d'une découverte physiopathologique expliquant pour la première fois le lien entre l'infertilité et l'hyperprolactinémie et d'autre part une approche permettant une ouverture thérapeutique originale. Des études sont en cours pour valider le concept chez la femme, ce qui permettra de proposer une alternative thérapeutique quand il existe une résistance aux médicaments actuels.

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