Santé

La grippe A (H1N1) aurait été 15 fois plus meurtrière qu'estimé !

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L'OMS comptait environ 18.500 victimes durant l'épidémie de grippe A (H1N1) entre mars 2009 et août 2010 d'après les données analysées. Mais l'organisation savait très bien qu'elle sous-estimait la mortalité réelle. Une nouvelle évaluation annonce 284.500 décès, soit quinze fois plus que ce qui avait été comptabilisé !

Le virus de la grippe A (H1N1) est original car il combine des fragments du virus des grippes porcine, aviaire et humaine. Il est très contagieux mais son taux de mortalité reste malgré tout pas si élevé. © CS Goldsmith et A. Balish, CDC, DP

La grippe A (H1N1) aurait été bien plus dangereuse que l'on croit. La maladie, devenue pandémique entre juin 2009 et août 2010, n'aurait pas fait 18.500 victimes comme annoncé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais plutôt 284.500 selon les nouvelles estimations de scientifiques des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) parues dans The Lancet Infectious Diseases.

L'OMS se doutait que ses chiffres étaient très largement inférieurs à la réalité, car ils ont été établis à partir des données récoltées par les laboratoires. Or, ceux-ci reconnaissent qu'ils rataient davantage de cas qu'ils n'en détectaient. En effet, et c'est d'autant pus vrai dans les pays sans système de santé, certaines victimes n'étaient pas soignées dans les hôpitaux et mourraient de l'infection sans rentrer pour autant dans les statistiques. Dans d'autres situations, le virus H1N1 n'était pas détectable chez les patients après la mort, si bien qu'ils ne traduisaient pas la réalité.

Une mortalité très nettement sous-estimée dans les pays pauvres

Dans ce nouveau travail, les scientifiques ont récolté les données émanant de douze pays (plus ou moins développés) et ont estimé la proportion de victimes dans chaque pays, notamment grâce à un indice multiplicateur dépendant de la qualité des soins pratiqués dans la région. Ont été relevés plus précisément les décès de maladies respiratoires (pneumonies) et par maladies cardiovasculaires. Finalement, d'après leurs estimations, la mortalité des pays les plus modestes était plus élevée que celle relevée dans les pays les plus riches. Rien de surprenant.

La première victime de la grippe A, un patient mexicain, est mort en mars 2009. En juin, la grippe touchait 74 pays et était déclarée pandémique et ce jusqu'en août de l'année suivante. © Sanofi Pasteur, Flickr, cc by nc nd 2.0

L'Afrique constitue le continent le plus ravagé, avec deux à trois fois plus de victimes qu'ailleurs. Afrique et Asie du Sud-Est comptabilisent 59 % des décès à l'échelle mondiale, tandis qu'ils ne représentent que 38 % de la population.

Dans un commentaire qui accompagne le texte, deux chercheurs du National Institute of Health (NIH) américain critiquent la précision de certains chiffres. Par exemple, ils considèrent que le Mexique a été plus affecté que ce que l'étude révèle, tandis que le Japon et Singapour auraient plutôt été davantage épargnés. Cependant, à l'échelle de la planète, ils trouvent cohérent le facteur 15 qui différencie les données de l'OMS de celles de cette étude.

La grippe A (H1N1) pas si anodine…

La particularité de cette grippe est sa propension à frapper mortellement des individus jeunes. Environ 80 % des victimes avaient moins de 65 ans tandis qu'elle ne représente que 10 % des décès dans le cas de la grippe saisonnière. Les enfants étaient particulièrement touchés.

Pour les scientifiques, l'explication réside dans le fait que les personnes les plus âgées avaient développé des anticorps contre ce virus original car il ressemble à un variant qui a circulé avant 1957.

La grippe A (H1N1) avait, au moment de son explosion, suscité la panique à travers le monde avant que celle-ci ne retombe lorsqu'on constatait qu'elle n'était pas aussi mortelle que prévu. Ce travail à postériori démontre que notre ressenti sur l'instant était erroné, l'épidémie ayant emporté près de 300.000 personnes en une année. Rien à voir avec la grippe espagnole de 1918 ou celle qui pourrait éventuellement se produire si le virus H5N1 pouvait se transmettre d’Homme à Homme, mais elle nous permettra peut-être de mieux nous prémunir dans le cas où une telle pandémie meurtrière venait à contaminer l'humanité.

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